Out There

Queerness, (in)visibilité et espace public
Montréal

MorganE

MorganE, Montréal, Août 2016

(English version down below)

1) Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Qu’est-ce qu’on dit de soi en se présentant ? (rires) Je peux dire que je suis françaisE, bien que vivant à Montréal depuis un an. Je suis venuE ici pour faire mes études et actuellement je suis en maîtrise en sociologie. Je fais une concentration en études féministes donc je m’intéresse beaucoup à tout ce qui touche aux questions de genre et de sexualité, c’est pour ça aussi que ton projet m’intéresse. Je suis quelqu’un qui aime bien toucher un peu à tout, je fais pas mal de choses dans ma vie. Je fais mes études mais, à côté de ça, j’essaie de garder un peu des activités plus artistiques, un peu de danse, un peu de photo parfois. Depuis pas longtemps je me suis misE à faire de la corde aussi. Et puis j’aime les chats (rires).

2) Peux-tu me parler de ta tenue (que portes-tu/pourquoi as-tu choisi cette tenue), et plus généralement de ta présentation physique ?

J’ai mis une tenue que je porterais régulièrement. J’ai mis mes chaussures à talons, parce que j’aime bien porter ces chaussures. J’ai l’impression d’être plus grande avec et du coup de dominer un peu plus la situation. Ça me donne une sorte de force. J’ai mis mon mini short parce qu’à Montréal je suis toujours en mini short l’été, il fait tellement chaud, puis je trouve ça confortable, contrairement à une robe tu n’as pas peur qu’elle se soulève. Tu peux bouger assez librement. J’ai mis une brassière de sport, j’aime pas mettre de soutien-gorge, je n’en mets jamais, je trouve ça insupportable. J’ai décidé d’arrêter d’essayer d’avoir des seins alors que j’en ai pas beaucoup. Les brassières c’est pareil, c’est confortable et comme il fait chaud, j’ai le ventre à l’air et c’est bien. J’ai mis par dessus ma chemise parce que j’aime bien aussi porter des chemises, c’est plus socialement considéré comme masculin, même si c’est un peu débile. J’aime bien que ça contraste un peu avec le reste.

Mes cheveux, je les laisse souvent détachés comme ça parce que je n’aime pas trop perdre de temps à les attacher ou quoi. Ça m’arrive parfois de les attacher un peu en crête et ça a un côté un peu plus androgyne que j’aime bien. En fait, mes cheveux c’est un gros sujet de remise en question pour moi parce que j’ai l’impression que le fait d’avoir les cheveux longs fait que les gens vont directement t’associer au féminin. C’était notamment pas mal le cas à une époque où je me considérais juste comme lesbienne, puis que j’étais dans le milieu lesbien, j’avais l’impression que les gens se disaient que j’étais bi-curieuse ou hétéra. J’avais vraiment du mal à assumer d’avoir les cheveux longs à ce moment-là. Peut-être que c’est pour ça aussi que je me suis raséE un côté, pour avoir le côté « J’ai des cheveux longs mais je suis pas que ça ». En même temps, j’ai jamais voulu couper mes cheveux parce que j’aime vraiment ça les avoir longs et je trouve que ça me va bien. C’est un truc où des fois je me dis que si je me coupais les cheveux, j’aurais peut-être un aspect plus masculin qui reflèterait peut-être un peu plus ce que je suis dans le fond, mais je me dis que c’est stupide de devoir s’arrêter à ce stéréotype. La masculinité ou la féminité c’est pas qu’une question de coupe de cheveux.
Je me maquille pas comme ça tous les jours, même si je me maquille toujours un petit peu, mais j’aime bien des fois mettre du rouge à lèvres, de l’eyeliner, parce que je trouve ça joli juste. Encore une fois le maquillage est souvent considéré comme quelque chose de féminin, mais pour moi tu peux être maquilléE puis ça veut pas dire non plus que t’es une femme ou que t’es féminine. La masculinité et la féminité c’est aussi des questions d’attitude, ça veut même pas dire grand chose en soit, pour moi c’est plus des normes qu’on impose et on va dire, tiens ça c’est considéré socialement comme « masculin » ou « féminin ». Pour moi, être genderfluid ça me permet plus de jouer le rôle que je veux, puis justement de ne pas me mettre de limites dans l’expression de mon genre, que ce soit dans ma façon de m’habiller, ma façon d’être en relation avec les autres, les choix que je vais faire dans ma vie, dans mon attitude… Ça ne se résume pas juste à l’apparence mais on peut dire que j’ai un look un peu plus Fem en général.

