Out There

Queerness, (in)visibilité et espace public
Montréal

Lemrin

Lemrin, Montréal, Août 2016

(English version down below)

1) Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Amine, j’ai 22 ans, je trippe beaucoup beaucoup beaucoup sur la bière. Je dirais que c’est ma passion. Je fais le certificat en études féministes, je risque possiblement de me rediriger en bio après, pour augmenter mes connaissances sur les interactions que les levures ont avec la bière. J’écris beaucoup, j’ai fait des études littéraires, je fais beaucoup de photos et j’aime voyager. L’un de mes plus grands combats dans la vie de tous les jours c’est la white supremacy et tout ce qui est appropriation culturelle, c’est vraiment mes deux gros dadas.

2) Peux-tu me parler de ta tenue (que portes-tu/pourquoi as-tu choisi cette tenue), et plus généralement de ta présentation physique ?

J’ai choisis ces pantalons verts parce que c’est mes pantalons préférés. Je les porte souvent quand je brasse de la bière. Je les aime beaucoup, je trouve qu’ils ont une belle couleur et ça reste un peu passe partout que tu sois habillé propre ou habillé tout crotté. Le top que j’ai pris ça fait partie de la quantité astronomique de linge que je prends soit à mes petites sœurs, soit à ma mère. Je trouve que leur linge est vraiment vraiment beau. Je le trouvais confortable pour la température qu’il allait faire aujourd’hui, je voulais pas mettre une grosse chemise ou un chandail, j’aurais chaud. J’ai pris ces bas là dans un des tiroirs chez mes parents parce que je trouvais que c’était ceux qui avaient le plus d’allure qui traînaient chez eux. En théorie, je devais mettre d’autres souliers mais ils étaient mouillés parce que j’ai décidé de les laver, fait que j’ai mis mes petits mocassins bleus.

3) Pourquoi as-tu choisi de poser à cet endroit ? Est-ce que ce lieu a un sens particulier pour toi ?

Je trouve que c’est un beau coin de Montréal, c’est un coin où je passe beaucoup beaucoup de temps justement quand je suis des cours à l’université notamment, j’ai souvent des grandes pauses. J’ai l’impression que c’est un quartier safe, si on veut. Je me sens à l’aise ici. Je trouve que c’est un quartier qui est vivant, où il y a tout le temps de la gaîté qui se passe et un quartier très hétérogène, je trouve.

4) Est-ce que des paramètres extérieurs interviennent quand tu choisis ce que tu vas porter ou sur les décisions que tu prends concernant ton apparence/ta présentation physique ?

Je dirais que mon seul paramètre c’est quand je vois mon père. J’ai pas une super bonne relation avec lui, on a passé vraiment beaucoup de temps sans se parler et il a quand même été super abusif quand j’étais plus jeune. C’est pas pour lui faire plaisir c’est plus pour éviter qu’il soit de mauvaise humeur et que ça se répercute sur les autres personnes à la maison. Quand je me suis teint les cheveux, j’ai passé quelques temps avec une casquette quand je lui parlais pour pas qu’il voit mais en même temps, si jamais je me présente à lui habillé comme ça, c’est plus une manière de dire « Fuck off, t’as absolument rien à dire là dessus » surtout pas après ce qui s’est passé quand j’étais plus jeune.

Si jamais je vais aller dans une brasserie, ou une micro ou un festival quelconque, je risque de porter les chandails de l’Ile de Garde parce que represent (rires). C’est aussi une manière de dire aux personnes autour que je fais partie de ce milieu-là. J’ai passé quand même un bon bout de ma vie à m’habiller en veston. J’ai un veston pour chaque journée et mes souliers propres et tout… C’était à l’époque où j’avais pas de barbe, où je me rasais la barbe, je faisais attention à mes cheveux et tout pour essayer justement de plus « white pass ». Je me suis rendu compte que c’est quelque chose que j’avais internalisé et que je devais essayer de déconstruire.

