Out There

Queerness, (in)visibilité et espace public
Montréal

Noé

Noé, Montréal, Août 2016

(English version down below)

1) Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je me définis comme une personne féministe mais dans le féminisme intersectionnel et j’ai beaucoup d’émotions à propos des enjeux féministes. Je suis une personne neuroatypique, j’ai un trouble de l’anxiété, ça fait plusieurs années que je suis en dépression et puis ça a changé la façon dont mon cerveau fonctionne. Ça va changer aussi ma perception de la place que j’ai envie d’avoir puis sur la visibilité que j’ai envie d’avoir aussi, parce j’ai envie d’être vu.e et entendu.e mais là le signe de Vierge en moi me fait dire « Non je veux pas que personne me voit ! ». Je m’identifie aussi comme une personne Fem, Fat, et Disabled. En français je saurais pas le redire, avec des capacités différentes, des douleurs chroniques et je marche avec une canne et ça fait beaucoup partie de mon identité. Dans le fond, tout ce que je viens de dire, j’essaie de l’exprimer pour me redonner du pouvoir, de l’empowerment, par ma broderie et mes zines et aussi dans la façon dont je me présente et les gens avec qui je crée des liens. Un élément important aussi c’est que j’aime tous les chiens (rires), je passe des heures à regarder des vidéos de chiens chez moi et j’ai beaucoup de connaissances sur les chiens. Je me souviens de pleins d’infos sur les chiens mais il y a plein de choses importantes dont je ne me souviens pas du tout.

2) Peux-tu me parler de ta tenue (que portes-tu/pourquoi as-tu choisi cette tenue), et plus généralement de ta présentation physique ?

Ma tenue c’est surtout ce que je me sentais confortable de porter aujourd’hui. Quand je m’habille, je me réveille, je regarde comment je me sens par rapport à mon genre, par rapport à mon confort, par rapport à mon corps et puis j’essaie des choses et je me regarde dans le miroir et je me dis oui ou non. Là en ce moment, vu que je suis en déménagement, mon linge est encore dans des sacs, du coup j’ai pris la première affaire où je me disais que j’allais être bien. C’est un morceau de linge qui est dur à assumer souvent, parce que c’est pas « flatteur » pour mon type de corps, mais je me sens bien quand je le mets, quand même. Il faut que ce soit une journée que je me sente la force de me foutre de ce que les gens vont avoir comme regard sur moi. Mais quand je mets ça, je me sens en pouvoir, en contrôle de mon corps, puis je me sens aussi plus queer, parce que c’est pas un morceau de linge plate (*anodin), et puis c’est vraiment confortable et c’est simple, c’est juste une pièce. Par rapport à tout ce qui est accessoire, maquillage, je mets ma casquette parce que c’est mon côté enfant, je trouve que ça rajoute de la couleur et j’ai collé moi-même les fleurs sur la casquette. Juste des petits éléments de fantaisie (rires) et mes badges, c’était pas prévu mais c’est juste parce qu’avec ma coloc on faisait des tests de macarons tantôt, et j’ai fait un test, celui que j’ai brodé y’a marqué « Chronic Babe », en lien avec la douleur chronique. Je les trouvais beaux et je trouvais que ça fittait dans mes couleurs aujourd’hui. Les colliers, c’est important, dans le sens que, je vais très souvent avoir des colliers, un choker puis je vais en superposer parce que je trouve que ça rajoute de la complexité à l’outfit. Des fois j’ai des bracelets ou bagues, mais aujourd’hui je les ai pas trouvé parce qu’ils sont encore dans mes boîtes. Je mets du vernis à ongles aussi, haha. Le collier choker c’est vraiment revenu à la mode et je trouve vraiment que ça donne du caractère puis ça me donne de la visibilité. Je trouve que les bijoux ça rentre dans plusieurs catégories, autant la féminité pour ce que c’est mais ça rentre aussi dans le fait de prendre le temps de penser à mon apparence pour représenter ce que je suis. Ça me donne une visibilité sur qui je suis, parce que j’ai beaucoup eu de difficultés quand j’ai commencé à m’intégrer dans la scène queer à Montréal. Je me sentais très invisible, même encore maintenant je me sens très invisible parce que je suis fem, pis je suis fat et souvent les gens, quand je rentre dans un bar ou un party queer, supposément anti-oppressif, les gens me voient pas, je suis pas comme une « option ». C’est pas que je veux être une option de flirt ou whatever, ou d’intérêt, d’amitié ou quoique ce soit, c’est pas que j’ai besoin d’être ça, mais j’ai pas envie d’être invisible non plus. J’ai envie que mon existence soit reconnue et validée et ça je pense que tout le monde a le droit à ça.

