Out There

Queerness, (in)visibilité et espace public
Montréal

Féadaë

Fédaë, Montréal, Août 2016

(English version down below)


1) Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Ex-Pute, gouine, presque trentenaire, perdue, amoureuse des chevaux, Montréalaise. Je pense que ça me définit plutôt bien. Je rajouterai militante mais je pense que vu les termes que j’ai utilisé c’était un peu en sous-texte

2) Peux-tu me parler de ta tenue (que portes-tu/pourquoi as-tu choisi cette tenue), et plus généralement de ta présentation physique ?

C’est un peu ce que je porte tous les jours. Étant une grosse femme ça a toujours été un enjeu politique de porter des leggings, parce que on se moque beaucoup des femmes qui portent des leggings. On les appelle des « morses », on dit que « les leggings c’est beau sur toutes les femmes mais pas sur les baleines »… ce genre de commentaires, je les ai énormément entendus. Dans mes pantalons, la majorité sont des leggings, les autres sont des pantalons de costumes 3-pièces; parce que c’est confortable, c’est facile à porter, de façon pragmatique mais aussi pour dire que même les grosses ont le droit d’en porter. Ça a été tellement difficile de trouver des leggings qui me font que j’ai dû aller dans une boutique spécialisée et j’en ai acheté six paires (rires). Donc c’est peut-être un manque d’originalité, mais l’été j’ai une paire de short, puis une ou deux jupes aussi pour varier, parce que parfois il fait juste trop chaud pour avoir quoique ce soit, mais sinon je dirais que des leggings et un chandail plus long, c’est vraiment une de mes tenues quotidiennes.

3) Pourquoi as-tu choisi de poser à cet endroit ? Est-ce que ce lieu a un sens particulier pour toi ?

Le Drugstore est le premier bar lesbien où j’ai été, et c’était important pour moi parce que ça me permettait de franchir la frontière du lieu, d’entrer dans un lieu lesbien, donc de voir des filles s’embrasser. J’avais été dans des bar LGBT mixtes mais pas des bars lesbiens avec 95% de femmes et trois quatre gays perdus, pour ça il y avait le Drugstore. Je suis retournée là extrêmement souvent, je parle de longtemps avant mon coming-out, à l’adolescence. Je disais que c’était parce que j’aimais l’alcool et j’aimais l’ambiance mais c’était aussi que j’avais un attrait, j’étais aimantée par ce lieu-là, j’avais besoin d’y retourner un fois de temps en temps. C’était toujours un endroit que je proposais quand on sortait, genre d’y aller en début de soirée puis d’aller danser après. C’est drôle parce j’ai jamais couché avec une fille que j’ai rencontré au Drugstore, j’en ai embrassé vraiment beaucoup, mais juste le fait de voir les interactions, de voir la quantité de femmes qui étaient là bas, j’avais besoin de ça à l’époque. Je précise qu’à l’époque je me définissais straight (rires). C’est drôle parce qu’il y a des gens qui ont combattu leurs attirances, moi je l’ai pas combattue, mon attirance pour les femmes, je l’ai vécu à 200%, mais je l’ai pas nommée. Pour moi, le fait d’être attirée par des femmes ça m’avait quand même pas sortie de la catégorie d’hétérosexuelle.

4) Est-ce que des paramètres extérieurs interviennent quand tu choisis ce que tu vas porter ou sur les décisions que tu prends concernant ton apparence/ta présentation physique ?

Quand je suis dans un milieu hétéro, je me féminise beaucoup plus. Quand je vais voir mon père ou quand je suis dans ma famille, ou quand je vais dans un congrès quelconque sur sujet pas du tout LGBT ni féministe, souvent je vais plutôt me féminiser, porter un jean skinny, je vais me raser et me conformer un peu plus, par exemple, cacher mon poil genre de mes aisselles. Alors que, quand je veux afficher ouvertement que je suis LGBT, je vais jouer sur les stéréotypes, purs et durs, et c’est drôle parce qu’on retrouve même pas ces stéréotypes dans nos communautés. C’est des stéréotypes qui sont souvent créés par des hétéros. En ce moment, quand je suis dans un bras de fer avec le Forum (Forum Social Mondial), ça va être les moments où je suis le plus butch. Je vais arriver avec la casquette par derrière, la chemise carreautée, en pantalon baggy, la camisole légère en dessous de la chemise… Je vais vraiment être la typical butch lorsque je suis en conférence avec le FSM, parce je suis la coordo du comité LGBT et je veux que ce soit très clair.