3) Pourquoi as-tu choisi de poser à cet endroit ? Est-ce que ce lieu a un sens particulier pour toi ?

Les rives pour moi c’est pas un lieu qui paraît très queer ou alternatif par exemple, mais j’ai l’impression que c’est un lieu un peu en dehors de la ville. C’est un endroit un peu à part que j’aime bien, c’est aussi pour ça que j’aime bien Verdun aussi. D’un côté il y a la ville, avec la rue et tous les magasins et j’aime bien avoir ça, j’aime pas être totalement dans la campagne. J’aime bien qu’il y ait de l’animation mais dès que je traverse ma rue, je suis de l’autre côté sur les rives et je peux aller voir le fleuve. J’ai l’impression d’être un peu en dehors de la ville et ça me plaît bien. L’été dernier, j’avais un chat qui a eut un accident et qui est décédé, j’étais pas très bien puis le fait de venir ici au bord du Saint-Laurent, j’avais l’impression que ça me ressourçait. C’est comme si je faisais une pause de tout le reste et puis avoir un peu de nature autour de moi ça me fait du bien. Pour moi, c’est un peu ça qui représente Verdun, le quartier où je vis et tout ça…c’est pas le côté très urbain ou très animé.

4) Est-ce que des paramètres extérieurs interviennent quand tu choisis ce que tu vas porter ou sur les décisions que tu prends concernant ton apparence/ta présentation physique ?

Il y a plein de paramètres qui peuvent jouer, déjà je dirais pour Montréal la météo (rires). C’est le plus gros paramètre, parce qu’ici on a des températures vraiment extrêmes qui font que l’été tu vas te balader presqu’à poil, et l’hiver tu vas être en astronaute. (rires) C’est le premier facteur déjà et ça fait aussi que du coup, l’hiver j’ai un style beaucoup moins original ou personnel. En hiver, ici, tu fais tout pour avoir chaud et tu t’en fous de ton style on va dire. Ce qui change un peu de la France, parce qu’en France, même l’hiver les gens vont avoir envie d’être un peu bien habillés, d’avoir un joli manteau. Ici non, t’as ta grosse doudoune qui tient chaud, tu mets 40 écharpes, ton bonnet…

Après il y a d’autres facteurs, comme par exemple, quand je vais à la fac, je m’autorise peut-être moins de choses… je vais peut-être pas mettre un t-shirt au dessus du nombril, déjà je mets quand même des fois des mini shorts parce que quand il fait trop chaud, mais je fais un peu plus attention. J’ai remarqué aussi qu’il y avait des situations…quand je fais un exposé par exemple, j’aime bien mettre ma veste de blazer, ça a un petit côté plus masculin, et le masculin est souvent plus légitime dans le milieu académique. Quand je la mets, je revêts un rôle un peu plus masculin pour prendre la parole et, à côté de ça, je peux être maquilléE avec mon red lipstick parce que j’aime les contrastes. Ça peut dépendre aussi de ce que je fais, si je sors en soirée je vais souvent être un peu plus maquilléE, parce que j’aime bien être plus maquilléE en soirée. Ça peut aussi dépendre de la personne avec qui je vais être. Je pense que mon expression de genre varie beaucoup en fonction des personnes avec qui je suis. Il y a peut-être des personnes avec lesquelles je vais plus exprimer ma féminité, et d’autres personnes avec qui je vais plus exprimer un rôle qui pourrait être qualifié de masculin.

Ça dépend aussi des activités que je vais faire clairement ! Si je décide de marcher toute la journée, je vais peut-être éviter de porter des talons, quoique ceux-là sont relativement confortables. Si je vais faire la corde par exemple, je vais prévoir des tenues pour, si j’en fais dehors avec un short ou des choses comme ça.

5) Est-ce que tu penses que la visibilité est une question politique ?

