Out There

Queerness, (in)visibilité et espace public
Montréal

Amandine

Amandine, Montreal, July 2017

(English version down below – translated by Alyx and Sarah)

1) Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Amandine Gay et maintenant je me définis principalement comme réalisatrice et universitaire. De mon point de vue, tout mon travail tourne autour de la même chose mais sous différents canaux. C’est centré principalement sur la question de la réappropriation de la narration et de la pédagogie publique, que ce soit être pigiste pour des médias mainstream, donner des conférences, animer des ateliers, faire un film documentaire, participer à des émissions de radios, télé, être sur les réseaux sociaux aussi, tout ça c’est de la narration. Je n’écris plus trop de fiction mais j’aimerais vraiment m’y remettre. Pour moi, c’est un peu la même chose, c’est des façons de se raconter et de raconter la société dans laquelle on vit et finalement on parle toujours un peu de soi, donc c’est un peu les deux axes. Les deux axes c’est la société et moi, mais j’ai du mal à faire la part des choses, c’est une grosse discussion en cours avec ma psy (rires).

2) Peux-tu me parler de ta tenue (que portes-tu/pourquoi as-tu choisi cette tenue), et plus généralement de ta présentation physique ?

Ce que j’ai choisi aujourd’hui c’est ma tenue phare depuis que j’ai trouvé cette salopette. J’adore les salopettes, je souffre beaucoup des modes qui font que tous les cinq ans les salopettes disparaissent. Celle-là, quand je l’ai trouvé dans le magasin, j’en pouvais plus et je me suis jetée dessus. Je la porte beaucoup depuis. Ce que j’aime dans la salopette c’est que ça a un côté uniforme. J’admire beaucoup Azzedine Alaïa qui, tout grand créateur de mode qu’il est, a un uniforme et s’habille toujours pareil. Ce que je pourrais faire mais moi j’aime bien quand même dire comment je me sens avec mes vêtements. Un des côtés les plus chouettes des vêtements c’est que vraiment ça peut retranscrire dans quel état tu es. Pour moi, la salopette ça peut être plusieurs choses : c’est soit l’état neutre de bon j’ai la flemme, alors voilà, c’est aussi beaucoup, et ça rejoint ce que je te disais sur Montréal, c’est l’état de la non-performance. En même temps, c’est aussi quelque chose que j’utilise comme un uniforme parce que ça me protège si, par exemple, je fais des projections-débats et aussi parce que c’est plus pratique. Cet hiver, comme je vais avoir une très grosse tournée du film, je pense que je vais apparaître en public principalement en salopette, ce qui va me rendre la vie plus facile en terme de voyage et puis c’est comme un costume en fait. L’uniforme c’est comme le costume et ça va avec le fait que j’ai fait du théâtre. J’ai toujours été obsédée, je me déguisais beaucoup beaucoup enfant et j’ai toujours eu un goût pour ça. Quand j’avais un site de comédienne, une des citations qui tournaient sur mon site et qui est une citation que j’aime beaucoup vient d’un bouquin sur la danse qui s’appelle La Passion d’être un autre. Je dirais que c’est vraiment quelque chose qui m’habite aussi, les vêtements, les déguisement, le jeu, c’est tout ce qu’on peut faire pour échapper à soi-même, à sa peau. On en parle beaucoup avec Rébecca Chaillon, qui est elle est très à fond sur le maquillage par exemple, transformation, maquillage corporel. C’est quelque chose qui me parle beaucoup, moi aussi j’aime bien devenir quelqu’un d’autre.

3) Pourquoi as-tu choisi de poser à cet endroit ? Est-ce que ce lieu a un sens particulier pour toi ?

J’ai choisi ce lieu parce que c’est une piste cyclable que j’aime beaucoup. Dans les choses qui m’ont séduites à Montréal, c’est des choses vraiment liées au mode de vie, au côté détente. Elle part de un peu au Nord de chez moi, jusqu’ici au Mile End et que ça longe une voie ferrée, il y a des espaces de vieux entrepôts ou usines plus ou moins occupés. Ça c’est un truc que j’aime beaucoup et qu’on retrouve à Berlin, c’est beaucoup d’espaces encore inoccupés et « inutiles », sauf qu’il y a la piste cyclable. Mais c’est quelque chose qu’on ne trouve plus du tout à Paris, où il n’y a pas un centimètre carré qui n’est pas utilisé, qui n’est pas à son truc optimal. J’aime ici qu’il y ait plein d’espaces vides, un peu abandonnés. Donc voilà, j’adore cette piste cyclable, des fois j’y vais juste pour me promener dessus et faire un aller-retour et puis je trouvais que le rond point était très beau, (rires) comme je te disais je trouvais que ça faisait une belle composition florale (rires). En fait, je passe souvent, et à chaque fois je me dis que comme il y a une belle perspective avec la rue, je me dis « Ça je suis sûre que ça ferait une belle photo. » (rires). Du coup, c’est l’occasion de tester ça.

4) Est-ce que des paramètres extérieurs interviennent quand tu choisis ce que tu vas porter ou sur les décisions que tu prends concernant ton apparence/ta présentation physique ?

Oui complètement, je pense que c’est aussi beaucoup lié à la France et en particulier les dix dernières années de vie que j’ai eu à Paris où effectivement dès que tu portes des couleurs, t’es habillée un peu court, tu sais que ça va être une bataille. Donc il y a eu un tout un moment de ma vie qui était beaucoup déterminé par « est-ce que j’ai envie de m’embrouiller aujourd’hui ou pas ? » du coup j’allais faire certains choix ou ne pas les faire en fonction de mon état mental. Après c’est vrai que j’ai toujours eu un goût assez prononcé pour les couleurs très flashy, le doré, le brillant. Souvent je me demande beaucoup qu’est-ce qui relève de la personnalité et qu’est-ce qui relève de la réaction. Je pense qu’en ayant grandi dans un endroit où j’étais la seule noire, j’étais très grande, seule personne adoptée… Il y avait tellement pas de possibilité pour moi de passer inaperçue mais je sais pas exactement à quel moment dans ma vie mais j’ai très tôt pris le contrepied de ça, en étant extrêmement visible, bruyante, couleurs vives etc… Ça ne m’a jamais vraiment quitté il faut le dire (rires), après c’est devenu un trait de ma personnalité.

J’ai été une fluo kid vraiment intense à une certaine période de ma vie, jusqu’à ce que j’arrive à Paris en fait, où là, effectivement, au bout de quelques années je me suis mise à faire beaucoup comme les parisiens gris, bleu, noir, beige, en gardant mon style quand même. J’aime pas le bleu marine mais bon. Je me débrouillais toujours pour avoir un truc qui pète quand même. Je faisais beaucoup ça avec les chaussures aussi, parce que ayant bossé aussi beaucoup en restauration, j’avais pas vraiment le choix de porter du noir tout ça, mais je pouvais quand même un peu porter les chaussures que je voulais. C’était un peu l’endroit où je me faisais plaisir. J’ai aussi développé ça parce que je fréquente plusieurs milieux et que je sais pertinemment que dans certains ça va déjà être difficile d’être prise au sérieux en tant que femme noire, alors en plus si j’arrivais en fluo kid… Donc je sais que quand j’ai commencé à écrire des programmes courts et qu’on avait des rendez-vous avec des grosses boîtes de prod parisiennes, en général, je m’habillais, mais vraiment je me sapais dans un truc, pas robe de soirée mais j’arrivais avec des vêtements facilement identifiables. En plus, j’avais une amie qui était attachée presse chez Vivienne Westwood, donc par exemple j’arrivais avec des pièces de Vivienne Westwood, un peu originales mais des trucs quand même dans des couleurs acceptables, mais où les gens se demandaient comme je m’étais retrouvée avec ce genre de vêtements. Souvent, quand je suis avec des personnes où je sais qu’elles vont avoir un certain à priori sur moi je vais mettre des talons très hauts, comme ça je suis encore plus grande. Je pratique beaucoup l’intimidation vestimentaire quand c’est important ou quand ça me protège.