Si je suis dans le Village, ça dépend de ce que je fais, mais souvent je vais avoir tendance à beaucoup plus dévoiler le fait que j’ai du poil. Là j’ai perdu ma casquette, je suis triste, je me suis soûlée et le lendemain, je l’avais plus. Je portais beaucoup ma casquette dans le Village, porter une casquette par l’envers, sur une femme, ça affiche assez clairement les préférences sexuelles, soit t’es vraiment une fan de hip-hop soit t’es une gouine. C’est les signes de la communauté un peu (rire). Pour mon prochain anniversaire, je veux me faire tatouer probablement un dessin avec un drapeau, je sais pas encore quoi, pas un carré, peut-être un cœur et les couleurs arc-en-ciel mélangées, et probablement dans le cou, dans un endroit où le rendre visible ou non. C’est quelque chose que je veux vraiment faire, le marquer dans ma peau. J’ai déjà marqué la santé mentale, j’ai le parapluie rouge, j’aurais le rainbow flag, je les aurais toutes faites. Le point virgule c’est la lutte contre la dépression et le suicide, ce que ça veut dire c’est de ne pas mettre un point final à sa vie mais les personnes ayant vécu de grosses dépendances de toxicomanie vont aussi le mettre, les personnes ayant des soucis de santé mental en général. Y’a des gens qui trouve ça super cliché mais pour moi, quand tu croises quelqu’un avec le rainbow flag ou quand je croise quelqu’un avec ce tattoo, c’est un peu comme dire « j’te feel » et j’en suis très fière. C’est un de mes tattoos préférés, et puis il est tellement petit que la majorité des gens ne le remarque même pas.

5) Est-ce que tu penses que la visibilité est une question politique ?

Oui je crois qu’il faut de la visibilité pour permettre une diversité de modèles, pour permettre aux enfants de croire qu’il y a plus que juste une femme féminine et un homme masculin. C’est même pas un spectre, c’est un plan cartésien. Je pense aussi que c’est important parce qu’on peut choisir de se visibiliser ou non, en tout cas moi j’ai ce privilège là. Ça me permet de m’invisibiliser quand je veux pas être vue, parce que même si on me définit souvent comme étant très masculine, si je porte une robe, on m’identifie hétéro, malgré le fait que j’ai eu la tête tondue. Pour moi, la visibilité et l’invisibilité c’est aussi une façon de pouvoir naviguer et de me protéger. C’est politique parce que c’est aussi un moyen de survie. Dans ma communauté, ça me permet une reconnaissance, une acceptation, en dehors de ma communauté ça me permet soit des revendications, ou au contraire simplement de me cacher. Est-ce qu’il y a un juste milieu dans le fond?

6) Quelles sont tes stratégies pour résister aux oppressions que tu subis ?

