Out There

Queerness, (in)visibilité et espace public
Nantes

Dwam

Dwam, Nantes, Septembre 2016

(English translation by Claire Elazzaoui)

1) Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis une artiste genderqueer française, et je me suis toujours sentie très investie dans les questions de représentations, queer surtout, bien sûr. Je pense j’ai bien compris très très jeune que l’on essayait de nous faire disparaître, et de nous réduire au silence – alors moi j’ai décidé de toujours ouvrir ma gueule ;  et comme je suis bavarde, je l’ouvre beaucoup. Du coup, j’ai un background assez militant sur les sexualités queers, sur le féminisme, un peu sur le racisme, mais bon en tant que blanche, c’est pas mon sujet. J’essaie de faire passer ça dans ce que j’écris ou dans mes productions artistiques. Je voyage beaucoup et j’ai eu la chance de rencontrer beaucoup de gens hyper divers qui ont contribué à m’ouvrir à plein de choses.

2) Peux-tu me parler de ta tenue (que portes-tu/pourquoi as-tu choisi cette tenue), et plus généralement de ta présentation physique ?

J’essayais de réfléchir à quelque chose qui me représentait bien, le genre de fringues que je met régulièrement, sachant que, oui, je suis Balance, donc je suis hyper coquette. (rires) Je l’assume complètement, je sais que je vais toujours osciller entre l’envie d’être élégant, et l’envie d’être vraiment confortable. Je n’ai pas envie d’avoir quoique ce soit qui me gêne dans mes mouvements, et je n’aime pas les matières désagréables. Par exemple, j’adore les chemises, mais souvent je les trouve inconfortables en fait : trop serrées aux épaules, trop raides. Un autre truc tout con :  j’ai tout le temps des pantalons taille basse parce que porter des tailles hautes, c’est hyper désagréable – je supporte pas la sensation d’avoir quelque chose qui m’appuie sur le ventre. Aujourd’hui j’ai hésité à mettre un chest-binder parce que j’en mettais souvent avant. Malheureusement, je ne peux plus trop en porter, parce que ça me fait trop mal au dos. Ça accentue mes problème de nuque. Ça me fait chier, et j’ai de plus en plus de poitrine et ça m’emmerde bien, mais voilà. J’aime bien mettre des harnais, ce qui fait rire tout le monde parce qu’ils imaginent que c’est mon gros kink SM, alors que non, pas du tout (rires) c’est vraiment purement esthétique. J’aime vraiment tout ce qui est lanière, harnais, rayures, tout ce qui rajoute des lignes et j’aime vraiment les matières qui ressemblent à du cuir, (même si en général ce n’est pas du vrai cuir parce que trop cher, et pas super éthique).

Je pense que ça m’évoque mon enfance et les bande-dessinées que je lisais. C’est marrant parce qu’une amie m’a dit il n’y a pas longtemps qu’elle était tout le temps comparée à un personnage de film et elle me disait « je suis trop heureuse parce que c’est à ça que je veux ressembler ». Hé bien moi je sais que ça fait des années que je m’habille comme tous les personnages de BD dont j’étais trop fan. Je pense qu’il y a vraiment un truc comme ça. C’est peut-être lié au fait d’être dessinatrice moi même ? Un fois mon frère m’avait dit « tu ne dessines que des personnages qui te ressemblent » et je lui avais répondu « Non, c’est que je veux ressembler aux personnages que je dessine, plutôt », et là je me suis dit : « au lieu de fantasmer sur ces trucs, putain fais-le quoi ». Donc voilà, c’est un peu du cosplay (rires). Ok aujourd’hui, j’ai envie d’incarner qui ? Quoi ? Et parfois ça change au bout de quelques heures, donc c’est un peu chiant. Par exemple, j’ai plein de robes, ce qui fait rire tous les gens que je connais, parce que je n’en mets quasiment jamais. Et à chaque fois je me dis « aujourd’hui ! Je le sens trop, je mets une robe » et au bout de deux heures je ne suis plus à l’aise, plus dans le mood, en fait, j’ai l’impression que ce personnage, ce n’est pas moi et je vais mettre un pantalon. À chaque fois je me dis, « non trop féminin ! ». J’ai le même problème avec les cheveux. Alors c’est marrant parce qu’on s’est aperçu que quand je m’étais rasé le crâne, je me maquillais beaucoup plus, parce que c’était déjà tellement dur et tellement lu comme masculin, ou plus neutre, j’avais envie de surcompenser je pense. Et puis, ça met déjà tellement ton visage en avant que t’as envie qu’il soit *woaw*. Il y a beau dire pour moi le maquillage ça fait une grosse différence, surtout au niveau des yeux, ça les fait ressortir à mort. Je ne me maquille que les yeux, jamais la bouche – c’est pas mon truc. J’avais tendance à faire des sourcils encore plus marqués aussi.