Après il y a aussi un passage à une forme de visibilité publique, on va dire. Plus tu es « connu-e », plus tu peux te permettre ce que tu veux. Donc maintenant c’est un peu le contraire. Maintenant, je sais que je peux aller à des rendez-vous avec des gens de grandes institutions culturelles avec ma salopette et donc je le fais, parce que c’est aussi une façon de montrer que là pour le coup je m’en fous. Voilà, ça fluctue un peu en fonction des contextes mais aussi des rapports de pouvoir. Je dirais que maintenant, pour moi, les vêtements c’est surtout un truc pour m’amuser et un truc qui plutôt reflète mon état d’esprit. Souvent, plus je vais porter des couleurs très vives et plus je suis fatiguée, je vais pas très bien et je me dis que ça va contrebalancer. Plus je me sens fraîche et plus je vais sortir ma Fem de combat, avec des robes, des machins, des trucs. Effectivement moi j’ai beaucoup eu ce goût du hip-hop, je faisais du basket, quand je dis le côté Salt’n’Peppa c’est pas nouveau, j’aime beaucoup les baggy etc. Je suis dans une identification qui est très fixe sur le côté femme et fem mais j’aime beaucoup la fluidité de genre qu’on peut exprimer dans ses vêtements, ça me plaît. Si j’avais vraiment des sous j’aurais même des costards trois-pièces taillés à ma taille mais là j’ai pas les moyens de m’acheter ça, mais ça va venir. C’est un de mes vrais souhaits dans la vie, de me faire faire un costume trois-pièces taillé sur mesure.

5) Est-ce que tu penses que la visibilité est une question politique ?

Je commencerais par le côté un peu général, effectivement pour moi la visibilité est politique au sens de c’est un privilège. C’est à dire que afficher publiquement qui l’on est, moi je comprends ça dans la question de la visibilité, ça veut dire qu’on prend pas de risque, ou qu’on est conscient des risques, ou qu’on pense qu’on peut prendre le risque d’être visible, donc c’est déjà pas donné à tout le monde. En cela, pour moi c’est extrêmement politique. Ça me fait penser à tout le débat sur le coming out, tu vois. Présenter le coming out comment le moment d’affirmation de soi absolu c’est oublier ce que ça comporte pour, par exemple, les personnes racisées qui ont très peu d’endroits où elles peuvent recevoir un soutien. Et souvent, en contexte minoritaire dans le monde occidental, le seul endroit où elles vont recevoir du support vis-à-vis du racisme systémique, des micro-agressions, ça va être dans leur famille, ou dans leur entourage proche ou dans leur église au sens de lieu de culte, communauté de croyants. Inciter ces personnes-là à s’outer c’est oublier que peut-être on leur coupe leur dernier espace un petit peu safe, même s’il l’est pas intégralement, mais leur dernier espace où ils pourraient au moins recevoir du soutien, par exemple, sur les questions des discriminations. En cela c’est pour moi c’est vraiment là que c’est politique. C’est que certaines pratiques n’ont pas du tout les mêmes conséquences en fonction de qui tu es et il est pas certain que le outing pour les personnes racisées soit un outil d’empowerment. C’est important de le comprendre parce que du coup, il faut arriver à trouver d’autres choses à proposer que forcément la visibilité comme moyen de bien vivre le fait d’être queer, par exemple, ou même tout et n’importe quoi, avoir des pratiques BDSM ou d’être travailleur ou travailleuse du sexe. Tout le monde peut pas forcément se lancer dans des grands moments de déballage public de ces pratiques parce que ça peut les mettre en danger vraiment.

Après, à titre personnel, j’ai la chance déjà d’avoir une famille finalement très réduite et dont je suis pas proche pour le reste de ma famille, si ce n’est mes parents, aujourd’hui ma mère. Pour moi, ma famille ça se résume à ma mère et mon père à l’époque, que j’ai prévenus quand j’ai décidé d’avoir une visibilité publique, qui est un choix conscient que j’ai fait quand j’ai commencé le film en me disant que le seul moyen pour qu’on parle de mon travail c’est que moi je sois visible. C’est donc le moment où j’apparais sur les réseaux sociaux, en 2014. C’est très facile de dater le moment où je suis apparue sur les réseaux sociaux, qui est Slate, qui est fin 2014, début 2015, où j’ai commencé à documenter mon travail aussi : filmer toutes les conférences que j’organise et auxquelles je participe, elles sont filmées et sur ma chaîne youtube, développer une présence importante sur les réseaux sociaux…

À partir du moment où j’ai fait ça, j’ai prévenu mes parents en leur disant que j’allais être très visible et aussi que j’allais me mettre à parler des questions d’adoption en public, et que ça allait forcément à un moment donné « se retourner contre eux ». C’est à dire que la première chose qu’on allait me dire que si j’étais aussi engagée politiquement sur les questions antiracistes, que si j’étais si combative, extrémiste, racialiste etc tout ce que j’ai pu entendre depuis, c’est parce que j’avais été adoptée et que j’avais des choses à régler avec mes parents. Alors que c’était en fait tout le contraire, j’ai aussi pu faire ce pas là parce que moi j’étais au calme avec mon histoire, et que je savais que je ne me mettais ni moi ni mes parents en danger en commençant à parler publiquement d’adoption, des questions raciales et du fait que ce soit problématique que des personnes blanches adoptent des enfants racisés. J’ai prévenu mes parents mais c’est vrai que moi j’ai cette chance d’avoir toujours eu le statut d’excentrique de la famille. Et puis, j’explique souvent ça, quand j’ai décidé d’aller faire le conservatoire d’art dramatique à Paris, j’ai annoncé ça à mes parents et ma mère est en général enthousiaste de tout ce que je fais, je crois qu’il faudrait vraiment que je tue quelqu’un pour trouver que c’est pas bien et encore, je pense que dépendemment du contexte elle me soutiendrait (rires). Mon père n’a rien dit. Au bout de quelques jours je lui ai dit et il m’a répondu « Ecoute si je te dis de pas aller faire du théâtre à Paris est-ce que tu vas rester ? » j’ai dit non, il a dit « Bah voilà tu as mon avis. ». Le niveau de conflit chez moi s’élevait à ça, bon après il y avait la question de tu peux le faire mais on t’aidera pas et t’auras qu’à te démerder avec les thunes (rires), mais ça c’est à peu près pour tout le monde pareil. Je sais que j’ai cette chance d’avoir reçu un amour absolument inconditionnel de mes parents qui, même quand ils comprennent pas mes choix, me soutiennent, et c’est clair que tout le monde a pas ça.

Ce que je dis souvent aussi c’est que j’ai eu le coming out le plus uneventful de l’histoire des coming out de l’humanité, avec tout le monde qui s’en fout, l’intégralité de mon entourage qui me dit « Ah bon ? T’étais pas déjà bi ? ». J’étais trop blasée, c’était un non-évènement total, avec ma mère qui me dit que c’était bien la peine de faire une crise parce que mes parents m’avaient demandé si j’étais lesbienne quand j’avais 15-16 ans parce que je faisais beaucoup de basket, j’avais jamais eu de petit copain et j’étais toujours avec des lesbiennes en plus, parce que quasiment toute mon équipe était lesbienne. Je l’avais très mal pris à l’époque, je voulais être « normale » et je m’étais énormément énervée. Donc quand je suis revenue à 21 ans en disant « Ouais en fait, j’aime aussi les filles », ma mère m’a dit « Bah tu vois, je le savais. ». Et mon père n’a effectivement rien dit et puis des années plus tard on s’est retrouvé par hasard à Paris et c’était la Gay Pride et puis on regarde passer les chars, et mon père qui me dit « Ah c’est quand même beau tout ces gens qui sont venus célébrer notre famille, ça fait plaisir ! » C’était un jeu de mot avec notre nom, Gay. C’était quand même mignon parce qu’on est resté tous les trois à regarder la Gay Pride et connaissant mon père, il ne pouvait pas aller beaucoup plus loin pour acknowledge que j’étais pas hétéro. Ça ne le dérangeait pas si je parlais d’une déception amoureuse avec une fille devant lui et tout, il allait pas quitter la table ou quoi. C’est comme si il avait pas entendu que c’était une fille. Ça donne une très grande force de savoir qu’on est accepté-e quoiqu’il en soit. Pour le reste de ma famille, tant pis pour eux, ils suivent ou ils suivent pas c’est pas vraiment mon problème, et mon entourage c’est pareil. Les gens m’aiment bien ou m’aiment pas, il y a très peu d’entre-deux, ceux qui m’aiment bien m’aiment comme je suis et peu importe comment je suis.