3) Pourquoi as-tu choisi de poser à cet endroit ? Est-ce que ce lieu a un sens particulier pour toi ?

Je viens d’arriver dans ce quartier-là et j’avais envie d’aller dans un endroit du quartier. La Flèche Rouge est une librairie autogérée, assez féministe et c’est juste à côté de chez moi, donc c’est accessible pour moi d’y aller, c’est pas trop loin. J’ai vu récemment qu’un.e artiste à Montréal que je suis sur les médias sociaux, Starchild Stela, qui fait du graffiti avait fait une murale sur la porte en arrière. Je la trouvais vraiment belle, pis c’est écrit « L’été sera féministe ». Cette personne là fait vraiment de l’art cute, je pense que c’est vraiment un mot que la personne utilise pour définir son art. Quand j’ai connu son existence à Montréal, ça a validé aussi beaucoup de choses dans mon identité queer, que j’avais pas besoin d’être masc, ou d’être une hard-femme. Je trouve qu’il y a beaucoup de validation des identités masculines et des présentations masculines ou de présentations super high-femme ou hard-femme qui sont super tout le temps, maquillage intense et des couleurs rough et des studs et du cuir… C’était des choses que je trouvais belles mais que je me sentais pas à l’aise de me représenter dedans. J’aime beaucoup les choses pastels, douces et quand j’ai connu cet.te artiste là, j’ai relaté vraiment beaucoup.

4) Est-ce que des paramètres extérieurs interviennent quand tu choisis ce que tu vas porter ou sur les décisions que tu prends concernant ton apparence/ta présentation physique ?

Je pense beaucoup aux gens avec qui je vais être parce que j’ai beaucoup le besoin d’être accepté. Ça dépend de si je suis avec ma famille, je vais peut-être tone down. Je vais peut-être pas mettre mon rouge à lèvres mauve, je vais peut-être en mettre un rouge. Ma famille est super ouverte d’esprit, gentille mais ils vont me faire des remarques si je sors de la norme. Je suis la personne « colorée » de la famille, whatever ce que ça veut dire. Quand je suis avec des gens et que je me sens super bien, peut-être que des fois je vais avoir zéro accessoires parce que je sais que je me sens bien et que j’ai rien besoin de représenter pour savoir que je vais être perçu-e comme j’ai envie d’être perçu-e.

J’ai beaucoup d’anxiétés sociales aussi, je pense que c’est pour ça que je pense beaucoup aux gens avec qui je vais être et à mon apparence, parce que quand je vais dans des party, il faut que chaque détail soit parfait, sinon je ne me sentirais pas bien. Je me sentirais pas « assez » queer et ça je trouve que c’est quelque chose que devrait pas se passer dans nos communautés mais bon… c’est quelque chose qui existe, ne pas se sentir assez trans, ou assez queer. Dans le sens que, si je dis pas que je suis agenre ou non-binaire, les gens vont penser que je suis une personne cis, souvent straight. Ce que j’ai pensé de moi très longtemps (rires). Sinon, j’ai de la difficulté avec les souliers dernièrement ! Je ne sais pas si c’est intéressant d’en parler mais vu que j’ai beaucoup de douleurs aux jambes et aux pieds, porter des souliers qui me plaisent c’est vraiment difficile parce que souvent c’est pas confortable ou ils soutiennent pas assez et ça me cause plus de douleur. Je mets tout le temps les mêmes quand j’en trouve mais j’ai pas tout le temps envie de mettre les mêmes mais bon. En ce moment je porte des sandales cheap du dollorama parce qu’elles sont vraiment confortables, même si elles sont laides je m’en fous. Le confort en premier !