Je trouve ça un peu dommage que l’expression que je sois queer, je ressens le besoin de le montrer par mon apparence physique et j’ai l’impression qu’en faisant ça je fais que ancrer plus profondément le stéréotype que quand t’es queer, les gens peuvent le voir physiquement. J’ai l’impression de renforcer ces stéréotypes là mais, d’une certaine manière, j’ai pas envie de respecter une dogme ou de pas m’habiller d’une certaine manière pour pas rentrer dans ce jeu-là. C’est pour ça que d’une journée à l’autre, je vais avoir un look complètement différent de ce que je vais avoir porté la veille, à moins que j’ai pas eu le temps de laver mon linge (rires).

5) Est-ce que tu penses que la visibilité est une question politique ?

Je pense que oui parce qu’à mon sens, qu’importe les choix que tu fais c’est un choix politique. Quand tu décides d’aller acheter ton café à tel endroit, c’est un choix politique. Quand tu choisis de porter tel ou tel vêtement, c’est un choix politique. A mon sens oui ça en est un, est-ce que ça a à l’être ? Dans la situation actuelle, je pense que oui, mais j’ose espérer qu’à un moment donné ce sera plus le cas. J’ose espérer qu’à un moment donné ce sera juste tu veux être visible ou tu veux pas être visible, et que ça n’aura rien avoir avec le fait de faire partie d’un groupe minoritaire ou opprimé ou marginalisé mais tout simplement parce que tu as envie d’être comme ça.

J’ai l’impression qu’il y a quand même tellement de choses à déconstruire par rapport à l’identité de genre et même temps, je parle juste pour moi, y’a des slogans que j’ai vu passer sur internet par rapport auxquels je sais pas comment me positionner comme « Gender is over ». D’une certaine manière oui, c’est un bon point parce qu’il faut sortir, de un, de la binarité des genres, puis de deux, du fait qu’on se sente obligé-e-s de mettre un terme là dessus. Mais d’une certaine manière dire « Gender is over » c’est un peu invisibiliser les personnes qui, qu’elles soient cisgenre ou pas, ont du se battre longtemps pour qu’on reconnaisse leur genre. J’ai l’impression qu’en disant « Gender is over », je dis à certaines personnes trans que le combat qu’elles ont eu à mener toute leur vie, c’était pour rien. J’ai pas l’impression qu’en tant que société on en est rendu là, et je sais pas non plus si on doit en arriver là. C’est peut-être pas un combat qu’il faut avoir, je me questionne beaucoup justement par rapport au « Gender is over ». Je sais pas comment me positionner par rapport à la performativité du genre parce qu’importe à quel point tu veux performer ton genre, il va y avoir quelqu’un qui va dire « Ah okay, tu performes tel genre », je ne peux pas juste performer moi-même ? Surtout lorsqu’on parle de privilèges et tout, qu’importe à quel point je crierais haut et fort que je suis pas un homme, je vais quand même avoir mes male privileges. Les gens vont me voir et se dire bon, une barbe, telle taille, une voix relativement grave, okay c’est un homme, tiens tes privilèges masculins. Ça m’absout pas de ce privilège là et je dois composer avec et en être conscient. C’est ça que je trouve la partie la plus tricky avec les privilèges, autant on choisit pas de pas en avoir, autant on choisit pas d’en avoir.

En même temps, avec les différentes affaires qui se passent dans le contexte Nord-Américain, justement on parle beaucoup, surtout aux États-Unis, du Black Lives Matter et parler beaucoup des communautés hispanophones, mais à ma connaissance du moins, j’ai pas l’impression qu’on parle beaucoup des communautés arabes et des communautés berbères d’Afrique du Nord qui sont comme stuck dans une sorte de white passing et qui se font oublier dans la masse. Surtout quand tu pratiques pas de religion mais qu’on associe nécessairement ton background racial à une religion, l’invisibilisation est juste ridicule. On voit souvent, dans des bars, tu rencontres quelqu’un puis il te dit un mot en arabe puis t’es là « Okay je suis censé comprendre ce mot là malgré les dizaines de dialectes d’arabes différents qui existent ? Es-tu vraiment  en train de me mettre dans la même case qu’autant de personne que ça ? ». Je comprends qu’il y ait pas nécessairement de mauvais intentions derrière ça mais quand même, on est en 2016, tu as toutes les ressources que tu veux, il y a une quantité astronomique de documentation universitaire qui a été faite là dessus. Il y a des tonnes et des tonnes de ressources, à mon sens c’est juste de la paresse intellectuelle que de pas vouloir se renseigner. Être obligé de justifier ton existence en permanence c’est l’une des choses les plus épuisantes qui soit. Surtout lorsqu’on te demande en plus de ça d’expliquer certaines choses à des personnes.