Choisir mes cercles et les gens avec qui je suis. Je fonctionne en cercle extrêmement petits, mon entourage est très mixte mais partage les mêmes valeurs que moi, ce qui me permet de ne pas côtoyer d’oppressions ou très peu dans ma vie privée. Lorsque je suis dans le monde extérieur, c’est de m’invisibiliser, sauf lorsque dans des milieux hétéronormés où je vais me survisibiliser. Lorsque j’en retire un avantage politique, je pars de ma position de LGBT. C’est drôle de dire ça parce qu’on est pas forcément ces quatre lettres mais quand même, je pars de ma position de queer. Je me survisibilise pour empêcher la personne en face de moi de m’hétéronormer, de me penser hétéro ou de se solidariser avec moi en tant qu’hétéro. Mais, à part dans ces moments-là, souvent je vais parler de mes ex-conjoints au lieu de parler de mes ex-conjointes, répondre que je suis célibataire si on me demande si j’ai un homme dans ma vie, ce genre de détour… porter des pantalons pour cacher mon poil, mes tattoos. Le poil c’est quelque chose, là je vais avoir 27 ans et je le trouve plus facile à porter qu’au début de la vingtaine, parce que j’ai une sorte de carapace et aussi parce que je pense que j’ai plus l’air d’une jeune vingtenaire donc les ados et tout ne se sentent plus la légitimité de me caller out sur mon poil. Quand j’étais plus jeune, je me le faisais beaucoup dire, maintenant si un jeune de quinze ans venait me dire que j’avais les jambes poilues, je le regarderais genre « j’ai douze ans de plus que toi, retourne te coucher ».

Je pense que l’âge étrangement est une de mes tactiques de survie, de prendre de l’âge, de vieillir. Quand t’arrive proche de la trentaine, y’a beaucoup de choses qui passent qui passaient pas du tout à 21 ans, dans la société je veux dire. Je sais pas pourquoi, je n’ai aucune explication, mais je le vis, comme le fait de porter des leggings, d’avoir du poil, d’avoir la tête tondue, le fait d’avoir des piercings au visage, c’est moins dur à porter à 26 qu’à 21. Alors qu’on pourrait penser le contraire, mais pour moi c’est comme ça. Je ne l’avais jamais nommé mais de le verbaliser là je me dis que c’est tout à fait ça, je ne sais pas si c’est mon attitude qui a changé ou celle des autres face à moi, je n’ai pas de réponse.

7) Quelle est ton expérience dans l’espace public ? Y a-t-il des endroits que tu évites ou des choses que tu privilégies ?

J’évite le Village la nuit pas toutes les nuits, mais lors de la fête nationale ou des gros évènements, parce que c’est là que les « casseurs de pédés », les homophobes vont venir chercher la bagarre. Parce que si tu veux casser des homosexuels, là où y’a le plus d’homos c’est dans le Village donc c’est là que tu vas. Exception faite de ma famille, les pires expériences homophobes que j’ai vécues c’était dans le Village. Je pense que c’est pour ça que beaucoup de jeunes de ma génération quittent le Village, il y a vraiment un départ des vingtenaires vers d’autres quartiers pour essayer de se fondre dans la masse. Ce que je trouve triste parce qu’on est le plus gros Village en Amérique du Nord et le plus gros quartier gay et toutes les semaines il y a des attaques homophobes ici. Souvent des jeunes hommes un peu efféminés ou des grosses butch vraiment typical butch, rarement entre les deux, comme s’ils voulaient être sûrs de pas taper un hétéro. Paradoxalement c’est mon endroit préféré à Montréal et c’est celui que j’évite le plus dans certaines situations.

8) Si tu devais décrire ta présentation physique ou lui donner un titre (la ligne éditoriale de ton look si on veut), qu’est-ce que ce serait ?

Je dis que je suis butch mais je ne le suis probablement pas. Les gens ne me classifient pas butch mais j’aime le dire parce que j’impose de facto mon orientation sexuelle et parce que j’impose l’idée d’être masculine, donc ça me laisse une marge de manœuvre plus grande pour ma pilosité, pour mon habillement ou ma façon d’agir. Donc quand on me demande de me décrire ou de me définir, je dis toujours que je suis butch. Bien souvent les gens sont étonnés parce que je peux arriver en robe ou souvent je suis en leggings. Aussi, m’imposer comme butch m’impose comme figure masculine, donc figure de pouvoir, figure de force. Dans l’imaginaire collectif, on niaise moins avec une butch qu’on niaiserait avec une fem, c’est pas à la butch qu’on proposerait un trip à trois parce qu’on aurait peur que ce soit elle qui porte le dildo en fait. On joue vraiment dans l’espèce d’imaginaire hétéronormé et c’est cette image là que je veux renvoyer, c’est l’idée que j’ai autant de potentiel et de pouvoir qu’un homme cis hétéro.