Et niveau public, je le vis aussi comme une manière de me protéger, à partir du moment où tout ce que je fais, et tout ce que je suis est public, mais que c’est moi qui ait décidé de quand est-ce que j’en parle, c’est très difficile de me blesser. Je trouve qu’il y a quelque chose de très dangereux dans le secret. On peut révéler des choses sur toi à un moment qui n’est pas le bon timing pour toi, et ça je pense que quand tu es une personnalité publique, ça peut faire beaucoup de dommage. Ça c’est une amie militante plus âgée qui m’avait dit à un moment donné, je m’étais retrouvée à un truc et c’était quand j’étais en train de commencer à parler d’adoption publiquement mais pas vraiment, et un jour ça m’a pété à la gueule d’un coup, elle m’a dit « Amandine, tu ne parles jamais des choses qui ne sont pas réglées en public. Si tu abordes une question en public, il faut que tu sois en paix avec, tu fais pas dans l’entre-deux parce que sinon il y a un moment où tu vas vraiment prendre cher. ». Je trouve que c’est très vrai. C’est une idée que j’aime beaucoup justement dans le rap style ce qui a fait connaître Eminem c’est que le mec rappait sur le fait qu’il était blanc, qu’il vivait dans un trailer park, qu’il était un mec de la white trash et tout. T’arrives et tu dis tout ce qu’il y a à dire sur toi et les gens ils peuvent rien te faire. Effectivement je vais dire des trucs du genre que je suis une bâtarde, que je viens de nulle part parce que je suis née sous X. C’est une façon de dire, tu peux venir me chercher en disant des trucs comme ça mais qu’est-ce que ça va me faire ? Je peux le dire aussi. Encore une fois, je vis et j’agis comme ça en ayant bien conscience que c’est pas donné à tout le monde.

6) Quelles sont tes stratégies pour résister aux oppressions que tu subis ?

(Montre sa pinte du doigt et éclate de rire) Non mais c’est vrai ! Il y a l’auto-médication, faut être honnête là dessus aussi. Bon, moi je fume pas du tout de cannabis par exemple, c’est pas du tout ma drogue de choix mais je bois. Alors pas comme je pouvais boire quand j’étais plus jeune, où là c’était quand même pathologique et c’était autre chose, mais effectivement l’alcool a un rôle dans ma vie, ça me détend, je suis quelqu’un qui aime l’apéro. Moi j’ai comme règle, qui est aussi la règle des personnes qui ont abusé, qui est que je ne bois pas seule, donc par exemple si je suis seule chez moi et je passe beaucoup de temps seule, je ne bois pas. Mais par contre, dès qu’il y a quelqu’un avec moi, je peux boire, donc aller faire l’apéro ou inviter des ami-e-s à manger. J’ai un gros truc autour de ça aussi, la bouffe. J’ai grandi dans contexte pas mal d’isolement, mes parents étaient pas des gens qui avaient beaucoup d’amie-s, c’était pas des gens qui aimaient faire la fête. Moi, j’ai un côté très extrême de l’autre côté, bon, là je me suis calmé sur la fête quand même parce que j’ai vieilli, mais j’aime sortir, j’aime manger, j’aime qu’il y ait du monde à la maison, j’aime faire à manger, pour les autres et aussi pour moi, parce que ça me calme. Comme j’ai tendance à partir dans tous les sens, je me mets beaucoup de règles pour pas déborder de mon propre cadre, sinon je sais que je peux vraiment partir en roue libre. Par exemple, le dimanche, surtout quand je suis seule, c’est le jour où je vais faire mon marché et c’est le jour où je cuisine toute la journée. Je me fais des pancakes blinis pour la semaine, je me fais une soupe, je me fais des légumes sautés… comme ça, ça me permet aussi de gagner du temps dans la semaine et d’avoir de la bouffe de prête mais ça me permet aussi d’avoir mon dimanche où je fais à manger, je regarde des séries, j’appelle des ami-e-s à qui je n’ai pas parlé depuis longtemps… Il y a un truc qui est très fort avec la nourriture, j’aime manger, j’aime cuisiner, j’aime boire et tout ça va ensemble. J’aime faire ça soit toute seule, soit avec des gens.



L’autre truc qui me maintient c’est le sport, vraiment en dessous d’une certaine dose de sport quotidienne même, hebdomadaire sûr, mais quotidienne même, je vais vraiment très mal. Je nage, je cours, je vais à la salle de muscu, là je fais du vélo dès qu’il fait beau aussi, c’est pour ça que j’aime beaucoup Montréal. Tu peux avoir une activité facilement parce que c’est très aménagé pour les vélos. Et sinon je marche, quoiqu’il arrive, aussi parce que je passe beaucoup de temps devant mon ordinateur, assise, enfermée, du coup je me force tous les jours à sortir de la maison, surtout quand je suis dans des phases d’écriture, où je pourrais passer trois jours d’affilée à écrire, sans me laver, en mangeant n’importe quoi etc. J’essaie de me forcer tous les jours à sortir 40 minutes et j’ai un tour de marche, que j’appelle mon tour de mamie, qui est un espèce de tour du bloc près de chez moi qui me permet de marcher pendant 40 minutes (rires). Donc je fais ça et je sais que je suis sortie et que j’ai fait un minimum d’exercice physique dans la journée. [C’est pas trop dur l’hiver pour ça ?] Non, sauf les jours horribles où il fait fait -25° avec du vent où là il y a pas de tour de mamie, mais par exemple bien habillée, ça peut vraiment être cool aussi de marcher dans le froid. Pour le coup même, ça te remet les idées en place, et puis faut marcher parce que sinon tu as froid. Je peux le faire dans plein de contexte, je vais pas prendre le bus qui m’emmène du métro à chez moi pour traverser dans le parc Lafontaine et traverser au milieu des arbres, voir les animaux, regarder les enfants qui font de la luge. C’est aussi un de mes kiffes de Montréal, vu que j’habite à côté du parc, il y a beaucoup les garderies qui emmènent les enfants. Ils ont des espèces de truc, des trucs à roulettes… ou alors les petits en combinaison de ski, on dirait des cosmonautes bourrés parce qu’ils arrivent pas à marcher dans la neige. Des fois l’été, ils ont des petites carrioles où ils sont assis parce qu’ils peuvent marcher, ils sont tous petits, donc tu les vois te faire coucou. Les tout-petits enfants ils ont 3 ou 4 modes, content, faim, pipi, triste (rires). Moi ça me calme aussi, je vois passer les petits enfants mignons, je vois les écureuils, aaw.