J’ai essayé de mettre un binder récemment, puis ça a vraiment mal été. Je pense que le binder était un peu trop petit mais ça a déformé mon corps de comment je suis habitué de le voir. Ça a vraiment mis en avant mes hanches et mon ventre et j’ai vraiment pas aimé ça, j’ai eu une petite attaque de panique. Je pensais que le binder allait améliorer les choses, puis finalement non. Mais en même temps, des fois, mes seins j’aimerais les enlever et du coup je sais pas. Comme je le disais, mon habillement change beaucoup selon comment je me sens dans mon corps, y’a des jours où je vais porter des choses super loose pour pas qu’on voit mes formes mais on va les voir quand même parce qu’elles sont très présentes. J’ai vraiment beaucoup de jalousie, mais pas vraiment négative, mais de l’envie des gens qui sont fait super petits et c’est facile pour eux de cacher leurs formes en mettant du linge plus lousse ou juste en mettant un top sport. C’est même pas pour être mince, j’ai pas envie de changer mon corps pour ça, j’aimerais juste pouvoir changer mon corps en lien avec mon genre, qui est souvent différent chaque jour. Ce serait un coup de baguette magique. Des fois j’ai aussi de la grossophobie intériorisée et je me regarde et j’ai de la haine envers mon corps. J’essaie vraiment fort de pas être comme ça mais y’a des jours où, quand je suis comme ça, je sors pas de chez moi. Si je sors ça va être difficile de trouver quelque chose à mettre. J’ai grandi dans un environnement vraiment très néfaste en lien avec la nourriture et aux diets. Ma mère était tout le temps à la diète et j’ai été au régime à 7 ans parce que je voulais faire comme ma mère. J’étais fière mais ma relation avec la nourriture est vraiment fucked up maintenant. C’est dur pour moi de voir que j’existe et que je suis valide ou que des gens montrent de l’intérêt à mon égard. Je suis toujours surprise qu’une personne s’intéresse à moi.

5) Est-ce que tu penses que la visibilité est une question politique ?

Oui c’est sûr, d’autant que « le privé est public ». La visibilité queer est importante et nécéssaire à la survie de beaucoup et à l’évolution de la perception de la société et des enjeux queer mais elle est aussi dangereuse. Comme l’a montré la fusillade à Orlando, en se rendant visibles, on prend des risques aussi. Je pense que, en tant que personne blanche, j’ai beaucoup de privilège de visibilité dans le sens que je peux être visible comme une personne queer, assignée femme à la naissance, qui se présente de façon féminine. Dans notre société en général, il y a pas beaucoup de violence vers ma présentation. La violence se fait ironiquement dans les communautés queer où là je me sens invisible et pas validée. Dans la société en général, je suis juste mégenré.e mais pour moi, c’est pas si difficile de gérer le mégenrage. C’est une violence aussi mais je me dis que me faire mégenrer c’est la pire chose qui va pouvoir m’arriver parce que je me ferais pas tuer, ou agresser, à cause que je suis une personne queer. Je vais me faire agresser à cause que je suis une personne perçue comme femme mais je me ferais pas tuer parce que je suis une personne noire. Je pense que j’ai beaucoup de possibilités de visibilité dans l’identité que j’ai et que si il y a des gens qui veulent pas être visibles, c’est tout à fait légitime et valide. Les gens qui prennent la décision d’être visibles tout en ayant énormément de risques à le faire devrait avoir beaucoup de support et de soutien et de protection autour d’eux, parce que c’est quelque chose de super nécessaire mais dangereux.

6) Quelles sont tes stratégies pour résister aux oppressions que tu subis ?

