Out There

Queerness, (in)visibilité et espace public
Montréal

Paul

 Paul, Montréal, Août 2016

(English version down below)

1) Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis une personne queer. Récemment, un terme que j’aime utiliser pour me décrire c’est « Fag ». Je considère que c’est une réappropriation politique que je trouve vraiment importante à apporter afin de sortir du cadre hétéronormatif puis indiquer une certaine volonté de liberté et de libération par rapport aux normes strictement genrées qui nous sont imposées. C’est aussi un terme que j’aime bien utiliser pour moi-même. Ma position quant à l’utilisation du terme « fag » reste quand même que les seules personnes qui peuvent l’utiliser sont des personnes non-hétéro ou non-cis, parce que, sinon, ça ne marche pas et ça devient un problème.

Je suis impliqué dans les mouvements de gauche et plus particulièrement anarchistes depuis 2012. J’ai commencé à m’impliquer dans les milieux associatifs queer un peu plus tard dans l’année 2012 aussi, puis j’ai commencé à m’impliquer dans l’activisme anti-raciste vers le début ou la fin 2014/2015. Mes convictions politiques restent anarchistes et c’est surtout sur ça que se basent mes analyses et réflexion politiques et, étant donné que j’ai évolué principalement autour de féministes radicales matérialistes, j’ai tendance à porter des réflexions matérialistes sur les conditions de vie sociales des gens. Donc j’essaie toujours de voir quels sont les impacts concrets et matériaux sur les différents groupes de personnes, afin d’indiquer de manière concrète quelles sont les choses qu’on peut faire afin de pouvoir les aider. Pour moi, ça rend les choses plus facile à gérer parce que ça permet de trouver des pistes de solutions via des actions directes afin de diminuer l’impact tout en établissant des analyses théoriques.

En tant que personne noire et queer, j’ai été élevé dans une famille catholique romaine donc ça a quand même eu un énorme impact sur ma façon de percevoir le monde et de m’identifier par rapport à ma sexualité parce que ça a été une expérience [la conciliation foi et sexualité] qui a été particulièrement difficile. Depuis quelques années, j’essaie de revisiter ce passé afin de trouver des sources de guérisons et des sources d’analyses qui fassent en sorte que d’autres personnes puissent vivre ce genre de situations de façon beaucoup simple et sereine que ce que j’ai pu vivre.

2) Peux-tu me parler de ta tenue (que portes-tu/pourquoi as-tu choisi cette tenue), et plus généralement de ta présentation physique ?

Pour ma tenue, j’ai porté des shorts short. Malheureusement ils ne sont pas aussi short que je l’aurais voulu. Ça fait un bout de temps que j’essaie de me trouver des booty shorts parce que je trouve ça fantastique. C’est pour moi une forme de réappropriation au niveau de ma sexualité encore une fois, et d’une certaine façon  je considère que ça représente un mouvement de support par rapport aux mouvements anti-slut-shaming qu’on retrouve dans les cercles féministes. Dans la mesure où je considère qu’une bonne partie de l’homophobie est enracinée dans la misogynie, je vois qu’il y a des liens de solidarité à établir au niveau de nos luttes. Une partie des comportements et réactions homophobes que l’on vit sont dus au fait que l’on juge nos sexualités. Donc, pour moi, porter des short shorts est une façon de réclamer ma sexualité et pouvoir faire de mon corps ce que je veux. Je le fais pour moi mais je veux aussi considérer que ça doit être une position de solidarité avec le mouvement féministe.

J’ai aussi choisi un chandail moulant, c’est quand même assez intéressant parce que, depuis quelques mois, je vais au gym de façon régulière et ça amène quand même une perspective intéressante en ce qui concerne ma relation avec mon corps. Quand j’étais plus jeune, j’étais gros, pas juste enrobé, gros, et vers mes quinze/seize ans j’ai atteint une taille standard, ou considérée comme désirable d’après les standards de beauté, et j’étais confortable avec ce type de corps pendant très longtemps, pendant les cinq années qui ont suivies environ. Puis, j’ai commencé à aller au gym, parce que je me suis dit que ça pouvait être fun d’aller au gym. Maintenant j’ai établi une toute nouvelle relation avec mon corps, à cause que je fournis un travail constant pour avoir un type de corps particulier qui correspond à des normes et canons de beauté qui sont imposés au niveau de la société, ce qui m’amène à remarquer qu’il faut que je fasse plus attention au niveau des check up mentaux que je fais pour m’assurer que je ne fasse pas des crises de dysmorphie, par exemple. En gros, si je me rends compte que je mange moins que d’habitude, il faut que je vois si c’est vraiment juste lié à mes contraintes de temps et à mes horaires particulièrement erratiques, ou si, inconsciemment, je ne m’empêche pas de manger parce que j’ai peur de reprendre du poids ou quelque chose du genre. En général, ça va, mais c’est quand même un check up que je dois faire de façon régulière pour être sûr que je sois dans le bon état d’esprit et c’est quelque chose que je dois faire de façon plus régulière depuis que je vais au gym, clairement. Avant, j’avais tendance à me dire que j’allais juste manger ce que je voulais et ne pas faire attention à mon régime alimentaire. Je le faisais de façon consciente, dans le sens où je décidais de ne pas y porter attention afin de pouvoir me donner une liberté par rapport à ce que je voulais faire, alors que là, il faut que je m’assure de garder le minimum de degré de liberté quand je mange ou bien les jours où je mange un peu moins souvent que d’autres.