J’ai toujours besoin qu’il y ait cet équilibre : je sais que certains détails vont être lus comme féminins : le simple fait que je fasse attention à mon apparence, que j’aime bien les bijoux, alors je vais toujours avoir besoin de compenser avec quelque chose qui soit un peu plus neutre, un peu plus genderfluid, ou lu un peu plus masculin. Par exemple, en général j’ai des grosses bottes, jamais de talons. Ce n’est pas forcément masculin en soi, mais j’aime bien avoir un détail qui soit dur, ou codé différemment. Par exemple, les harnais, pour moi c’est cette idée de faire « super méchant » (rires). Il y a cet équilibre. Sinon je ne m’habille quasiment qu’en noir, mais c’est un peu lié au tattoo aussi. J’ai du mal avec les imprimés parce que mes tattoos sont déjà tellement présents, ça devient un peu dur niveau lecture – et là encore ce qui m’intéresse ce sont les silhouettes, les formes, les lignes. Du coup, noir, gris, couleurs neutres, la lecture est plus simple et de nouveau, je suis Balance et je suis obsédée par la concordance des couleurs, c’est une catastrophe. Je peux te faire un roman-fleuve sur comment les gens ne savent pas mettre des couleurs d’après moi (rires), du coup quand les gens ont de vraies bonnes couleurs je suis trop impressionnée mais bon, c’est rare. Parfois, par périodes, je me dis que je vais remettre des couleurs dans ma garde-robe, et à chaque fois je me retrouve mal à l’aise au bout de quelques heures. Ce n’est pas moi, et c’est pas ce que j’ai envie de faire passer.

J’aime bien cacher mes tatouages, ou ne pas trop les mettre en avant, je pense qu’il y a beaucoup de gens qui pensent à tort qu’on se fait tatouer pour les autres et pour se faire remarquer, alors que non. Je pensais que ce n’était pas du tout mon cas, même si j’ai pas mal évolué là-dessus. J’ai pas spécialement envie de les cacher ni de les mettre en avant, je les cache juste parce que j’ai pas envie qu’on me fasse chier dans l’espace public parce que j’ai un passif de harcèlement hyper hardcore. J’ai été énormément tripoté par rapport à mes tatouages, agressé verbalement ou physiquement, donc même si je n’ai pas peur, je n’ai juste pas envie qu’on m’emmerde. Moins on les voit, plus je suis tranquille. J’adore l’arrivée de l’automne pour ça, et chaque été, j’oublie, et je mets un débardeur et c’est reparti. Il me faut une semaine d’adaptation. Ça me soûle d’avoir des commentaires tout le temps, même si ce sont des commentaires souvent très gentils, juste je n’ai pas envie d’être ramenée à mon apparence en permanence. Je n’ai pas envie que les gens prennent ça comme une proposition d’interaction, non, je n’ai pas envie d’interagir avec les gens, du tout (rires) et surtout pas là dessus. Je suis tatoueuse, déjà 24h/24h je dois répondre aux questions des gens sur les tatouages, alors en dehors, je n’ai aucune envie de continuer et vraiment je ne fais plus aucun effort.

Le fait d’être très tatouée te met très à part dans l’espace public et là encore, je pensais que je me faisais tatouer non pas pour attirer l’attention mais pour me mettre à l’écart des interactions, ce qui est clairement un échec absolu (rires). Je ne suis plus complètement d’accord avec ça, parce que se mettre à l’écart, ça attire aussi l’attention en fait. J’ai quand même des tatouages très visibles et je peux pas non plus dire que je n’ai pas fait des tattoos dans une optique d’amélioration esthétique de mon apparence ; alors même si c’est principalement pour moi, forcément ça a un impact sur les autres et leur perception. Souvent dans mon apparence j’essaie d’envoyer des messages aux gens genre « venez pas me faire chier » et ça a systématiquement l’effet inverse, du coup, je ne suis pas très au point je crois.

3) Pourquoi as-tu choisi de poser à cet endroit ? Est-ce que ce lieu a un sens particulier pour toi ?

Parce que je suis amoureuse du château. Je le trouve à la fois très beau esthétiquement et très impressionnant, avec une grosse présence énergétique hyper marquée. Je suis vraiment obsédée par ce château (rires) littéralement. Quand je vivais à Nantes au départ, on ne pouvait pas le visiter il était en rénovation et c’était la frustration absolue. Quand je suis enfin revenue, il était enfin ouvert et le coup de foudre a été d’autant plus fort. Plus tard, quand je me suis questionné sur la sorcellerie urbaine, en cherchant des points d’énergie dans les villes, sans même avoir besoin de chercher, je savais que pour Nantes c’était au château et je savais exactement où c’était. J’y vais parfois quand je me sens particulièrement fatiguée, pour me recharger. Je le trouve apaisant aussi. Ce que j’aime bien aussi, c’est le mélange, que j’ai l’impression de retrouver chez moi, de plein de parties et d’époques différentes :une partie très ancienne, brute et imposante et une autre par dessus, très esthétique, beaucoup plus précieuse. Tu peux voir et sentir les différentes facettes et époques du château. Je me suis aussi dis que c’était un lieu public et touristique, où il y aurait aussi sûrement du monde, alors c’était aussi un peu le challenge avec un autre rapport à l’espace public. Il y a toute sorte de gens qui vont au château.