Donc ça c’est très important, la nature, la marche, les ami-e-s aussi. J’ai deux ami-e-s ici avec qui on se voit à peu près toutes les deux semaines, pour un café ou pour manger et si on a besoin de se voir plus, il y en aura toujours une de nous trois qui sera là pour l’autre. C’est très important aussi, moi j’aurais pas traversé les deux années d’immigration, avec le deuil de mon père au milieu, le film, la relation à distance avec mon conjoint si j’avais pas eu ces personnes là ici. Il y a la psy, qui est essentielle aussi pour l’équilibre mental. Je pourrais pas faire tout ce que je fais si j’étais pas suivie et vraiment suivie, c’est toutes les semaines et quand j’y vais pas c’est un peu l’angoisse. Après je suis monomaniaque, je range et je nettoie pour me calmer, je peux même pas travailler si c’est pas rangé, ordonné. Mon bureau, par exemple, faut pas s’en approcher, faut pas toucher, faut pas changer l’ordre de mes trucs. J’ai besoin d’un espace physique qui est comme ma bulle, j’ai besoin de me faire des bulles. C’est comme la musique aussi, j’écoute beaucoup la musique au casque, très fort, tout ce qui peut me permettre de m’isoler.

Si j’avais de l’argent… moi je fais les périodes d’essais des salles de sport et des cours de yoga (rires) comme ça je paie pas cher pendant un mois, mais ce que j’aime beaucoup c’est le yoga chaud, parce que c’est vraiment fatiguant et ça te force à arrêter ton cerveau. Moi j’ai un gros problème qui est que je peux pas m’arrêter, c’est pour ça que je fais beaucoup de sport, je peux dormir que quand je suis vraiment épuisée. J’aime le yoga chaud parce que c’est un des seuls états où je suis éveillée mais où mon cerveau s’arrête, enfin où j’arrête de cogiter à fond. Quand tu fais du yoga chaud au bout d’un moment t’as chaud, tu dois suivre les mouvements qu’on te montre et t’essaies d’attraper ta bouteille d’eau et c’est les trois trucs auxquels je peux penser, donc j’aime vraiment ça, mais ça coûte vraiment cher. Je suis pas encore arrivée au bout de toutes les périodes d’essais des yogas chauds de Montréal (rires) je vais pouvoir m’y remettre l’hiver prochain.

7) Quelle est ton expérience dans l’espace public ? Y a-t-il des endroits que tu évites ou des choses que tu privilégies ?

Alors c’est pareil, ça dépend toujours des lieux, donc en France, l’expérience de l’espace public c’est l’oppression. (rires) On va pas se mentir. En fait ça dépend, j’ai grandi à la campagne donc l’expérience de l’espace public c’était pas tant l’oppression que le truc où tu ne peux pas ne pas être vue et tout le monde sait ce que tu as fait donc bon. J’ai grandi avec ce rêve de quitter la campagne, d’enfin entrer dans l’anonymat et d’être dans une grande ville pour être anonyme. Je suis allée à Lyon pour faire mes études, qui était la grande ville à côté de chez moi. Finalement je me suis rendue compte que même dans les villes finalement…en plus j’étais à Science Po qui était pas l’université, on était 200 par promo et j’étais la seule noire, donc il y avait toujours pas d’anonymat (rires). Je venais de la campagne donc il y avait un peu ce truc de sourire à tout le monde, donc les mecs venaient me parler dans la rue, me suivaient et comprenaient pas que j’étais pas intéressée parce que je leur avais souri juste avant. Comme le disait ma coloc en Australie, j’ai un côté freak magnet, elle m’appelait comme ça parce que s’il y a quelqu’un entre marginal et excentrique, cette personne est pour moi. Elle peut être à 400m, elle va traverser la rue, elle va venir me parler. Donc j’attire les freaks et les vieux. Une des raisons pour lesquelles j’ai développé ce truc des écouteurs c’est que je ne peux pas prendre les transports en commun sans que j’ai des vieux qui viennent me raconter leur vie. J’ai vraiment développé une stratégie de ne pas regarder dans les yeux et de beaucoup faire la gueule quand je suis dans l’espace public. Je sais pas ce que je dégage mais les gens viennent me parler, c’est un peu tout le monde, pas juste les mecs, les mamies, les marginaux, alors parfois c’est chouette mais parfois j’ai juste envie de marcher tranquillou quoi. C’était pas encore oppressif mais il y avait déjà un peu ce truc des mecs relous.

Après, j’ai découvert la liberté absolue quand j’ai fait mon année d’échange en Australie où là, personne ne te voit même dans le sens où tu peux marcher à poil dans la rue tout le monde s’en fout. Tu rentres bourrée à 3h du mat en traversant des parcs et il t’arrive rien, pour moi c’était complètement surréaliste. Après l’Australie, j’ai voyagé, j’ai été en Thaïlande avec mon sac à dos, et en fait on te fait pas trop chier dès que tu sors de Bangkok, parce que là comme il y a beaucoup de tourisme sexuel, dès que tu es toute seule à une table, tu te fais emmerder par des vieux dégueulasses européens et américains, mais dès que tu vas dans la campagne on t’emmerde pas. Après je suis allée en Angleterre quand je suis rentrée en France parce que je tenais pas, je suis rentrée très peu de temps. J’ai vécu 6 mois en Angleterre où pareil c’était la liberté puis je me suis installée à Paris. Alors là, je pense que c’est aussi pour ça que mon côté fluo kid s’est calmé, parce qu’en plus moi je réponds, donc vraiment je m’embrouillais parfois j’étais à la limite de me taper avec des gars dans la rue et puis tu t’énerves quoi, donc t’as cette montée d’adrénaline, où tu insultes les gens etc.

C’est vrai que j’ai pas mal changé ma façon de m’habiller en lien à ça, ou ma façon de me déplacer aussi. Comme je bossais beaucoup en restauration aussi, je vivais beaucoup la nuit. À Paris je me suis mise à prendre le taxi, par exemple. Comme je ne voulais pas changer ma façon de m’habiller, je prenais le taxi pour pas rentrer en poum-poum short, j’avais mes pourboires et voilà. Mais quand même je m’embrouillais beaucoup. Le point culminant c’est que je me suis fait tabasser à Paris il y a 3-4 ans, j’ai eu 8 jours d’arrêt de travail. Là pour le coup ce jour là j’étais pas en plus habillée…mais je travaillais la nuit toujours, je fermais le bar où je travaillais puis un mec m’a suivie quand j’étais sur le retour du bar. Heureusement c’était pour me voler mais ça aurait pu être pour tout et n’importe quoi. J’ai couru, je l’avais repéré de très loin et je me suis dit de pas faire ma parano donc j’ai pas couru tout de suite. Si j’avais couru à ce moment là j’aurais pu avoir une chance mais là c’était trop tard, et quand j’ai vu qu’il était trop tard je me suis retournée et je lui ai demandé ce qu’il voulait. Aussi on arrivait dans ma rue et je ne voulais pas arriver devant ma porte parce que je savais pas si j’allais pouvoir le contenir et comme c’est Paris, je savais pas si mes voisins allaient sortir m’aider. Il m’a demandé mon téléphone, mon sac, et j’ai pas voulu les donner. Il était beaucoup plus grand que moi, j’ai pas du tout mesuré les distances, il m’a mis une balayette et une fois que tu es à terre, j’ai découvert ça en faisant des arts martiaux, tu es quasi morte sauf si tu es Bruce Lee. Je me suis retrouvée à terre et là je me suis fait rouer de coups de pieds, c’était vraiment, vraiment horrible. Il m’a pris mon sac et quelques minutes après un autre gars est arrivé, j’ai pu appeler la police et en fait ils l’ont arrêté. Ils étaient juste à côté et il avait agressé 4 autres filles avant moi donc il était aussi dans un truc d’adrénaline. J’ai jamais vu ça de ma vie, il avait un regard de psychopathe et quand il m’a dit « Je veux ton sac. », je me suis dit Dieu merci parce qu’il m’aurait dit « Je veux te violer » ou « Je vais te tuer », je savais que j’étais morte. J’ai su qu’il avait mis des claques aux quatre filles avant moi, il leur avait pris leur sac et tout et moi je suis arrivée après et en plus j’ai pas voulu donner mon sac, donc moi il m’a vraiment tabassée. Ça faisait des années que j’entendais des histoires horribles de mes copines à Paris, ce que je supportais plus à Paris c’était aussi la banalisation de cette violence. C’est-à-dire « Bah ouais mais ça nous est arrivé à toutes » ou une pote qui m’a dit un jour « Ah oui je me faisais beaucoup suivre et emmerdée à une époque et là j’ai changé de coupe de cheveux, j’ai arrêté de me maquiller, j’ai changé ma façon de m’habiller, et là ça va. » mais ça va pas en fait. (rires) C’est pas normal. Tu peux pas devenir une autre personne pour pas te faire emmerder dans la rue et me raconter ça comme si c’était normal.