9) As-tu beaucoup changé de présentation ou de stratégies/choix de visibilité jusqu’ici ?

J’ai eu quatre grandes phases : adolescente invisible, j’étais paradoxalement une gothique mais j’étais pas la gothique qu’on voit et sur laquelle on se retourne avec les grands corsets et les capes et tout. J’étais plutôt celle qui porte du linge et qui s’invisibilise, qui porte pas de maquillage… je suis une gothique refoulée. Ensuite, j’ai eu ma passe « ma-tante », au Québec on dit une ma-tante pour une femme un peu âgée qui a des goûts post-parcours, c’est l’adolescente invisible qui a vieillit et qui portait du linge très droit, toujours noir et vraiment rien pour me flatter en fait. Après j’ai eu une passe dans l’excessivement féminin, lorsque j’étais escort, excessivement épilée, excessivement maquillée, les jupes très courtes, les porte-jarretelles très apparents, les talons aiguilles… Ça a duré à peu près trois ans mais j’ai eu l’impression d’avoir passé trois ans en représentation sur scène. Je suis revenue un peu à ce qui me correspond le mieux, beaucoup de vêtements que j’achète dans la section homme, mélangés avec des vêtements pragmatiques, simples, pas nécessairement beaucoup de fioritures, j’ai pas d’accessoires ou très peu. Tous mes accessoires ont un but, là par exemple mon chapeau, c’est parce que j’essaie de faire pousser mes cheveux. Mais j’assume beaucoup plus mes courbes, je porte un bikini par exemple. « Mes courbes » la manière dont les femmes grosses devraient le dire, moi j’assume mes bourrelets, mon ventre, mes cuisses, j’ai plus peur de les montrer, je supprime plus les photos Facebook, même celles où j’ai l’air d’avoir un double menton.

10) Penses-tu te ressembler ? Et y’a-t-il autre chose que tu veux ajouter ?

J’essaie de refaire pousser mes cheveux pour voir comment je vais me sentir les cheveux plus longs, mais je dirais que quand j’avais les cheveux courts ça a été pas mal le moment dans ma vie où les photos qu’il y a de moi ressemblent le plus à l’image que j’ai de moi. Il y en a quelques unes particulièrement qui me viennent en tête, où ce sont les photos où je me suis le plus reconnue. Là j’essaye de voir si avec les cheveux mi-longs je suis correcte. Je dirais que oui, même si en ce moment j’ai l’air d’un épagneul. (rires)

Je pense qu’étrangement ma visibilité queer est importante mais en répondant à tes questions je réalise que ce qui est aussi un énorme enjeu pour moi c’est mon poids. Je réalise en vieillissant à quel point mon poids a eu une incidence sur moi, alors qu’il y a des femmes qui sont toute leur vie au régime et moi je m’imagine pas être au régime, donc j’avais pas l’impression d’avoir une relation particulière avec mon poids. De la même façon, pendant longtemps je me suis acheté des vêtements très larges, sans jamais me dire que je me trouvais grosse, je disais à tout le monde que je me trouvais pas grosse et que j’étais bien dans mon corps, mais je portais du linge trois ou quatre tailles trop grand pour moi… Au niveau de la visibilité y’a autre chose aussi, je mets énormément de temps à manger devant quelqu’un, je ne suis pas capable de manger devant quelqu’un, parce qu’une grosse c’est pas beau quand ça mange, parce qu’on est pas censé finir nos assiettes, parce que je peux pas commander un gros plat de pâtes… maintenant je le réalise et je peux le nommer. Avant, ça me stressait juste tellement que je mangeais pas, donc j’avais l’impression de pas avoir faim. Au fil du temps, je me suis rendue compte que non, j’ai faim. Puis, quand j’apprends à mieux connaître une personne, là je suis capable de manger devant elle.