J’ai beaucoup de difficulté à gérer les oppressions que je vis quand je suis perçu comme une femme cis par des hommes cis. Je sais pas comment gérer parce que j’ai juste peur de réagir parce que je me sens impuissante face aux hommes cis. Je suis neuroatypique donc parfois c’est difficile aussi pour moi de répondre ou de gérer mes émotions et de pas être trop anxieuse après ce que je fais ou je dis. Souvent, je préfère me taire et je préfère ignorer ou éviter. Je vis beaucoup d’oppression par rapport à mon corps du fait que je suis une personne grosse. Ça c’est autant dans la communauté queer que dans la société en général, c’est de l’invisibilisation, c’est de la non-validation de mes droits de base, du respect, de l’écoute et d’être pris au sérieux. C’est beaucoup de jugements sur mes choix vestimentaires, de mes choix de nourriture; manger en public pour moi c’est difficile, si je suis tout seul surtout. Comme là on a mangé une crème glacée ensemble, c’était correct parce qu’on était deux à manger une crème glacée mais ça me stressait quand même de manger de la crème glacée en public. J’essaie de pas m’empêcher de faire des choses. Ces trucs-là c’est vraiment autant dans la communauté queer et c’est ça qui me désole le plus. On reproduit des choses qu’on essaie de combattre mais on reproduit des oppressions, on ne se rend même pas compte qu’elles sont là. Il y a plein de gens qui se rendent même pas compte que les personnes grosses vivent des oppressions aussi. C’est entre autre pour ça que je le dit aussi intensément sur mon profil okcupid, parce que j’ai pas envie d’arriver à une date et puis de stresser par rapport à ça et de me dire que j’ai l’air plus mince sur mes photos, que la personne va être déçue ou va vouloir s’en aller. J’ai pas envie de me stresser avec ça. Tout ce qui est rencontrer des nouvelles personnes via Internet, j’essaie de mettre en avant tout ce qui me stresse juste pour être sûr.

Quand je suis dans ma famille, j’essaie de pas mettre des vêtements trop moulants parce que mes tantes commentent leur corps, leurs bourrelets, si elles ont pris ou perdu du poids, elles se tâtent le corps…à chaque réunion de famille. Je suis la seule personne pas mince de ma famille. Ma mère avant était grosse mais elle a fait un régime vraiment intense avec beaucoup d’exercice mais elle est pas heureuse parce qu’elle fait que penser à ça. Elle compte ses calories et elle essaie de faire plus d’exercice que ce qu’elle mange. Je sais que c’est très présent dans la tête des femmes de ma famille, donc j’essaie de pas me mettre à risque. Elles passent vraiment l’une après l’autre, elles se font des commentaires puis moi elles me skip, et je suis vraiment contente qu’elles me skip, parce que je serais pas capable de dealer avec leurs commentaires sur mon corps et ma présentation.

J’ai commencé à faire des zines et de la broderie parce que j’ai pris une année de pause pour me remettre de ma dépression et pour trouver des façon de gérer mon trouble de l’anxiété. J’ai commencé à être plus en contact avec moi-même et à me valider comme personne. Faire de la broderie et écrire, ce sont des choses qui me permettent de gérer mon anxiété, en faisant l’action mais aussi d’exprimer ce que je vis et de connecter avec les autres. J’ai choisi mon « nom d’artiste » et c’est Fat Kitty Rising. Je mets tout ce qui en lien avec ma neuroatypie, avec mes disabilities, avec mon expérience de personne grosse, de personne agenre, queer, et je m’identifie aussi comme demisexuelle. Je suis pas une personne à 100% sexuelle et c’est pour ça que je trouve que le mot queer fait le job. Je mets tout ça dans ma broderie et mes zines. J’essaie de trouver des gens qui ont des expériences similaires aux miennes pour faire des collections et créer une communauté autour de ces expériences là, pour qu’on puisse échanger et s’aider et se supporter. C’est un projet très embryonnaire mais c’est mon ambition.

7) Quelle est ton expérience dans l’espace public ? Y a-t-il des endroits que tu évites ou des choses que tu privilégies ?