Du coup, pour moi c’était vraiment ça que je trouvais insupportable et c’était voué à arriver que je me fasse casser la gueule, ça allait arriver un jour ou l’autre. C’était arrivé finalement à, à peu près tout le monde dans mon entourage à des degrés divers et puis voilà quoi. Là, je me suis mis aux arts martiaux et tout ça mais c’était le moment où je me suis dit que ça changerait pas et qu’il fallait que je parte. Aussi parce que j’avais connu autre chose. Je pense que si je n’avais pas vécu en Australie ou en Angleterre, peut-être je me serais dit « Oh ben merde c’est la vie » mais on m’avait recommandé Montréal depuis très longtemps en me disant « T’as aimé Melbourne, t’adoreras Montréal, c’est le même genre de ville ». Effectivement, à partir du moment où j’ai décidé que je resterais pas en France, ce qui devait être à peu près deux ans après l’agression, où là je me suis dit qu’il fallait que je parte. On a fait des tests. Comme je te l’ai dit, je suis quelqu’un de très méthodique, donc on a fait des listes avec Enrico. Les deux dernières villes qui restaient c’était Montréal ou Berlin. On a été à Berlin, moi j’ai pas du tout aimé pour le côté super blanc, hipster, insupportable. Du coup, on est venus tester Montréal pour voir si on supportait le froid. Je trouve que Montréal c’est beaucoup plus multiculturel, ce que Berlin n’est pas, et c’était exactement ce qu’on m’avait dit par rapport à Melbourne. J’ai vraiment retrouvé cette ambiance, la verdure, les gens chill et polis, j’ai retrouvé le fait que tu peux te balader à moitié à poil et bourré à 2h du matin et qu’il t’arrivera rien.

Quand je dois rentrer en France pour travailler, je sais que je vais pouvoir me ressourcer à Montréal. L’objectif de long terme c’est de pouvoir être en permanence à Montréal pour pouvoir être détendue. Il y a vraiment un état de tension permanent à Paris et dans la région parisienne dans lequel j’ai plus envie d’être. J’ai plus envie que ce soit mon état normal de survie, je veux que mon état normal ce soit me promener tranquille sans me retourner toutes les 2 secondes ou péter de l’argent en taxi parce qu’il est 2h du matin et que je peux pas rentrer à pieds. Maintenant je peux rentrer à pieds à Paris mais vraiment, il faut que je me sente bien quoi.

8) Si tu devais décrire ta présentation physique ou lui donner un titre (la ligne éditoriale de ton look si on veut), qu’est-ce que ce serait ?

Je dirais le hérisson. Je fais en sorte d’avoir une présentation physique assez imposante parce que, comme au fond je suis gentille, je préfère que les gens aient d’abord peur de moi et qu’après ils se rendent compte que je suis sympa.

9) As-tu beaucoup changé de présentation ou de stratégies/choix de visibilité jusqu’ici ?



Oui ! Moi déjà il y a eu les cheveux, depuis le collège j’ai à peu près tout fait. La seule chose que j’ai jamais fait c’est que je me suis jamais coloré les cheveux mais j’ai eu les cheveux défrisés, les nattes, rasé total, afro, tout et n’importe quoi. Tissage et couleur c’est les seuls trucs que j’ai pas fait mais j’ai un truc vraiment de jouer avec ma tête avant même les vêtements. Même si j’ai passé presque 10 ans la tête rasée, qui est le truc que je préférais. Puis je pense que passé un certain âge je vais me recouper les cheveux très courts puis je ne les laisserais plus pousser, mais là je voulais voir jusqu’où je pouvais aller, je trouvais ça marrant. À partir du collège, j’étais très dans le délire hip-hop basket, et aussi parce que j’étais très mal dans ma peau donc baggy, pull XXL, de la 6ème à la 3ème. J’avais déjà un truc d’obsession avec les couleurs. Le seul truc de marque que j’avais le droit de m’acheter c’était au destockage NafNaf pendant les soldes parce qu’il y avait une usine NafNaf pas loin. J’avais acheté un slim orange fluo que j’adorais mettre avec un haut bleu turquoise et ça c’était moulant. Je pense que c’était l’été, ou quand je me trouvais un peu bonnasse parce que j’ai eu un truc d’adolescence ingrate où je grandissais en longueur, en largeur, j’avais de l’acné et tout puis il y a des fois où ça se calmait. Quand ça se calmait, je me montrais un peu et puis quand c’était la catastrophe j’étais en mode méga baggy. Puis ça allait avec le basket, parce j’aimais vraiment le basket et le côté afro-américain et tout.

À partir du lycée, là c’était ma grande période cannabis donc le métal et les trucs de hippies genre Tryo et tout, c’était ma phase je traîne avec les skaters et les drogués. Ça jusqu’à la fin du lycée, avec les sarouels et la totale hippie. Après c’est Science Po, là ça c’est un peu stabilisé dans un truc, je saurais pas trop dire ce que c’était. L’arrivée du côté un peu bobo quoi, avec des pointes de couleurs. L’Australie m’a amenée le truc très what the fuck on s’en fout, qu’il y a un peu ici, mix match qui m’a bien plu. Ensuite j’ai été au Conservatoire qui était vraiment l’encouragement à avoir ton propre style et en fréquentant les milieux artistiques et culturels où là, ça s’est stabilisé dans toutes mes influences passées et mon œil aujourd’hui. C’est vrai qu’avec cette pote qui était à Vivienne Westwood, de découvrir un peu, parce que le milieu de la haute couture c’était vraiment pas mon milieu. Puis venant d’un truc très marxiste tout ça, je comprenais vraiment pas l’intérêt jusqu’à ce qu’en ayant des ami-e-s dans le monde queer et dans la mode, qui étaient un peu la même chose, de comprendre la dimension artistique de la création de vêtements, dans cette idée de pièces uniques, de matières etc… Apprendre à regarder ça d’un autre œil.

10) Penses-tu te ressembler ? Et y’a-t-il autre chose que tu veux ajouter ?

Je pense que je ressemble à mes multiples personnalités. (rires)

 

– – – – In English – – –


1) Can you introduce yourself ?
My name is Amandine Gay, and I now define myself first and foremost as a director and academic. From where I stand, my whole work revolves around the same thing but from different perspectives. It is primarily focused on narrative reappropriation and public education, whether it’s being a stringer in mainstream media, giving talks or hosting workshops, making a documentary, taking part in radio and tv shows, as well as being present on social media, all of that are narratives. I do not write much fiction anymore, but I would really like to come back to it. For me, they are more or less the same, they are means to talk about oneself and about the society we live in, and in the end, we always talk a little bit about ourselves, so these are kind of the two main lines. Those lines being the society and myself, but I have a hard time finding balance, it is a big ongoing conversation with my therapist [laughs].