En ce moment j’ai pas d’emploi parce que j’ai démissionné pour partir en voyage et j’ai pas eu à donner beaucoup beaucoup de CV dans ma vie, de tous les CV que j’ai donné on m’a jamais rappelé. Les seuls qui m’ont rappelés c’est quand j’ai enlevé le Mohamed de mon CV, j’ai juste mis Amine parce que ça passe mieux. Je trouve ça quand même assez particulier que je doive littéralement me cacher pour que mes compétences soient quand même prises en compte. D’autant plus que ma mère a quand même vécu sensiblement la même chose et est médecin. Elle avait fait tout un truc avec Radio Canada, en envoyant son CV tel quel à différents hôpitaux qui l’ont plus jamais rappelée ou qui ont donné des réponses négatives alors qu’un CV avec exactement les mêmes compétences qu’elle, on avait juste changé le nom, bah là elle a même reçu des offres. Ça me fait penser à quel point les gens sont biaisés, ils disent « Moi je vois pas la couleur » et c’est l’une des choses les plus enrageantes que j’entends. Juste arrête d’invisibiliser les gens, juste reconnais qu’il y a des personnes qui sont différentes et qui vivent des situations de privilèges différentes et sois en conscient-e et reconnais l’existence de ces personnes là, au lieu de te déresponsabiliser en disant que pour toi tout le monde est pareil. Il y a tout le côté après ce qui s’est passé à Cologne et les histoires sur les réfugié-e-s de Syrie qui sont venu-e-s, dans des milieux personnels et dans des milieux professionnels il y avait la question de « Pourquoi tu parles pas à ces gens là, c’est votre responsabilité à vous de dealer avec les fuckés de votre communauté qui font des sales trucs. » What the hell? Ces personnes là ne font pas nécessairement partie de la communauté de la personne à qui je parle, faut savoir différencier ça. Quand bien même si la personne fait partie de la communauté, il y a rien qui justifie que ce soit ma responsabilité à moi particulièrement de faire ça.

6) Quelles sont tes stratégies pour résister aux oppressions que tu subis ?

Je bois beaucoup. Je bois vraiment beaucoup. De un, parce que j’aime ça, ça m’arrive de me lever à 11h et qu’à 11h05 je me sois débouché une bière pour la déguster, pas nécessairement pour être saoul. Quand je passe une mauvaise journée c’est souvent ça. Dans l’immédiat j’ai longtemps essayé d’expliquer aux gens et pris ce rôle pas très agréable. Après un certain temps, je me suis rendu compte que c’était très épuisant, mais aussi que, des fois, ça en valait juste pas la peine que je dépense autant d’énergie pour rien recevoir en retour. Ça m’arrive souvent d’envoyer chier le monde, de le dire quand c’est vraiment des trucs absurdes et à pointer du doigt ce que la personne a dit ou fait de pas correct, sans nécessairement être là pour expliquer ou quoi. Juste dire, ça, ça a pas d’allure, c’est cave. Il y a aussi un truc que j’aime vraiment vraiment faire, surtout quand je travaille dans le service, si quelqu’un fait un commentaire vraiment sexiste ou transphobe ou raciste, simplement regarder la personne et dire « Hein? Pourquoi ? Je comprends pas » jusqu’à ce que la personne essaie d’expliquer le raisonnement derrière et qu’elle se rende compte que c’est juste cave. J’essaie de passer du temps avec des personnes marginalisées aussi et de créer pas forcément des communautés, mais être avec des personnes qui vont pouvoir relate et avec qui un peut créer un petit safe space, le temps d’une soirée et de juste laisser sortir la pression. C’est pour ça que je suis à Montréal, parce qu’à Trois-Rivières ça se fait pas.

7) Quelle est ton expérience dans l’espace public ? Y a-t-il des endroits que tu évites ou des choses que tu privilégies ?