Mon expérience dans l’espace public est très mixte, ça dépend beaucoup de comment je me sens le jour-même et de tout mon passé et de comment je me suis senti dans l’espace que je prenais. Autant que je veux être vue, autant que j’ai longtemps désiré prendre moins d’espace avec mon corps, genre perdre du poids et d’être plus petite, malgré que je fais 5’2 (environ 1m58). Je voulais prendre moins d’espace parce que c’est ça qu’on dit aux femmes. J’essaie que mon expérience dans les espaces publics soit de ne pas me sentir mal par rapport à l’espace que mon corps prend et de pas m’excuser. Ma visibilité c’est entre autre ça, je ne m’excuse pas, j’ai le droit d’être visible et si la personne est pas contente de me voir habillé-e avec quelque chose qui moule mon ventre je m’en fous. Je pense que de plus en plus, dans les espaces non-queer, j’essaie d’avoir une visibilité queer et d’avoir une apparence queer, mais qu’est-ce que c’est avoir l’air queer ? J’essaie peut-être de sortir un peu de ce que les gens s’attendent à me voir porter avec le corps que j’ai. En même temps, il y a des choses que je ne fais pas comme porter des couleurs trop flash, ça me rend anxieux parce que je me sens comme un parc d’attraction. C’est difficile mais c’est des choses que je m’empêche de faire, ça me fâche que je m’empêche de faire ça mais je suis pas rendu là dans ma vie je pense.

8) Si tu devais décrire ta présentation physique ou lui donner un titre (la ligne éditoriale de ton look si on veut), qu’est-ce que ce serait ?

FAT KITTY RISING c’est parfait. Les mots sont parfaits parce que ça n’a pas de sens. C’est impossible d’oublier que je suis fat, et kitty, autant des fois ça va être super voyant et tout est pensé et d’autre fois ça va être très réservé. Et Rising c’est parce que j’aime l’astrologie et c’est la touche weird ou edgy, comme ils disent dans les catalogues de mode (rires).

9) As-tu beaucoup changé de présentation ou de stratégies/choix de visibilité jusqu’ici ?

Oui énormément, autant dans mon adolescence que dans mon âge adulte. J’ai étudié surtout dans un milieu artistique et c’était assez libre mais je me suis jamais senti confortable dans les choses plus dans la norme, mais j’étais aussi très influencé par les gens avec qui j’étais. Je suis toujours inspirée par les gens que je vois, c’est pour ça que j’aime être à Montréal, il y a de l’inspiration partout. Mon apparence a aussi beaucoup changé par rapport à mon genre. Quand j’ai embrace mon identité Fem, j’ai commencé à me sentir mieux dans mon corps, being a fat femme is very powerful for me. En même temps, j’ai peur que ce soit la seule façon que je me sente bien dans la vie et j’ai pas envie que ce soit ça parce que mon expression de genre est pas toujours fem. C’est pour ça que je me suis rasé les cheveux, parce que j’avais besoin d’un élément différent mais y’a des jours que j’aimerais que mes cheveux redeviennent longs mais c’est pas aussi rapide.

10) Penses-tu te ressembler ? Et y’a-t-il autre chose que tu veux ajouter ?

J’essaye mais je pense pas que je me ressemble autant que je pourrais me ressembler parce qu’il y a des choses que j’aimerais faire mais que j’ose pas faire probablement à cause des oppressions que je vis et par peur de trop être vue. Si je fais des choses qui sont différentes de ce que les gens sont habitués à voir de moi, il va y avoir de l’attention mise là dessus et ça va me donner de l’anxiété. J’essaie de faire les choses graduellement.

Ça fait un peu plus d’un an que j’ai une canne et ça a changé beaucoup de choses du fait que je trouve que j’ai un look badass avec ma canne et puis à un moment donné j’ai eu peur que les gens pensent que j’ai une canne parce que je suis grosse. Ça m’a donné beaucoup d’anxiétés et ça m’a fait beaucoup douter sur comment je me présente aussi mais j’essaie de rester dans le mindset badass. J’ai choisie cette canne parce qu’elle a du style.