2) Can you tell me about your outfit (what you are wearing/why you chose this outfit), and more generally about your physical presentation?
What I picked up today has been my signature outfit since I found these overalls. I love overalls, trends that make the overalls go out of style every five years or so really pain me. When I saw this pair in the store, I could not hold it anymore and I jumped on it. I wear it very often since then. What I like about overalls is the kind of uniform style attached to it. I admire Azzedine Alaïa who, despite being a great fashion designer, had a uniform and always dressed the same. I could do that, but still, I do like expressing my feelings through my clothes. One of the coolest things about clothes is how they can transcribe your state of mind.

For me, overalls can mean several things: it can be that neutral state of I can’t be bothered so here you go, but in many ways, it’s also, and that echoes what I was telling you about Montreal, that state of non-performance. At the same time, I also use them as a uniform because they protect me if, for example, I am doing a screening with a debate, and also because they’re more practical. This winter, I have a very long tour with the movie, so I think I will mainly appear publicly in overalls, which will make my life easier in terms of traveling, and also because they actually are like a costume. The uniform is a costume of sorts, and it has to do with the fact that I used to do theater. I have always been obsessed, I would dress up a lot as a child and I’ve always had a fondness for it. Back when I had a promotional website as an actress, one of the quotes alternating on it and a quote I really like came from a book about dancing called ‘La Passion d’Être un Autre’. I would say this really is something that inhabits me as well, clothes, disguises, acting, everything you can do to escape from yourself, get out of your own skin. We have talked a lot about it with Rebecca Chaillon, who herself is really into makeup, for example, transformation, body paint. It’s really something that strikes a chord in me, I like to become someone else too.

3) Why did you choose to shoot here? Does this place have a special meaning for you?
I chose this place because it is a bicycle path I like very much. The things that seduced me about Montreal are really things related to the way of life, and that relaxed approach. It starts a little North from my place and goes all the way to the Mile End, following railway tracks, where there are old warehouses and factories more or less occupied. That is something I like very much and that you can also find in Berlin, those numerous unoccupied and ‘useless’ spaces, except there is this bike track. That’s something you can’t find in Paris anymore, where every square centimeter is used, filled to the brim. I like that there are almost abandoned empty spaces here. So there you have it, I love that bike path, sometimes I only go for a stroll all the way and back, also I thought that roundabout was really beautiful, [laughs] as I told you earlier, I thought it made quite a nice floral arrangement [laughs]. Honestly, I come by often, and every time I say to myself that there is a beautiful view from the street and tell myself ‘I’m sure that would make a nice picture.’ [laughs]. So that’s my chance to put it to the test.

4) Do external factors have an influence on choosing what you’re going to wear or on the decisions you make regarding your appearance/physical presentation?
Yes totally, I think that has a lot to do with France especially the last ten years I lived in Paris during which every time you wear something colorful, a little short, you know it’s going to be a battle. So there’s been a whole period in my life that was partly determined by the question ‘Do I want to get into an argument today or not?’ so I’d make some choices depending on my mental state. Then again, it’s also true I’ve always had a strong inclination for flashy colors, gold, and shiny things. I often ask myself what derives from personality, and what exists as a reaction. I think that growing up being the only Black kid around, I was tall and the only adopted child… There were no real options for me to blend in, but I don’t know when exactly, fairly early on I embraced the opposite by being extremely visible, loud, with bright colors etc. This always stuck with me actually [laughs], it became part of my personality.

I’ve been a very intense fluo-kid for a time in my life, up upon the moment I arrived in Paris in fact, where eventually, after a few years, I was doing as the Parisians did, grey, blue, black, beige, trying to keep my own style, however. I don’t like navy blue but you know. I always figured something out to have something that popped. I did that a lot with shoes because having worked as a waitress I had no choice but to wear black clothes and such, but I could still kind of wear the shoes I wanted. That was my chance to treat myself. I also developed this habit because I have various social circles and I knew very well that it’d be hard enough to be taken seriously as a Black woman, so imagine coming as a fluo-kid… Therefore I know that when I started writing TV shorts and we had meetings with big Parisian production companies, most of the time I would dress up, but for real, not like an evening dress, but something easily recognizable. I had a friend who worked as a press attachée for Vivienne Westwood, so, for example, I would show up wearing Vivienne Westwood pieces, a little off-the-wall but still within the acceptable color scheme, so that people would ask themselves how I got my hands on that kind of clothes. Often, when I know I’m going to be with people with certain assumptions about me, I put on very high heels, to be even taller. I practice fashion intimidation a lot when it’s important or when it serves to protect myself. Then, there’s a transition towards a kind of public visibility let’s say. The more you are ‘famous’, the more you can do what you want. So now it’s kind of the opposite. Now, I know I can go to meetings with people from big cultural institutions in my overalls, and so I do just that because it is also a way to show that in that instance I don’t care. So yeah, it depends a little on the context but also on the power dynamics. I’d say that now, for me, clothes are mainly just a way to have fun and reflect my state of mind. Often, the more I’ll wear vivid colors, the more I actually feel tired, when I don’t feel so great I tell myself it’ll make up for it.

The more I’m feeling myself, the more I’ll unleash my inner femme warrior with dresses, accessories, and stuff. I had that hip-hop phase, I used to play basketball, when I say that Salt-N-Pepa style it ain’t new, I love baggy pants etc. I’m in a quite fixed identification on the feminine and femme/fem side but I really like the gender fluidity that clothes can express, that appeals to me. If I had real money, I’d have three-piece suits that fit, but for now, I don’t have that kind of money, it will come. That’s one of my dreams in life, to get a tailor-made three-piece suit.

5) Do you think that visibility is a political matter?
I’d start with the broader aspect, indeed for me, visibility is political in the sense that it’s a privilege. What I mean is, publicly displaying who you are, I see that as part of visibility issues; it means that you don’t take risks, or that you are aware of the risks but think you can take them in order to be visible, and not everyone can do that. In that sense, it is extremely political to me. I’m thinking about that all coming-out debate you know. To establish the act of coming-out as this absolute moment of self-affirmation is forgetting the consequences it can have for people of color, for example, who have very few places they can turn to for support. And often, in a minority context within Western countries, the only places they might receive support from in the face of systemic racism, micro-aggressions, might be their family, their close circle or their church, their place of worship, their congregation. Pressuring these people to out themselves is forgetting that we might be cutting them from their safe space, even if they’re not the safest, but the only place where they might find support regarding, for example, discriminations. In that sense, I think this is truly where it is political. Not all actions have the same consequences depending on who you are, and people of color coming-out doesn’t necessarily equate empowerment. Understanding this is important because we need to find other options than visibility as means to embrace queer lives, or even, for example, having BDSM practices or being a sex worker. Not everybody can instigate a great public outing of these practices because it can also put them in real danger.

Personally, I am lucky I have a small family so there isn’t so much at stake and I am not close to them, except for my parents, now my mother. My family can be summed up by my mother, and my father at the time. I warned when I decided to become publicly visible, which was a conscious decision I made when I started the film, thinking that the only way for my work to be seen is if I was too. That’s when I appeared on social media, in 2014. It’s really easy to date back the moment I first appeared on social media, which is with Slate, end of 2014, early 2015, where I started documenting my work as well: filming every conference I organized and participated to, they are on my youtube channel, developing a major presence on social media… From that moment, I warned my parents I was going to be visible, and that I was going to talk about adoption, and that it would eventually ‘backfire’ on them. What I mean is that the first thing I was going to be told was that if I was so involved in antiracism issues, if I was so aggressive, extremist, racialist etc… all I’ve heard since then, it was because I was adopted and I had things to sort out with my parents. Even though it was the complete opposite, I had been able to take that road because I was at ease with my family history, and I knew I wouldn’t put anyone at risk by publicly speaking about adoption, racial issues, and the fact that there’s an underlying issue with white people adopting children of color.