4) Est-ce que des paramètres extérieurs interviennent quand tu choisis ce que tu vas porter ou sur les décisions que tu prends concernant ton apparence/ta présentation physique ?

Oui forcément (rires) comme ce que je disais. Il y a l’impulsion du moment, ce que j’ai envie de mettre et puis je réfléchis ensuite à si je vais l’assumer à l’extérieur. Est-ce que j’aurais l’énergie pour ça? J’avoue c’est plus les jours où j’ai envie d’être super sexy, ça a l’air super chez moi, mais est-ce que j’ai vraiment envie aujourd’hui de me prendre les regards, les réflexions etc… ? Heureusement j’habite juste à côté de mon lieu de travail donc ça me pose moins questions maintenant parce que mon temps de trajet est assez court. Et au studio, c’est l’avantage de mon boulot, je pourrais venir bosser en pyjama et en soutif, (pour avoir déjà fait les deux) ça ne pose pas trop souci. Il y a une partie de la mise en scène dans mon travail qui joue beaucoup sur l’apparence, mais comme en vrai je suis paresseuse, en général je m’habille juste parce que j’ai la flemme et j’ai envie d’être à l’aise quand je bosse. Par exemple je déteste porter des soutien-gorges mais souvent j’en mets quand même en me disant qu’il faut que je pense aux positions que je prends en travaillant, au niveau de décolleté de mes vêtements, ou aux gens que je vais croiser, et que ce serait peut-être bien d’en porter quand même. Ça m’est arrivé qu’on me fasse la remarque. En même temps, pour moi c’est pas grave personnellement, mais pour l’endroit où je bosse je fais un peu plus attention. J’ai un boulot où déjà l’interaction est super intime donc on va essayer de pas envoyer d’autres messages mal perçus aux gens.

5) Est-ce que tu penses que la visibilité est une question politique ?

Complètement. Ça revient à ce que je disais au départ, comme j’ai grandi en étant très bavarde et que j’avais pas peur de prendre la parole et que j’en ai rien à foutre de ce que les gens pensent et j’ai un tempérament très colérique, j’ai grandi avec l’idée qu’il fallait en faire quelque chose. En plus, j’ai toujours été entourée de personnes introverties qui n’osaient pas toujours prendre la parole ou se défendre, alors je me retrouvait souvent en mode chevalier, ce qui est assez malsain. Ou dans d’autres cas, on me plaçait sans forcément me demander mon avis dans cette position, de porte-parole ou de délégué par exemple. Je sais que je sais bien exprimer et j’ai conscience de la présence ou de l’énergie que je peux avoir quand il le faut, du coup j’ai vraiment décidé de l’utiliser. Pour moi, ça allait avec les questions de queerness et de visibilité lesbienne, quand j’étais plus jeune. Je me suis toujours fait un devoir d’être hyper visible, hyper démonstrative en public, d’une part parce que je le suis de base, mais aussi je me suis toujours dit « attends, si tu le fais avec un garçon pourquoi tu le ferais pas avec une fille ? ». Ça m’a attiré un nombre incalculable d’emmerdes, certes, mais c’est un truc pour lequel je me suis toujours battu. C’est très important. J’ai énormément mis en avant le fait d’être gay, représenté en images, en photos, et j’ai volontairement occulté des relations qui auraient été perçues comme hétérosexuelles. En plus je suis polyamoureuse et j’ai souvent été avec plusieurs personnes en même temps, et dans ces cas j’allais mettre en avant que j’étais en relation avec plusieurs personnes, mais sans jamais mettre en avant quand c’était avec des hommes ou des personnes qui se définissaient comme des mecs cis. Je me prends un peu moins la tête là dessus maintenant. Je sais que la bisexualité/pansexualité sont aussi extrêmement invisibilisées donc c’est important de les représenter aussi. Donc je suis plutôt vocale, ou bruyante (rires).

6) Quelles sont tes stratégies pour résister aux oppressions que tu subis ?