Je me sens à l’aise dans l’espace public, ça a beaucoup beaucoup à faire avec ma socialisation et d’une certaine manière, je sais à quel point c’est privilégié de se sentir à l’aise dans l’espace public. Ça m’est déjà arrivé, surtout dans des bars, d’entendre du monde faire des commentaires et tout mais j’ai une politique de tolérance zéro envers ces personnes là, je confronte directement la personne quand ça arrive. Je fais partie de quelques communautés Facebook, de personnes qui trippent sur la bière justement, de beer geeks, brasseurs et brasseuses maison, puis ces temps-ci j’ai eu quelques mauvaises expériences. J’avais posté un lien vers un article qui parlait du sexisme dans le milieu de la microbrasserie, plein de monde a super mal réagit, dont un gars avec qui je devais faire un échange de bière et qui n’avait pas été super fiable. Il m’avait jamais donné de nouvelles alors que j’avais réservé les bouteilles et tout. Puis à un moment donné sur Facebook, il s’est proposé pour un échange avec quelqu’un d’autre et j’ai juste fait un commentaire genre « Moi j’ai pas eu une super belle expérience avec JB. » et à partir de là il a pas arrêter de m’envoyer des messages directement à moi pour m’insulter et tout et  sur cet article justement, il a répondu « Encore tes posts de pleureuse nanana ». Ça a dégénéré avec des commentaires vraiment transphobes et il a fini par être exclu et banni du groupe. Je trouve ça cool, c’est quelque chose que j’ai envie de faire comme projet de vie de faire du milieu brassical un milieu plus inclusif, parce qu’il y a une quantité très faible de personnes qui ne sont pas des hommes blancs, hétéros, cisgenres. Alors que  tout le monde a les mêmes papilles gustatives et tout le monde peut aimer la bière ou ne pas l’aimer, ça n’a rien avoir avec qui c’est que t’es, ça a avoir avec tes goût pis that’s it

8) Si tu devais décrire ta présentation physique ou lui donner un titre (la ligne éditoriale de ton look si on veut), qu’est-ce que ce serait ?

Je suis beaucoup dans la déconstruction en fait. Je dirais peut-être « Brown is good ».

9) As-tu beaucoup changé de présentation ou de stratégies/choix de visibilité jusqu’ici ?

Oui, parce que ça s’est vraiment passé dans les deux dernières années en fait, ou cette dernière année. Principalement en revenant de mon voyage au Maroc et en Espagne, c’est là que j’ai été mis en contact pour la première fois avec tout ce qui est question de privilèges et d’oppressions et question des différents féminismes qui existent et des identités de genre, qui étaient quelque chose dont je connaissais presque pas l’existence. C’est là justement que j’ai décidé de me laisser pousser la barbe et whatever, j’ai pas envie de passer white, c’est pas quelque chose qui m’intéresse. Ça me dégoûte pas mais ça me rend triste de penser à quel point je me suis longtemps battu pour être white passing et à quel point j’avais internalisé une haine de mon apparence. J’ai vraiment un nouveau rapport avec mon corps, c’est justement l’une des raisons pour lesquelles j’ai décidé de participer à ce projet là. Je suis en train d’explorer et j’essaie de me rendre plus visible, principalement par mes paroles et par mes interactions sociales avec les gens et en leur faisant réaliser que tu peux pas juste me désigner et dire « Toi t’es un homme ». Souvent c’est drôle parce que je traîne beaucoup dans des milieux avec beaucoup d’hommes blancs, cisgenres, hétéros et c’est tout le temps déstabilisant pour ces personnes là et mes ami-e-s très proches, mes ami-e-s du secondaire ou du CEGEP, qui étaient pas conscient-e-s que je ne suis pas un homme. J’ai eu plein de réactions différentes et c’est un travail à long terme. J’ai du faire des choix dans quelles amitiés j’ai envie de me maintenir et dans lesquelles c’est dommage mais j’ai pas envie de mettre plus d’énergie qu’il faut.

10) Penses-tu te ressembler ? Et y’a-t-il autre chose que tu veux ajouter ?