Ouais je pense, après la visibilité c’est pas qu’une question d’apparence, c’est aussi une question de dire par exemple que je suis pansexuelle ou que je suis genderfluid. C’est pas forcément juste de le montrer dans mon look ou quoi. Je pense que c’est important parce qu’en fait pour être acceptéEs, il faut que les gens nous voient et qu’ils commencent à prendre l’habitude qu’il existe d’autres réalités que les leurs. Je sais que dans mes choix de vie ou dans ma vision des choses, je sors plutôt pas mal des normes, sans vraiment m’en rendre compte, et je suis jamais gênéE d’exprimer ça aux autres autour de moi, au contraire. Je vois ça comme une fierté d’avoir été assez curieux pour voir d’autres choses et j’ai envie de les faire découvrir et de les faire partager tu sais, de se dire que les gens s’ouvrent aussi un peu à ces autres modes de vie et ces autres réalités. C’est politique, c’est en faisant connaître nos modes de vies que les gens vont commencer à s’y habituer aussi, et que ça finissent par rentrer dans les « normes ». Je dis pas que c’est forcément le but d’être accepté tu sais. Il y a des enjeux très importants, pour les personnes trans, par exemple, liée à l’aspect médical ou juridique et les gens sont pas au courant et pour eux ça ne fait pas partie de leur réalité et ils ne comprennent pas. Il faut aussi en parler pour qu’ils s’en rendent compte et généralement, quand tu leur expliques, ils se rendent compte que ce n’est pas normal. Ils vont te répondre qu’ils savaient pas et que c’est loin d’eux. C’est important de se visibiliser pour qu’ils prennent conscience des enjeux auxquels on est confrontéEs. Je pense qu’avoir une identité qu’on qualifierait de queer, c’est aussi essayer de brouiller les normes de genres et de montrer qu’on peut s’amuser avec les normes et qu’on est pas obligéEs de suivre un seul schéma. Je pense que ça peut inspirer d’autres personnes à explorer leur propre identité. Pour avoir travaillé sur ces sujets là, je sais qu’il y a beaucoup de personnes qui m’ont dit avoir pris conscience qu’elles étaient trans en voyant d’autres personnes trans et qu’elle avaient pu s’identifier à elle.

6) Quelles sont tes stratégies pour résister aux oppressions que tu subis ?

Une des stratégies ça a été de déménager à Montréal, parce qu’en France j’en ai avais vraiment marre de tout ce qui est harcèlement de rue et je trouve qu’ici y’en a moins. Même s’il y a quand même des gens qui s’en plaignent, moi j’ai l’impression de n’avoir jamais vécu ça ici en un an. Ici, il y a plus d’ouverture d’esprit sur les questions de genre, il y a une communauté queer plus présente. Ça m’encourage un peu là dedans, tu as plus d’opportunités ou d’évènement liés à ça.

Après les stratégies pour résister aux oppressions, il faudrait déjà définir les oppressions. Les miennes il y en a beaucoup. Une des oppressions que je trouve importante c’est que pendant longtemps je pense que je me suis inférioriser du fait que j’ai été assignéE femme, et ça je pense que ça a été un travail sur moi à faire, de me rendre compte que je pouvais justement endosser le rôle que je voulais. Être néE assignéE femme ça me rendait pas moins intelligent et que je devais pas conditionner mon comportement par rapport à ça. Ça c’est un travail personnel, puis je pense que les rencontres avec les gens m’ont permis de réfléchir à la question. Oser prendre la parole en cours ou ce genre de choses, ne pas à chaque se dire que ce que je vais dire ne serait pas très pertinent. Je pense qu’il faut prendre aussi un peu d’espace et puis après, des fois laisser cet espace aux personnes qui subissent plus d’oppressions que moi. C’est une façon aussi de lutter contre l’oppression des autres, parce que en soi c’est sûr que d’être assignéE femme on vit des oppressions mais j’estime que je ne suis pas la personne qui en subit le plus. Même au niveau de mon identité fluide, je sais que les gens vont plus me catégoriser comme une femme et je n’aurais pas les mêmes problèmes que des personnes qui font une transition sociale ou physique. J’essaie d’être assez vigilantE par rapport aux autres plus.

Après j’avais des stratégies avant, en France, comme regarder où est-ce qu’il y avait des caméras dans la rue, au cas où je me fasse agresser, des trucs comme ça. Je ne me sentais vraiment pas en sécurité, mais ici je le fais beaucoup moins. J’ai l’impression d’avoir un peu laisser ce problème en France, même si sûrement qu’un jour ça va me rattraper, je sais pas.