Les système d’entraide, les communautés de soutien parce que plus on est de fous à partager un peu les mêmes oppressions et le même ressenti et plus on va se sentir safe et soutenu•es et compris•es, surtout. Malheureusement j’ai envie de dire que l’une de mes stratégies c’est de me couper énormément des oppresseurs et donc, j’ai l’impression de vivre dans ma bulle de gens chouettes et compréhensifs. Le problème c’est que j’ai un tempérament tellement combatif, avec zéro diplomatie et une sur-sensibilité à tout ; ce n’est pas possible pour moi de me battre 24/24h. C’est horrible et ça te bouffe toute ton énergie. Je n’ai plus du tout envie de ça. J’étais vraiment comme ça avant et pfiou, j’ai appris à mettre de l’eau dans mon vin. J’ai envie de faire ma vie tranquille maintenant. Et pour moi ça passe par prendre énormément de distance avec ce qui me fait bondir, donc quand je te disais que je connais très peu de mecs hétéros, c’est pas un blague. Je suis devenue hyper intransigeante avec ce que j’accepte et ce que j’accepte pas, comment j’ai envie qu’on s’adresse à moi ou qu’on me respecte, et c’est plus très très flexible en fait. Du coup, il y a énormément de gens pour qui c’est pas la peine d’essayer, on part de trop loin. Bien sûr, il y a des gens avec qui je suis obligée d’interagir et tout, et je suis assez chanceuse dans mon quotidien, mais je fais plus vraiment d’efforts dans le sens des oppresseurs. Ils vont me prendre comme je suis ou ils dégagent quoi, je vais vraiment pas du tout temporiser.

Je lis beaucoup, ça me permet d’évoluer moi, de me questionner moi sur tous les schémas internalisés, et puis encore d’en parler, de relayer les paroles des gens qui sont silenciés, de participer à des projets, des évènements etc… J’essaie vraiment d’inclure ça dans mes projets artistiques aussi et d’inclure ce qui me touche dedans pour en parler ou bosser avec des gens qui ont un regard intéressant là dessus, et le partager au maximum pour essayer d’éduquer d’autres gens et de toucher d’autres personnes. Je me suis un peu calmée sur les débats sans fin sur Twitter (rires), c’est l’âge j’imagine, on a moins d’énergie, on la gaspille un peu moins. Après, juste d’essayer moi de vivre au maximum en accord avec mes convictions et d’essayer de pas reproduire les trucs qui me font souffrir, être bien avec moi-même déjà c’est un début. Je pense que c’est un peu la base pour ensuite être bien avec les autres. Super ma philosophie de comptoir (rires).

7) Quelle est ton expérience dans l’espace public ? Y a-t-il des endroits que tu évites ou des choses que tu privilégies ?

Mon ressenti de l’espace public est un combat pour la tranquillité (rires). Comme dis, j’ai vraiment des expériences de harcèlements particulièrement fréquentes. Pas que je me place en victime ou quoi mais en en parlant avec d’autres personnes dans le même cas que moi, j’ai bien vu qu’en terme de fréquence, c’était vraiment hardcore. Quand j’étais petite, je le vivais hyper mal parce que forcément je pensais que c’était ma faute. Plus tard, on m’a renvoyé dans la gueule que ça venait de moi, mon attitude, ma façon de m’habiller, mon apparence, que j’avais l’air trop gay, trop goth, trop ci, trop ça. J’en suis pas mal revenu, donc j’ai arrêté de me fustiger moi et maintenant je gueule sur les gens. Je suis passée par des phases de panique totale, de peur suite à des agressions à un revirement absolu. Il y a eu une agression particulière où je me suis dis « plus jamais ». Depuis, devant le moindre début de harcèlement de rue, je me transforme en roquet et je beugle. Je suis hyper agressive, vulgaire et bruyante, c’est volontaire. Je me frite avec les gens, je leur hurle dessus avant qu’ils puissent dire quoique ce soit, ce qui est hyper efficace. J’ai eu des excuses, j’ai eu des discussions, j’ai eu des insultes. Depuis quelques temps, je n’ai plus aucun souci, comme quoi…

L’un des trucs dont j’ai beaucoup parlé, en général avec des hommes ou des femmes qui se faisaient beaucoup moins harceler – parce ce que ce sont des gens qui vraiment ne se rendent pas compte – c’est que je cumule : je suis perçue comme une fille, comme une personne queer ou lesbienne, comme gothique, comme une personne avec des tatouages et des piercings, et du coup je cumule déjà 4-5 trucs qui attirent vraiment différentes formes d’agressions qui parfois se télescopent, ou pas. Heureusement pour moi, je suis blanche, donc au moins je ne me tape pas le racisme par dessus ça – et j’en suis vraiment consciente. Ce n’est pas du tout la même chose quand je me fais harceler par un type qui essaie de me draguer que par quelqu’un d’homophobe, il y a une différence notable et je la sens tout de suite. Et ce n’est pas la même chose non plus quand les gens viennent me parler à cause des tatouages mais le problème c’est que maintenant ma réaction est la même, même pour le plus gentil des compliments. Je suis vraiment épidermique là dessus mais j’ai aussi remarqué quelque chose chez moi c’est que je ne baisse pas les yeux dans l’espace public. Je m’en suis rendu compte à Paris, parce que c’est surtout là que j’ai toujours des ennuis : je ne peux pas y mettre les pieds sans me faire insulter au bout de cinq minutes. C’était systématique, sauf que si je croise le regards des gens en permanence, à Paris, ce n’est pas possible, c’est une invitation à tout ! Je crois aussi que je dois fixer les gens sans m’en rendre compte, donc forcément ça doit empirer le truc. Malheureusement j’ai aussi un peu façonné mon apparence en réaction à ça et il y a certaines choses que je ne tenterais pas à certaines zones, à certains moments, parce que j’ai pas envie de me rajouter des ennuis. Mais maintenant mon attitude c’est vraiment « merde, moi aussi j’ai le droit d’être là » et quand j’ai des interactions désagréables, je vais dire aux gens pourquoi c’est sexiste, irrespectueux ou quoique ce soit. Même hors des histoires de harcèlement, j’attire tout le temps des gens qui veulent me parler, alors que moi j’ai l’impression que j’ai une attitude claire qui dis « cassez-vous je vous déteste tous ». Je me farcis tous les gens qui veulent discuter, c’est systématique, des punks à chiens aux vieux qui s’ennuient.