Je pense que oui, je pense ces six derniers mois oui. Ça a été long, je suis passé par à peu près tous les styles vestimentaires et toutes les sous-cultures possibles. Je pense que je me ressemble. L’un des plus gros challenge ça a surtout été par rapport à mon poids. Ça a quand même été un long travail et je suis vraiment content d’avoir pu le faire avec les bonnes personnes autour. J’ai longtemps voulu être athlétique et perdre du poids, puis ci, puis ça, et ça me faisait quand même assez chier de faire 1m80. Je me suis rendu compte que c’est mon corps et que je peux soit, passer le restant de ma vie à vouloir changer quelque chose que je peux pas changer, ou simplement commencer à l’apprécier, parce qu’il y a quand même plein de trucs que je trouve vraiment nice par rapport à ma forme physique. Genre je peux soulever des trucs que certaines personnes autour de moi peuvent pas nécessairement faire ou je peux mettre toutes mes affaires dans un sac et le porter. Des fois c’est aussi intéressant dans des situations de confrontations où j’ai l’impression que les gens vont me prendre plus au sérieux. C’est pas nécessairement que je trouve positif ou négatif, c’est là et dans certaines situations ça peut être plus rassurant pour moi de savoir que si jamais je me promène la nuit dans certains quartiers. J’habite à la station Papineau qui est à l’autre bout du quartier, c’est pas nécessairement le quartier le plus clean du monde, je traîne beaucoup à Hochelaga parce que j’ai des ami-e-s là-bas et tout, et c’est rassurant de savoir que si quelqu’un veut se battre avec moi, je vais pouvoir me battre avec cette personne. Je sais que c’est pas le cas pour beaucoup de personnes.

– – – – In English – – –

1) Can you introduce yourself ?
My name is Amine, I’m 22, I’m really into beer. I’d say it’s my passion. I’m graduating in feminist studies after which, I might switch to biology to discover more about the interactions between yeast and beer. I write a lot, I’ve studied literature, I take a lot of photographs and I love to travel. One of my biggest fight in my daily life is against white supremacy and everything surrounding cultural appropriation, they are my two main concerns.

2) Can you tell me about your outfit (what you are wearing/why you chose this outfit), and more generally about your physical presentation ?
I chose these green pants because they’re my favorite. I wear them often when I am brewing beer. I like them a lot, I think they are a beautiful color and they go with anything if you are smartly dressed or dressed all messy. The top is part of the astronomical amount of clothes I borrow from my little sisters or my mum. I find their clothes really really beautiful. I thought it would be comfortable for today’s temperature, I didn’t want to wear a big shirt or a t-shirt. I would have been too hot. I pick up these socks in a drawer at my parent’s because I thought they were the most stylish. In theory, I was supposed to wear another pair of shoes but I decided to clean them and they were still wet, so I am wearing my little blue loafers.

3) Why did you choose to shoot here ? Does this place have a special meaning for you ?
I think it’s a nice part of Montreal, it’s a spot I spend a lot of time in when I attend classes at the university, usually when I have long breaks. I feel like it’s a safe neighborhood somehow. I feel comfortable here. I think it’s a very lively district, there’s always joyfulness and it’s a very mixed area.

4) Do external factors have an influence on choosing what you’re going to wear or on the decisions you make regarding your appearance/physical presentation ?
I would say my only parameter is if I am seeing my dad. We don’t have a very good relationship, we spent a really long time not talking and he was very abusive when I was younger. It’s not to please him, it’s more about avoiding his bad mood and the repercussions on the other persons at home. When I dyed my hair, I spent some time wearing a cap whenever I would be talking to him, so he wouldn’t see it but at the same time, if I ever came to him dressed like that, it would be more of way to say « Fuck off, you have absolutely no saying in this », especially after what happened when I was younger.

If I am going to a brewery, or a micro or any kind of festival, I will probably wear the Ile de Garde t-shirts because Represent (laughter). It’s also a way of letting the people around know that I am part of that world. I spent a big chunk of my life wearing blazers. I have a blazer for every day and neat shoes and everything…It was a time when I didn’t have a beard, I’d shave it, paid special attention to my hair and everything so that I would white pass more. I realized it was something I had internalized and that I had to deconstruct that.

I find it a little sad that the expression of me being queer, for me, feels like it has to show through my physical appearance and I have the feeling that by doing so I contribute in deeply rooting the stereotype that when you’re queer, people can physically see it. I have the impression that I am reinforcing these stereotypes but, in a way, I don’t want to follow a dogma or not dress a certain way to avoid playing this game. This is why from one day to another, I can have a completely different style from what I wore the day before unless I haven’t had time to do my laundry (laughter).