7) Quelle est ton expérience dans l’espace public ? Y a-t-il des endroits que tu évites ou des choses que tu privilégies ?

J’évite quand même de trop sortir seulE la nuit parce que je suis pas toujours super à l’aise et je sais que ça peut être dangereux dans certains endroits. J’ai l’impression d’être quand même plus tranquille ici, de pas avoir trop de réflexion sur ma tenue. Je ne me dis pas par exemple « Ah je mets mon mini short, je vais avoir trop de réflexions. ». Je me dis peut-être que les gens vont me regarder un peu plus mais ça ne me dérange pas trop, du moment qu’il n’y a rien d’agressif je m’en fous. Le regard des gens je m’en fous un peu, j’ai pas tellement peur de pas passer inaperçuE ou que les gens puissent me trouver un peu décaléE, ça ne me dérange pas, au contraire. Moi j’aime bien les gens un peu originaux. J’ai pas trop la sensation ici d’avoir eu des expériences négatives dans l’espace public. C’était plus en France et je pense que toutes les femmes et assignéEs femmes vivent ça et se prennent des réflexions.

8) Si tu devais décrire ta présentation physique ou lui donner un titre (la ligne éditoriale de ton look si on veut), qu’est-ce que ce serait ?

Je pense que j’ai un peu un côté Fem badass, ou une Fem au masculin. Je sais que j’ai une présentation un peu fem mais malgré tout, je vois les outils de la féminité non pas comme quelque chose de diminuant, mais au contraire, comme quelque chose dont on peut aussi tirer une sorte de force. C’est un peu ça que j’essaie de faire.

9) As-tu beaucoup changé de présentation ou de stratégies/choix de visibilité jusqu’ici ?

Je pense que oui, dans ma vie je suis passéE par plein de look différents, j’ai même osé des mélanges assez particuliers. Je me rappelle au lycée quand je portais des sarouels avec des corsets. J’aimais bien très souvent changer de look et ça m’arrive encore des fois, tu vois y’a un jour où je vais me pointer avec une petite robe à frange jaune moutarde puis des fois où je vais juste m’habiller avec une veste de costard puis un pantalon et des boots. Je sais que j’aime beaucoup changer et pour moi, les vêtements c’est une manière de m’amuser. C’est plus une façon d’exprimer l’humeur dans laquelle je suis, le rôle que j’ai envie de jouer, et ça apporte un peu un support psychologique dans la façon dont je veux être, je ne sais pas trop comment l’expliquer. Comme je te disais pour les talons, ça me donne une certaine démarche, une certaine assurance. Quand je vais avoir ma veste de costard, ça va me donner une certaine carrure aussi et ça va me permettre des fois de me mettre dans un certain rôle. C’est plus des outils, comme pour se mettre dans la peau d’un personnage au théâtre en fait, ça te permet de supporter ton rôle et de pousser un peu là dedans. Moi j’aime bien endosser plein de rôles et c’est ma personnalité aussi qui est comme ça. J’ai pas mal de facettes et j’ai une humeur assez changeante.

Après est-ce que j’ai changé de stratégies ? Je ne sais pas. J’ai eu des phases où j’ai eu du mal à assumer mon côté Fem, mes cheveux longs ou mon aspect qui peut être perçu comme féminin. Maintenant je l’assume beaucoup plus tu sais, être queer c’est pas forcément être androgyne, c’est pas forcément avoir les cheveux courts si t’es assignéE fille. Je pense que je m’accepte plus, c’est peut-être plus ça.

Dans les stratégies, l’alternance de pronoms c’est quelque chose que je commence à essayer et que je ne faisais pas avant. Je sais pas si on peut parler d’une stratégie mais dans ma présentation c’est quelque chose que je suis en train de mettre en place et qui n’est pas super évident puisqu’on a des habitudes. En fait je suis très à cheval sur la grammaire et j’ai toujours l’impression que les gens vont croire que je fais une faute si je me genre au masculin, du coup j’ai l’impression que c’est ça qui me bloque. Parfois je genre au féminin alors que dans ma tête j’allais le faire au masculin. C’est encore un travail que j’ai à faire.