Je suis hyper sensible aux boundaries et aux énergies, donc c’est souvent difficile. Par exemple, j’étais à une soirée il y a pas longtemps avec des gens que je ne connaissais pas, ou que sur internet et ça devait être super safe. (normalement je ne vais jamais beaucoup en soirée, parce que je n’aime pas du tout être avec des gens, même si je peux faire illusion, je suis mort à l’intérieur) (rires). Donc j’y vais en me disant que ça va être cool, mais au final j’ai du passer la soirée à reculer et à me coller contre les murs parce que je trouvais que tous les gens étaient trop près de moi quand ils me parlaient, j’étais trop mal et vraiment pas bien. J’avais l’impression qu’ils parlaient tous trop fort, et un ou deux qui m’ont dragué d’une manière tellement lourde et j’ai finis par prendre mon appareil pour « prendre des photos de la soirée » et me cacher derrière. Après coup je me suis dis que rien n’avait bougé et que j’étais encore dans ces schémas là. En même temps j’avais envie de les rencontrer et de discuter avec elleux, mais à chaque fois c’était trop près.

C’est comme ça et je le ressens aussi souvent dans l’espace public. J’ai une peur panique des foules et je deviens dingue en manif ou concert, je supporte pas qu’on me touche, ce qui est encore plus compliqué avec les tattoos. Pourtant mon boulot c’est d’être littéralement dans la peau des gens ! Bizarrement dans d’autres cultures ça me touche moins, ou différemment, mais en France, être touchée, c’est vraiment une violation de mes limites.

8) Si tu devais décrire ta présentation physique ou lui donner un titre (la ligne éditoriale de ton look si on veut), qu’est-ce que ce serait ?

Snape’s queer daughter.

Je peux me sentir à peu près bien dans des codes vestimentaires féminins si je m’habille en sorcière, parce que les sorcières, c’étaient des femmes puissantes et outcasts. Ce serait peut-être aussi la seule manière de me faire avoir les cheveux longs. Quasiment toutes les robes que j’ai sont des trucs de sorcières, ou de créature des bois mythique. Il faut que ce soit une femme sombre et effrayante, et même quand je suis en mode petit lutin, il y a toujours un élément lié à la sorcellerie.

9) As-tu beaucoup changé de présentation ou de stratégies/choix de visibilité jusqu’ici ?

Je pense pas que j’ai tellement changé en fait, j’ai eu des variations, certes, mais je suis toujours restées sur les mêmes lignes, plutôt gothique, assez monochrome et androgyne. J’ai quasiment toujours eu les cheveux courts et à part quelques phases tests, je n’ai pas eu de changements spectaculaires. À part que je trouve que je me maquille vachement mieux qu’avant (rires). Après je suis Balance hein, mon apparence est étudiée. Même quand j’ai un look débraillé tout est complètement calculé.

10) Penses-tu te ressembler ? Et y’a-t-il autre chose que tu veux ajouter ?

Oh oui, mais peu de personnes savent le lire comme il faut (rires). Enfin, si, de plus en plus ! Je sais que quand j’étais ado c’était un des trucs qui me faisaient plaisir, avec ma taille et ma corpulence, on me prenait tout le temps pour un garçon. Je m’étais quand même posé la question, est-ce que c’est parce que je le veux tellement fort que j’ai influencé mon apparence ? En fait, non (rires) mais c’était vraiment une impression que j’avais. Je pense que je ne suis quand même pas trop en décalage avec moi-même 🙂

– – – – In English – – –

1) Can you introduce yourself in a few words?
I am a French genderqueer artist, and I’ve always felt very invested in representation issues, mostly queer ones of course. I think I understood at a very very young age that some people were attempting to erase and silence us – so I decided to speak up and since I am talkative, not only do I express myself loudly, I also talk a lot. As a consequence, I have quite a significant background in activism regarding queer sexualities, feminism, somewhat also racism, but it’s not really my thing to talk about, as a white person. I try to carry all of that in my writing, as well as in my other artistic works. I travel a lot and I have been lucky to meet a lot of diverse people who contributed to my opening to many things.