– – – – In English – – –

1) Can you introduce yourself ?
I define myself as a feminist person but within intersectional feminism and I have a lot of feelings about feminist issues. I am a neurodivergent person, I have an anxiety disorder, I have been in a depression for several years and it has changed the way my brain works. It also changes my perception of the place I want to have and the visibility I want to have as well because I want to be seen and heard but the Virgo in me says « No I don’t want anybody to see me! ». I also identify as a femme, fat and disabled person. I wouldn’t know how to say it in French. I have different capabilities and chronic pain and I walk with a cane and it’s a big part of my identity. In the end, I try to express all I just said to empower myself through my embroidery and my zines, and also in the way I present myself and the people I bond with. An important element is also that I love all kinds of dogs (laughter), I spend hours at home watching dog videos and I know a lot about dogs. I remember a lot of information about dogs but I forget a lot of important things.

2) Can you tell me about your outfit (what you are wearing/why you chose this outfit), and more generally about your physical presentation ?
My outfit is mainly what I felt comfortable wearing today. When I dress up, I wake up, check out how I feel about my gender, about my comfort, my body and I try things and look at myself in the mirror and say yes or no. At the moment, since I am moving, my clothes are still in bags, so I got the first thing I thought I’d feel good in. It’s a piece of clothing that can be hard to wear because it’s not « flattering » for my body type, but I feel good when I wear it anyway. It has to be a day that I feel strong enough not to care about the looks people will give me. But when I wear that, I feel powerful, in control of my body. I also feel more queer because it’s not an ordinary piece of clothing, and it’s very comfortable, it’s simple, it’s just one piece. Regarding all the accessories, makeup, I wear my cap because it’s my childish side, I think it adds some color and I glued the flowers to it myself. Just a little touch of fantasy (laughter). My buttons weren’t planned but we were making buttons tests earlier with my roommate and I did one with an embroidered button that says « Chronic Babe » in relation to chronic pain. I thought they were pretty and fit my colors today. Necklaces are important, in the sense that I very often will be wearing necklaces, a choker and I will layer them because I think it adds some complexity to the outfit. Sometimes I have bracelets or rings, but today I couldn’t find them, they’re still in boxes. I also wear nail polish, haha. I think that jewelry falls into various categories, both femininity and taking time to think about my appearance to represent who I am. It gives me visibility because I had a hard time when I tried to be part of Montreal’s queer community. I felt very invisible, even now I feel very invisible because I am femme and fat and often, when I go into a bar or a supposedly anti-oppression queer party, people don’t see me I am not an « option ». Not that I want to be a flirt option or whatever, a friendship interest or anything, but I don’t want to be invisible either. I want my existence to be acknowledged and validated and I think everybody deserves that.

3) Why did you choose to shoot here ? Does this place have a special meaning for you ?
I just arrived in this neighborhood and I wanted to go somewhere in the area. La Flèche Rouge is a rather feminist self-managed bookstore just next to my place, so it’s accessible for me to go to, it’s not too far. I recently saw that Starchild Stela, a Montreal artist I follow on social media, who does street art had done a mural on the backdoor. I thought it was really pretty and it says « The summer will be feminist ». This person really does cute art, I think it’s actually a word they use to describe their art. When I heard about them in Montreal, it also validated a lot of things in my queer identity, that I didn’t need to be masc or a hard-femme. I find that there is a lot of validation of masculine identities and super high-femme or hard-femme presentations that are always on top, intense makeup, rough colors, leather, and studs… There were things I found beautiful but I didn’t feel comfortable presenting that way. I really like pastel soft things and when I found out about this artist, I related a lot.

4) Do external factors have an influence on choosing what you’re going to wear or on the decisions you make regarding your appearance/physical presentation ?
I think a lot about the people I am going to be with because I have a strong need to be accepted. It depends on if I am with my family, I might tone it down. I might not wear my purple lipstick and wear a red one. My family is very open-minded, nice but they will make comments if I step outside the norm. I am the « colorful » person of the family, whatever that means. When I am with people and I feel really good, maybe sometimes I’ll have no accessories at all because I know I feel good and I don’t need to represent anything to know that I’ll be perceived as I want to be perceived.