10) Penses-tu te ressembler ? Et y’a-t-il autre chose que tu veux ajouter ?

Oui je pense vraiment, de plus en plus. Je pense que je me ressemble parce que j’essaie pas de me figer dans un style, que j’essaie pas de me dire genre « je suis féminine, donc je dois m’habiller comme ça ». Je m’autorise vraiment à changer totalement de look du jour au lendemain et ce qui fait que je pense que mon style correspond toujours à mon ressenti sur le moment. Comme je te dis, j’essaie de plus en plus de ne pas me mettre de barrière par rapport à des questions de légitimité, de me dire que je dois me couper les cheveux pour être plus légitime en tant que genderfluid. Maintenant que j’essaie de vraiment lutter contre ça et que vraiment je me ressemble, j’essaie petit à petit de l’accepter et de pas trop faire les choses pour les autres.

Je suis venuE avec mon chat parce que j’avais envie de le sortir puisqu’on était là et je trouve que mon chat me ressemble un peu, je sais pas comment le dire. Déjà je le trouve trop glam-rock avec ses taches de léopard et dans ma personnalité je pense que j’ai quelque chose de très félin aussi, du coup mon chat c’est un peu un reflet de moi d’une certaine façon. On dit souvent, tel chien, tel maître, et je pense que mon choix de chat, le choix de cette race là me correspond bien aussi. J’avais déjà un Bengal avant et j’ai décidé d’en reprendre un.

 – – – – In English – – –

1) Can you introduce yourself ?
What do you say about yourself when you introduce yourself ? (laughter) I can say that I am French, even though I’ve been living in Montreal for a year. I came here for my studies and I am currently doing a master in sociology. My major is feminist studies so I am very interested in all matters surrounding gender and sexuality, this is also why your project interests me. I am someone who does various things in my life. I’m studying but I try to keep up with more artistic activities, a little bit of dancing, sometimes taking photos. I’ve started rope bondage not long ago. And I like cats (laughter).

2) What can you tell me about your outfit (what you are wearing/why you chose this outfit), and more generally about your physical presentation ?
I chose an outfit I would wear regularly. I chose high heels because I like to wear these shoes, I feel taller with them and I can overlook the situation more. It gives me some sort of strength. I’m wearing my mini shorts because in Montreal I’m always wearing mini shorts in the summer, it’s so hot, and it’s comfortable to wear, compared to a dress, you’re not afraid to lift it up by mistake. You can move freely. I’m wearing a sports bra, I don’t like to wear bras, I never wear any I find it unbearable. I’ve decided to stop trying to have breasts because I don’t have big ones. Sports bras are the same, they are comfortable and since it’s hot, my stomach is showing and it’s good. I am wearing a shirt on top because I also like wearing shirts, it’s more socially considered to be masculine even though it’s a little stupid. I like it to contrast with the rest.

My hair is often loose like this, I don’t like wasting time styling them. Sometimes I tie them up in a sort of Mohawk and it has an androgynous aspect I quite like. Actually, my hair is a big issue for me because I feel like having long hair makes people associate you with femininity. It was the case for a while, when I only considered myself a lesbian and when I was in the lesbian community, I would have the feeling that people read me as hetero or bi-curious. I really had a hard time accepting my long hair back then. Maybe that’s why I shaved a side, to have the « I have long hair but that’s not it » look. Meanwhile, I never wanted to cut my hair because I really like having long hair and I think it suits me. Sometimes, I think that if I cut my hair I’d have a more masculine presentation that would match who I am more, but I think it’s stupid to have to hold on to that stereotype. Masculinity and femininity is not a matter of haircut.

I don’t wear this kind of makeup every day, even though I always put on some makeup, but I like wearing lipstick and eyeliner because I think it’s pretty. Once again, makeup is generally considered to be something feminine, but for me, you can be wearing makeup and that doesn’t mean that you’re a woman or that you are feminine. Masculinity and femininity are also about attitude, it doesn’t mean much anyway, for me it’s just norms that we impose and then we decided what is socially considered as « masculine » or « feminine ». To me, being genderfluid allows me to play the role I want and to not put boundaries on my gender expression, whether it’s about the way I dress, the way I relate to others, the choices I make in my life, my attitude… It is not just about appearance, but you can say that I generally have a Fem look.