2) Can you tell me about your outfit (what you are wearing/why you chose this outfit), and more generally about your physical presentation?
I was trying to come up with something that would represent me well, the type of clothes I wear on the regular, keeping in mind that, yes, as I am a Libra, I do care very much about my looks. I don’t try to hide it at all, I know I will always fluctuate between a desire to look elegant and a desire to feel really comfortable. I don’t want to wear something that hinders my movements, and I don’t like uncomfortable fabrics. For instance, I love shirts, but I often find them uncomfortable: too narrow around the shoulders, too stiff. Another dumb thing: I always have low waist jeans on, because high-waisted ones are unpleasant as hell, I can’t stand pressure on my stomach. Today, I thought about wearing a chest binder, because I often wore one in the past. Unfortunately, I can’t wear them anymore because they give me too much back pain. It worsens my neck issues. It’s fucking annoying, and my chest is getting bigger and bigger, which pisses me off. I like wearing harnesses, which makes everybody laughs because they imagine that it comes from a BDSM kink, when actually, not at all (laughter), it’s purely an aesthetical thing! I really like everything akin to straps, harnesses, stripes, anything that adds lines, and I truly love leather-like fabrics (even though most of the time it’s not actual leather since it’s super expensive and kind of unethical).

I think it brings my childhood back, as well as the comic books I was reading back then. That’s funny because a friend recently told me that she was compared to a movie character and she said: “I’m happy because that’s the look I’m going for”. Well, I’ve known for years that I dress like the comic book characters I used to be a fan of. I think that’s a real pattern of mine. Maybe that’s linked the fact that I am myself an illustrator? Once, my brother told me “You only draw characters who look like you”, and I answered “No, it’s rather that I want to look like them”, and then I said to myself “Instead of projecting your fantasies on those things, fucking do it yourself, mate!”. So yeah, I’m kind of cosplaying (laughter)! So, today, who do I want to embody? Or what? And sometimes, it changes after a few hours, which is pretty annoying. For instance, I own a ton of dresses, which is a laughing matter for my friends since I almost never wear any. And every time, I say to myself “Today is the day! I’m feeling it, I’m putting a dress on!”, and two hours later, I feel uneasy, not in the mood anymore, in fact, I feel like this character isn’t me anymore, and I go put on a pair of jeans. Each time, I think “Nope, too feminine!”. I have the same issue with my hair. So that’s funny because some people noticed that when I shaved my head, I tended to wear more makeup, because that was already so harsh and read as so much more masculine, or more neutral, that I wanted to, overcompensate, I guess. And it showcases your face so much you want it to be wow, breath-taking! Say what you want, but to me, makeup can make such a big difference, especially when it comes to the eyes, it really puts the spotlight on them. I only wear eye makeup, never lipsticks or such, that’s not for me. I also used to have a tendency to draw more defined eyebrows.

I always have the need for this balance, I know certain details are going to be read as feminine: the mere fact that I care about my appearance, my liking of jewelry, so I will feel the need to compensate with more neutral, more genderfluid or more masculine elements. For instance, I generally wear massive boots, never high heels. It’s not necessarily masculine per se, but I like to wear a tougher accessory, or differently coded one. As an example, harnesses for me are linked to the idea of presenting like a “super villain” (laughter). There’s this balance. Aside from that, I almost solely dress in black, but that’s kind of linked to the tattoo thing. I have a hard time with prints because my tattoos are already so present and visible, that it can become a bit hard to read – and once again, what I’m interested in are silhouettes, shapes, lines. So, with black, grey and neutral colors, the outfit is easier to read, and as I said earlier, I am a Libra, so I am obsessed with the proper color coordination, it’s a tragedy! I could write a whole book about how, according to me, people can’t pair colors (laughter), so I’m impressed when people are wearing actual good colors, but it’s still rare. Sometimes, periodically, I feel like reintroducing color in my closet, but in those cases, I always feel uneasy after a few hours. That’s neither me nor what I want to embody.

The fact that I have tattoos singles me out in the public area and then again, I think I got them not to attract attention, but to shelter myself from social interactions, which clearly didn’t work out that well (laughter)! My opinion on the matter has changed because singling yourself out also attracts attention. I still have very visible tattoos, and I can’t deny that I got them in order to aesthetically improve my looks; so even though it was mainly done for myself, it necessarily has an impact on others and their perception of me. I often try to give off a “don’t bother me” message through my looks, but it systematically has the opposite effect, so I must not be very good at it.

3) Why did you choose to shoot here? Does this place have a special meaning for you?
Because I am in love with this castle. I think it’s both very aesthetically pleasing and very impressive, with a very big and prominent energetical presence. I really am obsessed with this castle, quite literally. When I first lived in Nantes, it wasn’t open to visitors because it was being renovated, and that was utterly frustrating for me. When I, at last, came back, it was finally open, and I fell in love even harder with it because of that. Later on, while I was questioning about urban witchcraft, looking for energy spots in cities, I knew without even having to do research that in Nantes, it would be in the castle, and I knew exactly where in it. Sometimes I go there when I feel particularly tired, to get my energy levels up again. I find this place soothing, too. Another thing that I like, and can relate to, is the melting-pot of styles and periods: an ancient one, raw and massive, and another one on top of that, more aesthetic and precious. You can see and feel the castle’s different facets and ages. I also figured that it was a public and touristic spot, where there would probably be a lot of people, which is a challenge for me. All sorts of people visit the castle.