Je pense qu’une des choses que je déteste qu’on me dise c’est que je fais pas mon poids, parce que pour moi ça veut rien dire parce que si c’est mon poids bah je fais mon poids. C’est comme si on me disait que porter ce poids là d’une autre façon était pas correcte mais que de la mienne c’était passable. Tout le monde me fait cette réflexion, je suis extrêmement musclée en fait et les muscles ça pèsent lourd, et oui je suis grosse mais je suis très très musclée, je lève mon poids au gym. Ça me fâche pas mais, avec le temps, je réalise de plus en plus que ça ne veut rien dire. Le fait que j’ai des petits seins par rapport à ma shape et on a tellement l’habitude de penser que les grosses ont des gros seins que c’est extrêmement dur de me trouver des vêtements qui vont pas bailler. Mes seins ça a été mon plus gros complexe, je voulais me faire augmenter la poitrine quasiment toute ma vie, c’est que dernièrement que je me suis dit que tant qu’à mettre 5000$, je préfère les mettre ailleurs, mais si j’avais été aisée financièrement, je l’aurais sans doute fait. C’est vraiment le fait que j’ai pas un rond qui fait que je l’ai pas fait, j’ai d’autres priorités, je dois manger tous les jours avant de me faire refaire les seins. (rires)

– – – – In English – – –

1) Can you introduce yourself ?
Ex-whore, dyke, almost thirty, lost, in love with horses, Montrealer. I think this defines me pretty well. I would add activist but I think, given the words I used, it’s implied.

2) Can you tell me about your outfit (what you are wearing/why you chose this outfit), and more generally about your physical presentation ?
It’s a like my everyday look. Being a fat woman, it has always been a political matter to wear leggings because people make fun of women wearing leggings. They are called « walruses », it’s said that leggings are beautiful on all women but « not on whales »… I’ve heard these kinds of comments a lot. My pants are almost exclusively leggings or three-piece suit pants because it’s comfortable, it’s easy to wear from a practical point of view, but also to say that even fat women can wear them. It was so difficult finding leggings that fit me that I had to go to a specialized store and I bought 6 pairs of them (laughter). It might also be a lack of originality but, in the summer, I have one pair of shorts, then one or two skirts for when it’s too hot to wear anything, and mostly leggings with a long t-shirt, it’s really my daily outfit.

3) Why did you choose to shoot here ? Does this place have a special meaning for you ?
The Drugstore was the first lesbian bar I ever went to and it was important for me because it allowed me to cross the borders of a place like that, to enter a lesbian bar and to see girls making out. I had been to LGBT mixed bars before, but never to lesbian bars with 95% women and three or four lost gays, for that there was the Drugstore. I went back extremely often, I mean way before my coming―out, during my teenage years. I said it was because I liked the alcohol and the vibe but it was also because I was attracted, it was like a magnet and I had to go back from time to time. I always suggested the bar when we’d go out, like to start our evening and then go dancing. It’s funny because I’ve never slept with a girl I met at the Drugstore, I’ve kissed a lot of them though, but really, just seeing the interactions and the number of women there, I needed that back then. I want to point out I identified as straight at that time (laughter). It’s strange because some people have fought their attractions but I haven’t, I fully lived my attraction toward women but I didn’t name it. For me, being attracted to women had not pulled me out of the straight box.

4) Do external factors have an influence on choosing what you’re going to wear or on the decisions you make regarding your appearance/physical presentation ?
When I am in a straight environment, I tend to present more feminine. When I see my dad or my family, or when I am at a conference not related to LGBT or feminist matter, I will wear things more feminine, a skinny jean, I will shave and conform myself a little more, concealing my hairy armpits for example. Whereas when I want to clearly state that I’m queer, I’m gonna use pure and simple stereotypes which is funny because they don’t even exist in our community. These stereotypes were often created by straight people. These days, when I’m struggling with the Forum (FSL), these are the days when I’ll be the butchest. I’ll come with my cap backward, my check shirt, baggy pants, and the light tank top under the shirt… I am really a typical butch in these moments because I’m the LGBT coordinator and I want it to be clear.