I also have a lot of social anxieties, I think that’s why I think about the people I’ll be with and about my appearance a lot because when I go to parties, every detail must be perfect or I won’t feel good. I won’t feel queer « enough » and I don’t think that this should happen in our communities but yeah… It’s there, not feeling trans enough or queer enough. In the sense that, if I don’t say that I am agender or non-binary, people will think that I am a cis person, often straight. Which I thought of myself for a long time (laughter). Otherwise, I have been having a hard time with shoes lately! I don’t know if it’s interesting to talk about it, but since I have a lot of leg and feet pain, wearing shoes I like is really hard because they often aren’t comfortable enough or don’t support me well enough and cause me more pain. I always wear the same ones when I find some but I don’t always feel like wearing the same shoes. These days, I wear cheap sandals from Dollarama because they are really comfortable, even if they are ugly I don’t care. Comfort comes first!

I tried wearing a binder recently and it went really bad. I think the binder was a little too small and it changed the shape of my body from the way I am used to seeing it. It really made my hips and my stomach stand out and I really didn’t like that, I had a little panic attack. I thought that the binder would make things better, eventually, it didn’t. But at the same time, sometimes I want to remove my breasts and sometimes I don’t, I don’t know. As I said, the way I dress changes a lot according to how I feel in my body, some days I’ll wear very loose things to hide my curves but we’ll still see them because they are very present. I really have a lot of jealousy, not really negative, but envy for people who are super small and for whom it’s easier to hide their curves by wearing looser clothes or with a sports bra. It’s not about being thin, I don’t want to change my body for that, I would just like to change my body according to my gender, which is often different every day. It would be like a wave of a magic wand. Sometimes I also have internalized fat-shaming and I look at myself and feel hatred for my body. I really try hard not to be like that but there are days when I feel that way, I don’t leave the house. If I go out it will be hard to find something to wear. I grew up in a very negative environment regarding food and diets. My mother was always on a diet and I was on a diet at 7 because I wanted to do like my mum. I was proud but my relationship with food is really fucked up now. It’s hard for me to see that I exist and that I am valid or when people show interest in me. I am always surprised that a person would be interested in me.

5) Do you think that visibility is a political matter ?
Yes for sure, as the « private is public ». Queer visibility is important and necessary for the survival of many and the evolution of society’s perception and queer issues but it’s also dangerous. As the Orlando shooting showed us, by making ourselves visible, we also take risks. I think that, as a white person, I have a lot of visibility privileges in the sense that I can be visible as a queer person, assigned female at birth, who presents in a feminine way. In our society in general, there isn’t a lot of violence towards my presentation. Ironically, the violence appears within the queer communities where I feel invisible and not validated. In society in general, I am just misgendered but for me, misgendering isn’t so hard to deal with. It’s also a form of violence but I tell myself that being misgendered is the worst thing that can happen to me because I won’t get killed or assaulted because I am a queer person. I will be assaulted because I am perceived as a woman but I won’t get killed because I am a black person. I think I have a lot of possibilities of visibility in the identity I have and if some people don’t want to be visible, it’s completely legitimate and valid. People who chose to be visible while taking a lot of risks by doing so should have a lot of support and protection because it’s super necessary but dangerous.

6) What are your strategies to resist the oppression you face ?
I have a lot of difficulties dealing with oppressions I experience when I am perceived as a cis woman by cis men. I don’t know how to deal, I’m afraid of reacting because I feel helpless in front of cis men. I am neuroatypical so sometimes it’s also hard for me to respond or deal with my emotions and not be too anxious after what I do or say. Mostly, I prefer to stay silent and ignore or avoid. I experience a lot of oppressions regarding my body and the fact that I am a fat person. That happens both in the queer community and in society in general, it’s invisibilisation, non-validation of my basic rights, respect, being heard and taken seriously. It’s a lot of judgment of the way I dress, my food choices; eating in public is difficult for me, especially if I am alone. Like now, we had ice cream together, it was okay because we were both eating ice cream but I was still stressed about eating ice cream in public. I try not to prevent myself from doing things. This stuff is actually just as present in the queer community and this is what saddens me the most. We reproduce things that we try to fight but we recreate oppressions and we don’t even realize that they are here. There are a lot of people that don’t even know that fat people experience oppressions too. It’s one of the reasons why I insist about it on my OkCupid profile because I don’t want to show up at a date and be stressed about that and tell myself that I look thinner on my pictures and that the person will be disappointed or want to leave. I don’t want to stress out about that. When it comes to meeting new people online, I try to show upfront all the things that stress me just to be sure.