4) Do external factors have an influence on choosing what you’re going to wear or on the decisions you make regarding your appearance/physical presentation?
Yes, obviously. (laughter) As I was just saying, I have an impulse, about what I would like to wear, and then I have to think about whether or not I am going to own up to it on the streets. Will I have the energy for it? I have to admit, that happens more on the days on which I feel like looking super sexy, it looks great at home, but I am really up for what comes with it: the looks, the comments, and so on…? Luckily, I live right by my workplace, so it bothers me less than it used to because I don’t need too much time to get there. And at the studio -that’s one of the upsides of my job- if I came in my pajamas and a bra (speaking of experience), it doesn’t matter much. There’s a part of my job’s imagery that relies heavily on looks, but since I am lazy, I generally dress according to my low level of energy and my desire to feel at ease while working. For example, I hate wearing bras, but I often put one on nonetheless because I have in mind the poses my body will take, and their impact on my neckline, and how the people I will encounter would react, and how it would be more practical to wear one. I have already received comments about it. At the same time, at a personal level, it doesn’t bother me, but I am a bit more careful at my workplace. In my job, interactions are already super intimate, so try not to send equivocal messages to people.

5) Do you think that visibility is a political matter?
Totally. It boils down to what I was saying at the beginning: as I grew up very outspoken and unafraid to speak my mind, as I don’t give a shit about what other people think and as I am very short-tempered, I grew up with the idea that something had to be done. Plus, since I have always been surrounded by introverted people who didn’t dare speak out or defend themselves, I often found myself in a “chivalrous” position, which was quite unhealthy. In other instances, I was placed, not always with my consent, in the role of a spokesperson or of a class representative for example. I know that I can express myself well and I am aware of the charisma and energy I’m able to conjure up when needed, so I decided to really put it to use. To me, when I was younger, it went hand in hand with issues regarding queerness and lesbian visibility. I have always compelled myself to be hyper-visible and with PDA, on the one hand, because I naturally am, but also because I’ve always thought “If you’d do it with a boy, why not do it with a girl?”. It put me in a lot of trouble, that’s true, but it’s something I’ve always fought for. It really matters. I’ve really emphasized my gayness, represented in images, in photos, and I’ve purposely concealed heterosexual-presenting relationships. On top of that, I’m polyamorous and I’ve have often been with several people at the same time, and in those occasions, I would put forth the fact that I was in multiple simultaneous relationships, but never highlighting those with men or people identifying as cis men. I bother less nowadays though. I’m also aware that bisexuality and pansexuality are very erased as well, so it’s important to represent them too. So yeah, I’m pretty vocal, and loud (laughter).

6) What are your strategies to resist the oppressions you face?
Solidarity networks, support systems, and community, because the more people sharing oppressions and experiences stick together, the safer we will feel, supported, and more importantly understood. Sadly, I have to admit that one of my strategies consists in breaking any ties with and sheltering myself from oppressors, which means that I perpetually feel like I’m in a safe little bubble, surrounded by neat and understanding people. My issue is that I have such a combative and oversensitive temper that it’s not physically possible for me to be fighting 24/7. It’s horrible and it consumes all your energy. I really don’t feel up to doing this anymore. I used to really be that way, always on the edge, but then, pffew, I toned it down. Right now, what I really want is to lead a chill life. And for me, that means distancing myself from everything that upsets me, so I was not joking when I told you that there were very few straight men amongst my friends. I became very uncompromising about what I accept and what I don’t, about how I want people to address and respect me, and that’s not very flexible anymore. Therefore, there are some people with whom it’s not even worth trying, it’s too much work. Of course, there are people I am forced to interact with and all that, and I am quite lucky in my everyday life, but I really don’t make any efforts towards the oppressors whatsoever anymore. They’ll have to either take me as I am or fuck off, I am not going to play it down at all.

I read a lot, it allows me to evolve, to keep challenging myself about internalized thought-patterns and once again to talk about it, to relay silenced people’s voices and messages on, to partake in projects, events, and so on… I try to incorporate this in my artistic projects too, as well as topics that speak to me, so that I can raise conversations about them, and maybe work with people who have interesting takes on the matter, and then share the product of all that as much as possible so that I can educate and reach out to other people. I toned it down with the endless debates on Twitter (laughter), it comes with getting older I guess, when you have less energy, you spend it more wisely. And, well, the mere fact that I’m trying to live my life in full accordance with my values and not to reproduce the things that make me suffer, to be at peace with myself, is already a start. I think it’s the basis of a healthy relationship with others. Well, that was my 2-cent philosophy (laughter).