3) Why did you choose to shoot here ? Does this place have a special meaning for you ?
For me, the riversides are not a place that looks really queer or alternative for instance, but I feel like it’s a place a little bit outside of the city. It’s a special place I like and it’s also why I like Verdun. On one side, there’s the city, with the street full of shops and I like having that, I don’t enjoy being totally in the country. I like it when there’s some activity but once I cross the street, I am on the other side, on the banks and I can see the river. It feels like being a little out of town and I like it. Last summer, my cat had an accident and died, I wasn’t feeling well and coming here, on the sides of the Saint-Laurent, felt like recharging. It was like taking a break from everything and having nature around me helped. For me, that’s the real Verdun, my neighborhood… not the very urban, active side.

4) Do external factors have an influence on choosing what you’re going to wear or on the decisions you make regarding your appearance/physical presentation ?
A lot of factors can interfere but since we’re in Montreal I would start with the weather. (laughter) It’s the main factor because here we have extreme temperatures, which make you walk around half-naked in the summer and look like an astronaut in the winter (laughter). It’s the first factor and it means that, in winter, my style is a lot less original or personal. Here, in winter, you just try anything to keep yourself warm and you don’t care about your style, so to speak. Which is a little different from France, because in France, even during winter people want to look smart, have a nice coat. Not here, you have your big down jacket to keep you warm, you put on forty scarves, a beanie…

Then, there are others factors, for instance when I go to university I allow myself fewer things… I might not wear a crop top, even if I sometimes wear mini shorts when it’s too hot, but I pay more attention. I noticed in some situations, when I have a presentation, for example, I like to wear my blazer jacket, it has a more masculine side and masculinity is often more legitimate in the academia. When I’m wearing it, I play a more masculine part, to speak up, besides I might be wearing makeup and my red lipstick because I like contrasts. It can also depend on what I am doing if I am going to a party, I usually will wear more makeup because I like it. It can also depend on the person I’m with. I think my gender expression varies a lot according to the people I’m with. There might people with whom I’ll express my femininity more and others with whom I’ll express a role that could be called masculine.

It also depends on the activities I plan on doing obviously! If I’m going to walk all day, I might avoid wearing high heels, even though these are pretty comfortable. If I am doing rope bondage, for instance, I’ll plan my outfits accordingly, like if I’m practicing outdoors with a short or something like that.

5) Do you think that visibility is a political matter ?
Yes, I think so, but visibility is not solely a matter of appearance, it’s also about saying that I’m pansexual or that I am genderfluid, for example. It’s not only about showing it in my look or whatever. I think it’s important because, in order to be accepted, people need to see us and start getting used to the idea that there are others realities than their own. I know that in my life choices or from my point of view I tend to go beyond the norms, without really noticing, and I am never ashamed of expressing this, on the contrary. I see it as pride of having been curious enough to see other things and I want to make others discover them and share this, you know, to say that people open up a little towards these lifestyles and other realities. It’s political, it’s by making our lifestyles known to people that they will get used to it and it will eventually be part of the « norms ». I am not saying our aim is to be accepted, you know. There are important issues regarding trans people for instance, related to medical or legal aspects and people don’t know about it, for them, it’s not part of their reality and they don’t understand it. We need to talk about it so they acknowledge it, and generally, when you explain it to them, they realize it isn’t normal. They’ll tell you they didn’t know because it’s too far from their lives. It’s important to be visible so they can pay attention to the issues we face. I think that having an identity we would call queer, is also about blurring gender norms and showing that we can have fun with them and that we’re not forced to follow a single pattern. I think it can inspire others to explore their own identity. Having worked on these matters, I know that there are a lot of people who told me that they realized they were trans after seeing other trans people and relating to them.

6) What are your strategies to resist the oppression you face ?
One of my strategies was to move to Montreal because in France I got really sick of street harassment and I feel like there’s less of that here. Even though some people complain about it, for me it feels like I haven’t experienced that at all in a year. There is more open-mindedness about gender issues and there is a much more present queer community. It encourages me, you have more opportunities or events related to that.