When I’m in the Village, it depends on what I’m doing, but I’ll often show more hairs. I am sad because I lost my cap, I got drunk and the next morning it was gone. I use to wear my cap a lot in the Village, wearing a cap backward when you’re a woman really shows your sexual preferences, it only means you’re either a hip-hop fan or a dyke. It’s like community signals (laughter). For my next birthday, I want to get a rainbow tattoo, I don’t know what shape yet, not a square, maybe a heart with the colors mixing, and probably in the neck or somewhere where I can choose to make it visible or not. I really want to mark it on my skin. I already have mental health, the red umbrella, I’ll get the rainbow flag and I’ll have them all. The semi-colon tattoo is for the fight against depression and suicide, it means not to put a full stop to your life but people that have had very important addiction issues will use it, people with mental health issues in general… Some people think it’s really cliché but for me, when you see someone with a rainbow flag tattoo or this tattoo, it’s like you’re saying « I feel you » and I’m really proud of that. It’s one of my favorite tattoos and it’s so small, the majority of people doesn’t even notice it.

5) Do you think that visibility is a political matter ?
Yes, I think we need visibility to allow a diversity of models, to allow children to believe there’s more than just a feminine woman and a masculine man. It’s not even a spectrum, it’s a cartesian blueprint. I think it’s also important because we can choose to be visible or not, at least I have this privilege. It allows me to be invisible when I don’t want to be seen because, even though I am often defined as very masculine, when I wear a dress, people identify me as straight, even when my head was shaved. For me, visibility and invisibility are also ways of navigating and protecting myself. It is political because it’s also a means of survival. In my community, it creates recognition, acceptance, outside of it, it can be a statement or, on the contrary, simply a way of hiding. Is there really a happy medium?
 
6) What are your strategies to resist the oppression you face ?
Choosing my social circles and the people I’m with. I have very small groups of friends, it’s very mixed and we share the same values, which allows me not to face oppressions or very rarely, in my private life. When I’m in the outside world, I make myself invisible except in heteronormative spaces where I’ll make myself overly visible. When it is an advantage for me I use my stance as an LGBT person. It’s funny to say that, knowing you’re not necessarily all four letters, but still I use my queer stance. I overly visibilize myself to prevent the person in front of me of « heteronorming » me, or thinking of me as straight or try to display straight solidarity with me. But, apart from these moments, I’ll talk about my ex-boyfriends instead of my ex-girlfriends, say I’m single when someone asks if I have a man in my life, this sort of thing… wear pants to hide my hairs or my tattoos. Being hairy, that’s something, I’m turning 27 soon and I feel it’s easier to be hairy now than when I was in my early twenties. Because I have an armor but also because I don’t look like a young twenty-something and teenagers don’t feel legit calling me out about it anymore. When I was younger I got called out a lot, now if a 15-year-old kid came up to tell me I was hairy, I’d look at him like « I’m twelve years older than you, go home »…

I think aging is strangely one of my strategies as well, getting old really. When you get closer to your thirties, a lot of things get easier than they were when you were 21. I don’t have an explanation for it, but I see the difference when I am wearing leggings, being hairy, having my head shaved or facial piercings, it’s less hard at 26 than it was at 21. Oddly we could assume otherwise, but for me, this is how it is. I had never said that out loud but I don’t know what changed, is it my attitude or theirs, I don’t have the answer.

7) What is your experience of public space ? Are there places you avoid going to or things you favor ?
I avoid the Village at night, not all nights but on National Holiday night or during big events because this is where homophobes who want to « beat up faggots » will go. Because if you want to beat up homosexuals, they are mainly in the Village. With the exception of my family, the worst homophobic experiences I’ve ever had were in the Village. I think this is why a lot of people of my generation are leaving the Village, you can see them going to other neighborhoods to blend in. What I find sad is that we are the largest Village in North America and the biggest gay district and yet, every week there are homophobic assaults here. Often very young effeminate men or really typical butches, rarely anyone in between, as if they were afraid of beating up a straight person by mistake. Ironically, it’s my favorite place in Montreal but it’s the one I avoid the most in some situations.