7) What is your experience of public space? Are there places you avoid going to or things you favor?
My experience of public space is a struggle for tranquillity (laughter). As I said, I have experienced and still experience street harassment extremely frequently. Not to play the victim or whatnot, but as I spoke with people like me, I noticed that what I was going through was really hardcore. When I was little, I had a truly hard time with it because I inevitably thought I was responsible for it. Later on, I had to face people telling me that it was because of me, of my attitude, of my clothing style, of my looks, of the fact that I looked too gay, too goth, too this, too that. I’ve evolved from that state of mind, so now I don’t chastise myself anymore and I yell at people who annoy me. I went through phases of total panic, of fright following certain aggressions, and that drove me to a 180° turn. There was one specific aggression that made me go “never again”. Since then, whenever there is the slightest beginning of street harassment, I become aggressive and I yell. I am extremely aggressive, loud and vulgar, and it’s on purpose. I argue with people, I yell at them before they have time to say anything, which is efficient. With that method, I’ve received apologies, I’ve had discussions, I’ve had insults. Right now, I haven’t been bothered in while, so…

One of the things I speak a lot about, mostly with men, or women who don’t get harassed as much – because those are the people who really don’t get it – is that I combine several aggravating traits : I am perceived as a girl, as a queer or non-binary person, as goth, as a tattooed and pierced individual, and those 4 or 5 things pile up and attract different forms of aggression, which can collide, or not. Luckily for me, I am white, so I don’t have to put up with racism on top of it all – and I really am aware of that. There are notable differences between harassment from a guy who is trying to hit on me and one from a homophobic individual, and I feel it right away. And it’s also different when people approach me to ask about tattoos, but the issue is that now, my answer is always the same, even for the nicest of compliments. I really have knee-jerk reactions to that, but I recently noticed the fact that I don’t look down in the public area. I noticed it in Paris because that’s usually the place where people are the most bothersome: I can’t set foot in it without people insulting me. It was systematic – but in Paris, if I make eye contact with everybody I walk past, it’s read as an invitation for anything! I think I also stare at people without noticing, so of course, that must male everything worse. Sadly, I also shaped my looks according to all that, there are certain things I wouldn’t dare in certain places, at certain times of day, I don’t want to get into any additional trouble. But now, I always sport a “to hell with all that, I too have the right to be here” attitude, and when I have unpleasant interactions, I always explain to the other person how their sayings are sexist, disrespectful, or whatever it is. Even aside from harassment situations, I seem to attract people who want to talk to me, even when I feel like I radiate “fuck off, I hate you all” vibes. I have to put up with every person in need of a chat, it’s automatic, from punk-rockers to bored elderly people.

I am very sensitive to boundaries and energies, so it can be really tough. For example, I was at a party not so long ago with people I didn’t know well, or only from the Internet, and it was supposed to be super safe. (I’m usually not a party person, because I don’t like being in a crowd, even if I can hide it, I am dead inside) (laughter). So I went there, thinking it was going to be awesome, but in the end, I spent the entire night stepping back and creeping up near the walls because I felt people were too close when they were speaking to me, I felt really bad and uneasy. I felt like everybody was speaking too loudly, and one or two people tried to flirt with me in such an invasive way, I ended getting my camera out to supposedly “take pictures of the party” and actually hiding behind it. Looking back, I realized nothing had changed and I was still caught up in those schemes of thought. I wanted to meet those people and chat with them, but at the same time, there was always too much proximity.

That’s the way it is, and I also often feel it in public space. I have a phobia of big crowds, I go nuts in protests and concerts, I can’t stand being touched, which the tattoos make even more complicated. Yet my job literally consists of trying to get into other people’s skin. Strangely, it impacts me less in other cultures, or it does in different ways, but in France, being touched really is a violation of my boundaries.

8) If you had to describe your physical presentation or give it a title (like the editorial line of your look sort of), what would it be?
Snape’s queer daughter.

Actually, I can feel quite at ease in feminine-coded clothing if it’s also witchy, because witches were powerful and outcast women. That might be the only thing capable of convincing me of letting my hair grow long. Almost all of my dresses evoke witches or mythical woodland creatures. It always must portray a dark and scary woman, and even when I am in pixie mode, there’s always an element linked to witchcraft.

9) Have you changed your presentation or strategies/choices of visibility a lot until now?
In fact, I don’t think I changed that much, yes there were variations, but mostly I stayed within the same lines, quite goth, rather monochromatic and androgynous. I almost always had short hair, and, apart from a few experimental phases, there were no spectacular changes. Apart from the fact that my makeup skills have improved a lot (laughter). And I’m still a Libra, my look is very thought-out (laughter). Even when I’m all scruffy, everything is carefully planned.

10) Do you feel like you resemble yourself? And is there anything you want to add?
Oh, I sure do, but very few people can actually read through it (laughter). Well, more and more do! I know that when I was a teen, one of the things that made me happy, about my height and my size, was the fact that I was taken for a boy all the time. I wondered though, had it wanted it so bad that I had influenced my appearance? Actually, I had not (laughter), but I really had that feeling. Yet, I feel like I am not too far from what I am.