To talk about the strategies to resist the oppression, you first have to define the oppression. I face a lot of them. One of the main ones is the fact that, for a very long time, I put myself down because I was assigned female at birth, and this was some work I had to do on myself to realize I could take on the role I wanted. Being assigned female at birth did not make me less intelligent and I shouldn’t be conditioning my behavior to that. It’s a personal work, then I think meeting people helped me think about it. To speak up more in class, or these kinds of things, to not tell myself that I’m not going to say something relevant. I think we should take up more space and then, sometimes, let that space be occupied by people who suffer more oppression than we do. It’s a way of fighting against the oppression of others because I believe that surely being assigned female comes with oppression, but I don’t think I am the one who suffers the most. Even with my fluid identity, I know that people will read me as a woman and I won’t face the same issues than someone undergoing a social or physical transition. I try to watch out for others.

I had other strategies before, when I was in France, like checking where the cameras were in the street, in case I got assaulted, things like that. I really didn’t feel safe, but here I don’t do it so much. I feel like I’ve left that in France, even though it might catch up with me someday, I don’t know.

7) What is your experience of public space ? Are there places you avoid going to or things you favor ?
I avoid going out alone at night because I’m still not super comfortable with it and I know it can be dangerous in some places. I have the impression that I am more relaxed here, I don’t get a lot of comments on my outfit. I don’t think « Ah if I wear my mini shorts, I’ll get a lot of comments » for instance. I know people might stare more but I don’t mind if there is nothing aggressive I don’t care. I don’t care much about other people’s looks, I am not afraid of being noticed or that people might find me quirky, I don’t mind, on the contrary. I like original people. I don’t feel I’ve had negative experiences in public space here. It was more in France and I think all women and assigned females know that and receive comments.

8) If you had to describe your physical presentation or give it a title (like the editorial line of your look sort of), what would it be ?
I think I have a kind of Fem Badass look or a masculine Fem. I know I have a Fem presentation but I see tools of femininity not as something diminishing but something powerful. It’s what I try to do.

9) Have you changed your presentation or strategies/choices of visibility a lot until now ?
I think I did yes, I went through all kinds of different looks in my life, I even tried some special mixes. I remember in high school when I was wearing sirwal pants with corsets. I liked changing my look very often and I still do sometimes, one day I’ll show up with a little yellow jingle dress and sometimes, I’ll just wear a blazer, some pants, and boots. I know I like changing a lot and for me, clothes are a way to have fun. It’s more a way to express my mood of the day, the role I want to play, and it gives some psychological support to the way I want to be, I don’t know how to explain that. Like I said for high heels, it gives me a certain walk, a certain confidence. When I’ll be wearing my blazer jacket, it’s also going to give a certain stature and help me get into a role. They are more like tools, to put myself in a character’s shoes, like acting actually, it helps you carry your role and push a little further. I like playing all kinds of roles, it’s the way I am. I have a lot of facets and changing moods.

Now, did I change strategies? I don’t know. I had phases when I had a hard time feeling confident about being Fem, my long hair or my look that can be read as feminine. Now I am much more comfortable with it, you know, being queer isn’t necessarily about being androgynous, it’s not about having short hair when you’re assigned female. I think I accept myself more, that might be it.

In strategies, I am starting to try alternating pronouns which I didn’t do before. I don’t know if you can talk about a strategy but in my presentation, it’s something I’m trying to set up and which isn’t easy because we have habits. Actually, I’m really a stickler for grammar and I always feel like people will think I’m making a mistake if I use masculine pronouns and it gets in the way. Sometimes I use feminine pronouns when in my head I was going for masculine ones. There’s still work I have to do.

10) Do you feel like you resemble yourself ? And is there anything you want to add ?Yes, more and more I think. I think I resemble myself because I don’t try to stick to just one style, and I don’t try to talk myself into looking more feminine in a certain way etc. I really allow myself to completely change from one day to another and I think my style always matches how I feel. As I’ve told you, I try more and more not to set up boundaries for myself in terms of legitimacy, telling myself I should cut my hair to be a more legit genderfluid. Now that I really try to fight against this and that I actually look like myself, I try little by little to accept it and not to do things for others.

I came with my cat because I wanted him to get out since we were there and I think he looks a little like me. I find him very glam-rock with his leopard spots and I feel I have something quite feline in my personality too, so my cat is a reflection of myself in a way. You often hear, like owner, like dog, I think I chose a cat breed that matches well with me too. I had a Bengal cat before, I decided to adopt another one.