I told my parents about it but the truth is I’ve always been the eccentric one in my family. I often tell that story, when I decided to go to the Conservatoire d’Art Dramatique (academy of dramatic arts) in Paris, I told my parents, and my mother is usually supportive of everything I do, I think I’d have to kill someone for her to think I’ve done something wrong, and even then it would depend on the context [laughs]. My father didn’t say anything. After a few days, I asked him and he answered ‘Listen, if I tell you not to go do theater in Paris, will you stay ?’, I told him no and he said ‘Well there you have it’. That was the level of conflict in my house, well then there was the issue of you can do it but we’re not gonna help and you’ll have to get money on your own [laughs], but that’s kind of the same thing for everybody. I know I was lucky to receive absolute unconditional love from my parents who were behind me, even when they didn’t understand my choices, and that’s for sure something not everyone gets.

What I often say is that I had the most uneventful coming-out story in the history of coming-out, where nobody cares, my whole circle telling me ‘For real? Weren’t you bi already ?’. I was so jaded, it was a complete non-event, with my mom asking me what was the point in throwing a tantrum at 15-16 when they asked me if I was lesbian because I played a lot of basketball, I never had a boyfriend and I hung out with lesbians because they were practically all lesbians on the team. At the time I was really offended because I wanted to be ‘normal’ and I got pissed. So, when at 21, I came back saying ‘So yeah, I also like girls’, my mother said to me ‘See? I knew it’. My father didn’t say anything and then years later we happened to stumble upon the Paris Gay Pride and while we watched it pass my father told me ‘Ah, it’s nice to see all these people who came to celebrate our family, it’s heartwarming !’. It was a pun on our family name, Gay. It was sweet though, because the three of us stayed and watched the march and, knowing my father, he couldn’t do much more to acknowledge that I wasn’t straight. It wouldn’t bother him if I talked about a heartbreak involving a girl in front of him, he wouldn’t leave the table or anything like that. It’s as if he hadn’t heard it was a girl I was talking about. It gives great strength to know that you are accepted no matter what. As for the rest of my family, their loss, they either are okay with this or not, that’s not my problem, and that goes for those around me. People like me or they don’t, there’s rarely an in-between, those who like me like me as I am and no matter how I am.

As for public visibility, I see it as a way of protecting myself, since I am the one who decides when to talk about it so it’s really hard to hurt me. I think there’s something dangerous with secrets. Things can be revealed about you at the wrong time for you and as a public figure, I think this can do a lot of damage. An elder activist friend told me that once, I was at some public thing and I was just starting speaking out about adoption but not straightforwardly, and one day it blew up in my face, she told me ‘Amandine, you never talk in public about unsolved issues. If you tackle a subject in public, you must be at ease with it and not be in an in-between because otherwise you’re gonna get smacked’. And I find that to be very true. That’s something I really like in rap, like what Eminem did, rapping about being white, living in a trailer park, being white trash and stuff. You come on up and you spill everything about you and people can’t hurt you. Indeed, I’m going to say stuff like I’m a bastard, I come from nowhere because I was born to an anonymous mother. It’s my way of saying, you can come provoking me telling me stuff like this, but what’s it gonna do? I can say it too. I’ll say it once more, I live and act this way, fully aware that this is not possible for everyone to do so.

6) What are your strategies to resist the oppression you face?
[Points at her pint and laughs] Seriously! It’s self-medication, you have to be honest about it. So, I don’t smoke weed at all, for example, it’s not my thing but I drink. Not like I did when I was younger, when it was more pathological and it was something else, but alcohol has for sure a part in my life, it relaxes me, I enjoy having drinks with friends. My main rule, which is also the rule of most people who went overboard, is that I never drink alone, so, for example, if I I am home alone and I spend a lot of time alone, I don’t drink. However, once someone is with me I can drink, so going for drinks or inviting friends for dinner. I have a big thing around it too, food. I grew up quite isolated, my parents didn’t have many friends, they weren’t party people much. I’m the complete opposite. Okay, I’ve calmed down a bit since I’m getting older, but I like going out, I like eating, I love having people over, cooking for others, and also for myself because it calms me down. I have a tendency to go all over the place so I set a lot of rules for myself not to go overboard, otherwise, I can coast along.

For example, on Sundays, especially when I’m alone, it’s the day I go to the market and spend cooking. I cook blinis [Russian savory pancakes] for the week, I make soups, vegetable stir-fries… This way, I save time during the week by having food ready to eat and it allows me to spend my Sunday cooking, watching series, calling my friends I haven’t spoken to for ages… There’s something very strong about food, I like eating, I like cooking, drinking and it all goes together. I like doing it by myself or with people.

The other thing that helps is exercise, like below a certain level of daily or weekly exercise, daily actually, I feel very bad. I swim, I run, I go to the gym, when the weather is great, I ride a bike too and that’s why I really love Montreal. You can easily do this because it’s well adapted for bikes. Additionally, because I spend a lot of time sitting on with my computer, at home, I walk a lot so I try to go out of the house every day, especially in writing phases, when I can spend three days in a row writing, without taking a shower or eating anything. I push myself to go out every day for 40 minutes and I have my walk, that I call my “Granny tour” which is a sort of round around the block near my place that allows me to walk for 40 minutes [laughs]. So I do that and I know I went out and I did the bare minimum exercise for the day [Isn’t it too hard during winter time?] No, except on horrible days when it’s -25C with wind then there is no Granny tour, but for example, well equipped it can be really cool to walk in the cold. It actually clears your head and you have to walk otherwise you’ll get cold. I can do it in many situations, I won’t take the bus that brings me from the subway to my place so I can cross through the Lafontaine park among the trees, see animals, look at children sledding. That’s something I really enjoy in Montreal since I live next to the park, there are a lot of nurseries that bring the children out. Kids in snowsuits look like drunk cosmonauts because they can’t walk in the snow. Sometimes during summertime, they sit in small carts because they can’t walk, they are so small and you see them waving at you. These little kids, they have 3 or 4 modes: happy, hungry, pee pee, sad [laughs]. It also calms me, I see cute kids and squirrels, aaaw.

That’s really important, nature, walking, friends too. I have two friends with whom we meet almost every two weeks, for a coffee or to eat and if we need to meet more, there’s always one of us who’ll be there for the other. I couldn’t go through these two years of immigrating, with mourning my father in between, the film, the long-distance relationship with my partner, if I didn’t have them with me. There’s also psychotherapy, who is essential for my mental health. I couldn’t do the things I do if I wasn’t seeing someone, I go every week and when I can’t go, I get anxious. I am a monomaniac, I organize and clean to calm down, I can’t even work if it’s not tidy. Do not approach my desk example, don’t touch it, don’t move my things around. I need a physical space, my bubble, I need to create my own bubbles. It’s like music too, I listen to a lot of very loud music with my headphones, everything that allows me to get isolated.

If I had money… I do trial periods in gyms and yoga classes [laughs] so I don’t pay much for a month, but what I like the most is hot yoga, because it’s really tiring and it makes your brain stop. My biggest problem is that I can’t stop myself, that’s why exercise a lot, I can sleep only when I am exhausted. I love hot yoga because it’s one of the only times when I can be awake but my brain stops and I don’t overthink too much. At some point when you do hot yoga, you’re hot, you have to follow the movements you’re shown and you try to grab your water bottle and it’s the only three things I can think about, so I really love it but it costs too much. I haven’t used up all the trial periods of all the hot yoga classes of Montreal yet [laughs], I’ll get back to it next winter.