8) If you had to describe your physical presentation or give it a title (like the editorial line of your look sort of), what would it be ?
I say that I am butch but I’m probably not. People don’t call me butch but I like saying it because it states my sexual orientation and the idea of being masculine, which gives me a larger leeway for my hairiness, my clothes or my way of being. So when I’m being asked to describe or define myself, I always say I am butch. Even though people can be surprised because I can wear a dress or I’m often wearing leggings…but imposing my butchness imposes myself as a masculine figure meaning also a figure of power and strength. In our collective psyche, you don’t mess around as much with a butch than you would with a fem, you wouldn’t ask a butch for a threesome because you’d be scared she’d be the one wearing the dildo. I’m really playing with this heteronormative imaginary by sending out this image that I have as much potential and power than a cis man.

9) Have you changed your presentation or strategies/choices of visibility a lot until now ?
I had four big phases: invisible teenager, I was paradoxically a goth but not the kind you’d see or turn around for with big corsets and capes and everything. I was the kind that wore clothes that made
 herself invisible and didn’t wear makeup… I’m a repressed goth. Then I had my « ma-tante » phase, in Quebec you call a « ma-tante » a woman a little older with a has-been style, it’s the invisible teenager growing up and wearing very straight clothes, always wearing black and nothing flattering really. Then I had an excessively feminine phase when I was working as an escort, excessively shaved, excessively made up, with really short skirts, visible suspender belts, and high heels. It lasted almost three years, it felt like being on stage performing for three years. Now, I’m back to what suits me the most, a lot of clothes that I buy from the men section, mixed with practical and simple clothes with little or no accessory. All of my accessories serve a purpose, for instance, my hat is because I’m growing my hair at the moment. I accept my curves a lot more now, I wear a bikini for example. « My curves » is this expression fat women should use but I like to say I accept my bulges, my belly, my thighs, I’m not afraid of showing them anymore and I don’t delete the pictures on Facebook either, even the ones where I look like I have a double chin.

10) Do you feel like you resemble yourself ? And is there anything you want to add ?
I’m trying to grow my hair back to see how I feel with long hair, but I’d say when I had short hair, that was the time of my life where the pictures of me matched the most to the image I have of myself. There are a few that come to my mind where I really recognized myself. Now I’m trying to see if I’m decent with medium length hair? I’d say yes, even though I look like a spaniel at the moment. (laughter)

Strangely, I think my queer visibility is important but, answering your questions I realize my weight is a huge issue for me. I realize growing up how much my weight had an impact on me, even though there are women who spend their life on a diet and I can’t picture myself dieting so I never had the feeling I had a special relationship to my weight. The same way, for a very long time I bought very large clothes, without ever thinking of myself as fat, I’d say to everybody I didn’t think I was fat and I was great in my body but I would wear clothes three or four times bigger than my size… About visibility, there’s something else, I need a lot of time to eat in front of someone, I can’t eat in front of someone because a fat person doesn’t look nice when they eat, you shouldn’t finish your plates or order a big pasta meal, now I realize it and I can name it. Before I’d be so stressed I wouldn’t even eat, I’d feel like I am not hungry. Over time, I realized I was hungry. Then, the more I know a person, the more I can eat in front of them.

I think one of the things I hate the most is when someone says I don’t look like my weight, it doesn’t mean anything, it’s my weight so therefore I look like my weight. As if I was being told that being that weight my way was okay and other ways would be wrong. Everyone tells me that, I am very muscular and muscles are heavy, and yes, I’m fat but I’m also very very muscular and I can lift my weight at the gym. It doesn’t upset me anymore, but it just really doesn’t mean anything. The fact that I have small breasts compared to my shape and that we’re so used to fat women having big breasts makes it hard for me to find clothes that won’t gape. My breasts were my biggest complex, I wanted to have a breast augmentation practically all my life, it’s only recently that I’ve told myself that, if I had 5000$, I’d rather do something else with it, but if I had been well-off financially, I would have probably done it. The fact I’m broke prevented me from doing it because I have other priorities, I have to eat every day before I get a boob job (laughter).