5) Do you think that visibility is a political matter ?
I believe it is because, in my opinion, whatever choice you make is a political choice. When you decide to get your coffee from one place, it is a political choice. When you choose to wear this or that, it is a political choice. In my opinion, yes it is, but should it be? In the current situation, I think it should, but I dare to hope that at some point it won’t be the case anymore. I dare to hope for a day when you can just be visible or not be visible, and it won’t have anything to do with being part of a minority or marginalized or oppressed group, but simply because you feel like being that way.

I feel like there are so many things to deconstruct in relation to gender identity and yet, I just speak for myself, there are slogans I’ve seen online that I don’t know how to relate too, like « Gender is Over ». In a way, yes it is a good point because we have to get out of a) the gender binary system, and b) the fact that we need to choose a word for that. But, saying « Gender is Over » can also invisibilize the persons, cisgender or not, who had to fight for a long time to have their gender acknowledged. I feel like by saying « Gender is Over », I am telling some trans people that the fight they had to lead their whole life was for nothing. I don’t believe that as a society we are there yet, and I don’t know if we should get there either. It might not be a fight we should have, I really question myself about the relation to « Gender is Over ». I don’t know where to stand on gender performativity because however, you might perform your own gender, there’s going to be someone who will say « Oh, okay, you are performing this gender », can’t I just perform myself ? Especially when you talk about privileges and all, however loud I might say that I am not a man, I will still benefit from male privileges. People are going to see me and think, well, a beard, this height, a relatively deep voice, okay that’s a man, here are your male privileges. It doesn’t absolve me from this and I need to come to terms with it and be aware of it. That’s what I find to be the trickiest side of privileges, you don’t choose to not have them neither do you choose to have some.

Meanwhile, with what is going on in North-America, we talk a lot in the US about Black Lives Matter and the Spanish speaking communities, but, to my knowledge, not so much about the Arab communities and the Berber communities of North Africa, who seem to be stuck in some kind of white passing and have blended in. Especially when you do not practice any religion but your racial background is always associated to one, the invisibilization is ridiculous. Often when you go to a bar, you meet someone and they tell you a word in Arabic then you’re like « Okay, am I supposed to understand this specific word even though there are dozens of different Arabic dialects out there? Are you really putting me in the same box with so many other people ? ». I understand there are no bad intentions behind that but still, we are in 2016, you can access all the resources you want, there is an astronomical amount of academic documentation on this. There are tons and tons of resources, for me at this point, it’s just intellectual laziness not to care to do some research. Being forced to perpetually justify your existence is one of the most exhausting things there is. Especially if you are asked to explain stuff to people besides that.

I don’t have a job at the moment because I quit to go on a trip but I haven’t had to send a lot of resumés in my life, yet I have never been called back. The only ones who called back were after I removed Mohamed from my resumé, I just put Amine because it works out better. I find it quite odd to have to literally hide myself so that my skills are even being considered. All the more so because my mother is a doctor and she’s been through the same thing. She did this thing with Radio Canada, sending out her resumés to hospitals that never called her back or only to turn her down whereas a resumé with the exact same skills with just a change of name got several offers. It makes me think how much people are biased; they say « I don’t see colors » and it’s one of the most infuriating things I hear. Just stop invisibilizing people, just acknowledge that some people are different and live different situations of privileges and be aware of that, acknowledge them instead of not taking responsibility by saying that everyone is the same to you. There’s this thing after the events in Cologne or the stories about Syrian refugees, in professional and personal environments there would be questions like « Why don’t you speak to those people, it’s your responsibility to deal with the fucked up ones of your community that are doing shitty things. » What the hell? Those people don’t necessarily belong to the community of the person you are talking to, and you should learn the difference. Even though they were part of the same community nothing justifies that it should become my responsibility to do that.