7) What is your experience of public space? Are there places you avoid going to or things you favor?
It’s the same, it always depends where, so in France, my experience of public spaces is oppression. [laughs] I’m not going to lie. I mean it depends, I grew up in the countryside so my experience of public space, it’s more like you can’t go unnoticed and everybody knows what you do so. I grew up with this dream of leaving the countryside, to finally be anonymous in a big city. I went to study in Lyon, which was the big city in the area. Eventually, I realized that it was the same in big cities. I was studying at Sciences Po, there were 200 students per year and I was the only Black woman so there was still no anonymity [laughs]. I came from the countryside so there was this habit to smile at everyone so guys were coming towards me in the streets, followed me and didn’t get I was not interested since I had smiled at them before. My roommate in Australia used to tell me that I am a freak magnet, she called me that because if there is anyone from outcast to eccentric, this person is for me. They can be 400 meters away, they will cross the street and come talk to me. So I attract freaks and old people. One of the reasons why I developed this thing with headphones is because I can’t take public transportation without having old people talking to me about their life. I’ve really developed this strategy of avoiding eye contact and sulk when I am in public spaces. I don’t know what vibe I give off that people come to talk to me, not just guys, grannies, outcasts, everyone. Sometimes it’s nice, but sometimes I just want to walk peacefully. It’s not oppressive yet but there was already this thing with annoying guys.

After that, I discovered absolute freedom when I had my year abroad in Australia where nobody sees you like you can walk around naked in the street, no one cares. You can go home drunk at 3 am walking through parks and nothing happens to you. To me it was unreal. After Australia, I traveled, I went backpacking in Thailand and you don’t get harassed too much when you go outside of Bangkok, because there is a lot of sex tourism there, as soon as you’re alone at a table, you get annoyed by disgusting old Europeans and Americans men, but when you go to the countryside, you’re not harassed. I went to England shortly after coming back to France because I couldn’t stay in place. I lived in England for six months where I had the same freedom, then I settled in Paris. I think that’s why my fluo-kid side calmed down. I talk back so I really got into arguments to the point I was almost getting into fights with guys in the street and you get angry so your adrenaline is rising up, you start insulting people etc…

It’s true that I changed a lot the way I dress because of that, or even how I move. I used to work in restaurants so I was more of a night owl. For example, in Paris, I got the habit of taking taxis. Because I didn’t want to change the way I dress, I used to take the taxi so I didn’t go home in short shorts, I got my tips and that’s it. Anyway, I used to argue a lot. The peak moment was when I got assaulted in Paris 3-4 years ago, I had an 8-day sick leave from work. That day, I wasn’t even “dressed up”… but I was working at night still. I was closing the bar where I worked and a guy was following me on my way back home. Luckily it was to rob me but it could have been anything. I ran, I had noticed him from afar and I thought to myself not to be paranoid so I didn’t run straight away. If I had run at that moment, I could have stand chance but it was too late and when I noticed I turned to him and asked him what he wanted. Also, we were approaching my street and I didn’t want to be at my door because I didn’t know if I could make it and because it’s Paris, I didn’t know if my neighbors were going to come out to help. He asked for my phone, my bag, and I didn’t want to give them to him. He was way taller than I am, I didn’t properly measure the distance he kicked me down and once you’re on the floor, I discovered later with martial arts, you’re almost dead unless you’re Bruce Lee. I was laying on the ground and he kept kicking me, it was really, really horrible. He took my bag and a few minutes later, another guy came in, I called the police and they caught him. They were just near and he had attacked 4 other girls before me so he was also in an adrenaline rush. I’ve never seen that in my life, he had the look of a psychopath and when he said “I want your bag”, I thought ‘Thank God’ because if he had said “I want to rape you” or “I want to kill you”, I knew I would have been dead. I learned that he slapped the 4 girls before me, he took their bags and everything and then he got to me and I didn’t want to give my bag so he really beat me up.

I kept hearing for years horrible stories of my girlfriends in Paris, what I couldn’t stand in Paris, it was the normalization of this violence. Meaning “Sure it happened to all of us” or a friend told me once “Oh yeah I was followed and harassed a lot a while ago and then I changed my haircut, I stopped wearing makeup, I changed the way I dress and now I’m fine” but it’s not fine at all [laughs]. It’s not normal. You cannot become another person just not to get harassed in the street and tell me that as if it was nothing. I really found it unacceptable and it was likely that I would get beaten up one day eventually. It happened to almost everyone in my circle to various levels and that’s it. At this point, I started martial arts but it was also the moment I understood that it wouldn’t change and that I had to leave. Also because I had experienced something else. I think if I hadn’t lived in Australia or in England, maybe I would have thought “Too bad, that’s life” but I’d been recommended Montreal for a while saying “If you liked Melbourne but you’re going to love Montreal, it’s the same kind of city”.

Indeed, from the moment I decided that I wouldn’t stay in France, which was almost 2 years after the assault, we started trying out cities. As I told you, I am a very methodical person, so we made lists with Enrico. The last two remaining cities were either Montreal or Berlin. So we went to Berlin, but I didn’t like it at all because it’s too white, too hipster and unbearable. So we tried Montreal to check if we could bear the cold. I found out Montreal was more multicultural, something that Berlin was not, and that’s exactly what I’ve been told compared to Melbourne. I really found this atmosphere, the greenery, chill, and polite people, I found again the feeling of walking around almost naked and drunk at 2 am and nothing will happen to you.

When I go back to France for work, I know I will be able to unwind once I’m back in Montreal. My long-term goal is to be permanently in Montreal to stay relaxed. There’s really this state of permanent stress in Paris and its area that I don’t want to be part of anymore. I don’t want it to be my normal survival state of mind, I want my normal state of mind to allow me to walk around peacefully without turning back every 2 seconds or wasting my money on cabs because it’s 2 am and I can’t walk back home. Now, I can walk back home in Paris but I really need to feel good.

8) If you had to describe your physical presentation or give it a title (like the editorial line of your look sort of), what would it be?
I would say the hedgehog. I try to maintain quite an imposing physical demeanor since I’m actually kind-hearted. I’d rather have people be scared of me at first and then have them realize that I’m nice.

9) Have you changed your presentation or strategies/choices of visibility a lot until now?
Yes! So since middle school, I’ve tried almost everything with my hair. The only thing I haven’t done yet is dyeing it but I had it relaxed, braided, completely shaved, afro, everything. Weaves and dyes are the only things I haven’t done but I have a thing for playing with my head even more than with my clothes. Although I spent almost 10 years with a shaved head, which was my favorite. And I think after a certain age I will cut my hair very short and I won’t let it grow back, so I wanted to see how far I could go, I think it’s fun. In middle school, I was very into hip-hop basketball style and also because I was very uncomfortable in my own skin so baggy, XXL sweaters. I already had an obsession for colors. The only brand item I was allowed to buy was at the NafNaf outlet during sales because we had a NafNaf factory close by. I bought a fluorescent orange slim pants that I loved to wear with a tight turquoise top. I think it was summertime or I thought I looked hot because growing up I kept getting taller, larger, I had acne and sometimes it would calm down, and when it did, I showed myself a bit more and when it was bad, I’d go back to baggy pants mode. And it suited basketball because I really loved it and loved the Afro-American side to it.

Then from high school, it was my big weed period so metal and hippie things like and whatnot, it was my time “I hang out with skaters and junkies”. Saroual pants and hippie makeover, until the end of high school. After that, in Sciences Po, it leveled off a bit, I can’t even say what it was but it started the bobo style with hints of colors. 

Australia taught me the “WTF we don’t care”, that we find here too, which is basically mixing and matching anything that I enjoyed. After that, I was in the Conservatoire which is an environment in which you’re encouraged to have your own style and being part of artistic and cultural worlds, that’s when all my past influences and my current vision got together. It’s true that with my friend who was working for Vivienne Westwood, I discovered a bit the haute couture world, which wasn’t part of my world. And coming from a very Marxist background, I didn’t really get the point of it, until I had friends in the queer and fashion world, which were kind of the same thing, that made me understand the artistic side of fashion design, the ideas of unique pieces, fabrics, etc.. Learning how to look at it with a new eye.

10) Do you feel like you resemble yourself? And is there anything you want to add?
I think I look like my multiple personalities. [laughs]