When I am with my family, I try not to wear tight clothes because my aunts comment on their bodies, their rolls, if they have put on or lost some weight, they feel each other’s body…at every family reunion. I am the only non-thin person of my family. My mum was fat before but she went on a really intense diet with a lot of exercise but she’s not happy because all she does is think about it. She counts her calories and tries to exercise more than she eats. I know it’s really in the women of my family’s mind, so I try to not put myself at risk. They go one after the other, they comment each other then they skip me, and I am really happy that they do because I wouldn’t be able to handle their comments on my body and on my presentation.

I started making zines and embroideries because I took a year off to recover from my depression and to find ways to cope with my anxiety disorder. I started being more in touch with myself and validating myself as a person. Doing embroidery and writing, these are things that l allow me to deal with my anxiety, by the action itself but also by expressing what I live and connecting with others. I chose my « pen name » and it’s Fat Kitty Rising. I put everything connected to my neuroatypicality, my disabilities, my experience as a fat person, as an agender queer person and I also identify as demisexual. I am not a 100% sexual person and that’s why I think the word queer does the job. I put all of this in my embroidery and in my zines. I try to find people who have similar experiences to make connections and create a community around these shared experiences in order to exchange and help and support each other. It’s a very embryonic project but it’s my goal.

7) What is your experience of public space ? Are there places you avoid going to or things you favor ?
My experience of public space is very mixed, it depends a lot on how I feel that day and all my past and how I feel about the space I take. As much as I want to be seen, for a long time, I wanted to take less space with my body, lose weight and be smaller, even if I’m only 5’2. I wanted to take less space because this is what we tell women. I try to make my experience of public space about not feeling bad about the space I take and not apologize. My visibility is also about that, I don’t apologize, I have the right to be visible and if the person isn’t happy to see me wearing tight clothes I don’t care. I think that I try more and more to have a queer visibility in non-queer spaces and to have a queer appearance, but what is looking queer? I try to break out of the expectations that people might have for me because of my body type. At the same time, there are things that I don’t do like wearing flashy colors, it makes me anxious because I feel like an amusement park. It’s hard but these are things I prevent myself from doing, it annoys me but I’m not there yet in my life I think.

8) If you had to describe your physical presentation or give it a title (like the editorial line of your look sort of), what would it be ?
FAT KITTY RISING is perfect. These words are perfect because they make no sense. It’s impossible to forget that I am Fat, and Kitty, although sometimes it’s going to be very showing and everything is thought through and other time it will be very reserved. And Rising, it’s because I like astrology and it’s the weird or edgy touch, as they say in fashion catalogs (laughter).

9) Have you changed your presentation or strategies/choices of visibility a lot until now ?
Yes, a great deal, both as a teenager and as an adult. I studied mainly in an artistic field and it was pretty free but I never felt comfortable with more normal things, but I was also very influenced by the people I was with. I am always inspired by the people I see, that’s why I like being in Montreal, there’s inspiration everywhere. My appearance also changed a lot with my gender. When I embraced my femme identity, I started feeling better in my body, being a fat femme is very powerful for me. Meanwhile, I’m afraid that it might be the only way that I feel good in life and I don’t want this to be true because my gender expression isn’t always femme. That’s why I shaved my head because I needed something different but there are days when I’d like my hair to grow back but it’s not that fast.

10) Do you feel like you resemble yourself ? And is there anything you want to add ?
I try but I don’t think I resemble myself as much as I could because there are things I’d like to do but I don’t because I am afraid of the oppression I experience and I’m scared of being seen. If I do different things compared to what people are used to with me, there’s going to be attention and it will give me anxiety. I try to do things gradually.

I’ve had a cane for a little more than a year and it changed a lot of things because I feel like I look badass with my cane. Then at some point, I was afraid that people would think I have a cane because I am fat. It gave me a lot of anxiety and made me doubt myself and my presentation but I try to stay in the badass mindset. I chose this cane because it’s stylish.