6) What are your strategies to resist the oppression you face ?
I drink a lot. I really do. Firstly because I like it, I can get up at 11 AM and have opened a beer at 11:05 AM to enjoy it, not to get necessarily to get drunk. When I am having a bad day, I often do that. I have often tried to explain stuff to people and taken that unpleasant role. After a while, I realized it was really exhausting, but also that sometimes it’s just not worth spending that much energy and get nothing in return. It happens that I just tell people to fuck off, to say it when something absurd comes up and pointing at the offensive thing the person has said or done, without always explaining it. Just saying that it’s not classy, it’s bullshit. There’s also something I really like to do, especially when I work in service, if someone says something really sexist, or transphobic, or racist, simply look at the person and say «Huh? Why ? I don’t get it » until they try to explain their argument and realize it’s just bullshit. I try to spend time with marginalized folks and create a small safe space in which we can relate without always creating a community, just sharing with them and ease off on the pressure for an evening. That’s why I am in Montreal, because I can’t do that in Trois-Rivières.

7) What is your experience of public space ? Are there places you avoid going to or things you favor ?
I feel comfortable in public spaces, it has a lot to do with my socialization, and in a way, I know how privileged it is to feel this way. I sometimes get comments, especially in bars, but I have a zero tolerance policy about this and I directly confront the person when it happens. I’m part of a few Facebook communities of people tripping on beer, beer geeks, home brewers and lately I’ve had a few bad experiences. I posted a link to an article about sexism in the world of microbrewery and a lot of people reacted badly, including one guy I was supposed to make a beer trade with and who had not been really reliable. He never gave me any news but I had saved the bottles and everything. At some point on Facebook, he offered to have an exchange with someone and I just left a comment saying « I didn’t have a great experience with JB. » and from then on he started sending me messages to insult me and he replied to the article « One more of your crybaby posts blahblahblah… » It got worse with really transphobic comments and he ended up being banned from the group. I think it’s cool, it’s something I want to do in my life, make the brewer’s world more inclusive because there are a very few people that aren’t straight white cisgender males. It shouldn’t be that way, everybody has the same taste buds and anybody can like or dislike beer, it has nothing to do with who you are, it has to do with your taste and that’s it.

8) If you had to describe your physical presentation or give it a title (like the editorial line of your look sort of), what would it be ?
I’m still a lot in the deconstruction process actually. Maybe I would say « Brown is good ».

9) Have you changed your presentation or strategies/choices of visibility a lot until now ?
Yes and it has mainly changed in the past couple of years, or last year actually. Mostly when I got back from my trip to Morocco and Spain, this is where I first got in touch with the notions of privileges and oppressions and the different feminisms and gender identities, things I barely knew existed. This is when I decided to let my beard grow and whatever, I don’t want to look white, I’m not interested in that. It doesn’t repel me as much as it makes me sad to think about how much I fought to be white passing, and how much I had internalized a hatred of my appearance. I really have a new relationship with my body, this is precisely why I decided to be part of this project. I’m exploring and I’m trying to make myself more visible, mainly through my words and socials interactions with people and by making them realize that they can’t just point at me and say « You’re a man ». It’s often funny because I spend a lot of time in environments filled with straight white cisgender male and it’s unsettling for them, and for my close friends, friends from school or the CEGEP, who weren’t aware that I am not a man. I’ve had a lot of different reactions and it’s long process. I had to make choices and choose which friendships I want to maintain and which ones I don’t want to put more energy in.

10) Do you feel like you resemble yourself ? And is there anything you want to add ?
I think I do, for the past six months, yeah. It’s been long, I went through almost all clothing styles and all possible sub-cultures. I think I look like myself. One of the biggest challenges was related to my weight. It has been a long process and I am very happy to have been able to do this while being surrounded by the right people. I have wanted to be athletic for a very long time and lose weight, and this, and that, and I was unhappy to be 1m80. I realized that it’s my body and I can either spend the rest of my life wanting to change something I can’t change or simply start appreciating it because there are a lot of nice things about my physical shape. Like, I can lift stuff some people around me can’t necessarily lift, or put all my things in a bag and carry it. Sometimes it’s interesting in confrontational situations where I feel like people take me more seriously. It’s not necessarily positive or negative, it’s there and in some situations, it can be more reassuring when I’m walking at night in some neighborhoods. I live at Papineau on the other hand of the area, it isn’t the cleanest place in the world, I hang out a lot in Hochelaga because I have friends there and all, it’s reassuring to know that if someone wants to fight with me, I can fight back. I know it’s not the case for many people.