J’ai aussi tendance, depuis que j’ai commencé à aller au gym, à me regarder beaucoup plus souvent dans le miroir et à avoir un regard critique par rapport à mon apparence, donc des sentiments d’insatisfaction qui peuvent revenir par rapport à la grosseur de mes muscles, la forme de mon corps, etc… donc c’est aussi des réflexions que je vais avoir afin de m’assurer de ne pas me retrouver dans un état d’esprit qui puisse me mener à des possibles troubles alimentaires, parce que je sais que c’est quelque chose qui pourrait arriver si je ne fais pas attention. Cela dit, présentement je me sens bien, j’ai surtout porté ce chandail parce que je le trouve vraiment bien, je le trouve beau, puis ce que je trouve intéressant, au niveau du décolleté, ou de sa forme, il n’a pas des formes typiques des chandails pour hommes, j’ai l’impression qu’il y a quand même des formes plus typiquement féminines dedans. C’est quelque chose que j’essaie de ré-assumer par rapport à ce que je peux me permettre de porter afin de pouvoir quelque peu ressortir des contraintes de genre imposées, sans que les gens me regardent en se demandant ce qui cloche.

Au niveau de la présentation physique, j’ai tendance à avoir une présentation plus masculine, ce qui fait que mes déplacements dans l’espace publique sont facilités par rapport à d’autres personnes parce que je n’ai pas à subir de commentaires déplacés de la part de plusieurs personnes qui vont juste assumer, de par ma présentation, que je suis hétéro et cis. Donc je fais face à moins de harcèlement, moins de comportements déplacés, parce que je corresponds à la norme, de façon générale. Il y a quelques exceptions, comme si j’écoute de la musique et que je suis vraiment sur une bonne phase, alors j’ai tendance à vouloir imiter les catwalks, comme dans les fashion shows, c’est quelque chose que je trouve vraiment fun et que j’adore faire, mais ça mène à une démarche et un déhanché complètement différents de ceux que j’arbore si je veux éviter des situations problématiques. Donc ce sont des démarches qui sont moins sécuritaires, selon l’espace social, mais que je trouve réconfortantes donc, ça a tendance à dépendre du contexte. Parfois je vais me permettre d’avoir un peu plus de fun et de me donner plus de liberté, d’autres fois je vais rester dans ce qui est prescrit afin d’éviter les problèmes.

3) Pourquoi as-tu choisi de poser à cet endroit ? Est-ce que ce lieu a un sens particulier pour toi ?

J’ai pris le parc à cause qu’on est en été et l’un de mes grands plaisirs quand j’ai du temps libre c’est de prendre un spot dans un parc, m’étendre sur le gazon, sentir l’herbe et profiter du soleil. Étant donné que je savais que je pouvais choisir le lieu pour la séance photo, j’ai décidé de choisir l’endroit où je me sens le plus à l’aise, et ce sont généralement des parcs parce que ce sont des espaces où je peux m’isoler, prendre du temps pour moi-même et juste profiter de ce qu’il y a autour de moi. Ça vient aussi avec le fait que les hivers sont particulièrement pénibles, donc dès que l’été arrive, on est vraiment contents de pouvoir profiter de nos parcs. Faut avoir vécu un hiver montréalais pour comprendre.

4) Est-ce que des paramètres extérieurs interviennent quand tu choisis ce que tu vas porter ou sur les décisions que tu prends concernant ton apparence/ta présentation physique ?

Si, par exemple, je décide d’aller à une soirée queer, donc celles organisées par des personnes queer de couleur ou des personnes des milieux un peu plus militants de Montréal, je vais généralement performer mon genre de façon complètement différente que si je suis dans un quartier random et un espace un peu plus hétéronormé de Montréal. Si je suis dans un secteur qui est plus proche géographiquement de là où se trouvent mes parents, je vais clairement agir de façon beaucoup plus normée afin d’éviter que des personnes me reconnaissent et réagissent de quelque façon que ce soit, alors que, si je me sens en sécurité, par rapport au fait que je suis passablement éloigné d’eux, alors je peux me donner plus de liberté. J’ai tendance à passer de passablement masculin, mais pas trop parce que je n’aime pas trop performer un genre masculin, je trouve ça malaisant, à quelque peu fem, dépendant des espaces. J’ai juste un très grand plaisir à porter des talons hauts et des robes, je trouve ça vraiment nice. Les talons hauts c’est difficile parce que je fais du 12 donc ça fait mal, et la plupart des talons sont juste trop petits pour mon pied. Du 12 homme correspond à du 13/14 femme, ce qui est assez difficile à trouver en général. (environ 43/44 taille européenne)

5) Est-ce que tu penses que la visibilité est une question politique ?

Pour moi la visibilité est politique. Elle permet de déconstruire les perceptions monolithiques des groupes sociaux que l’on a généralement en tête. Un exemple que je peux trouver c’est les visibilités queer dans les mouvements de personnes racisées, afin de pouvoir ressortir de l’idée d’un groupe ethnique monolithique avec un façon de pensée unique et commune à toutes les personnes faisant partie de ce groupe ethnique. C’est quelque chose que j’ai voulu faire ressortir dans un atelier que j’ai fait avant, où j’avais voulu expliquer que l’homophobie et la misogynie sont pas fondamentalement inhérentes aux communautés noires, que ce sont des construits sociaux aussi et qu’il existe des regroupements de personnes parmi nos communautés noires qui vont avoir des idées différentes, des luttes différentes qui vont représenter les volontés des femmes, des personnes queers, des personnes avec des handicaps… À ce moment-là, je considère que la visibilité est politique. Il peut y avoir des problèmes avec la visibilité, dans le sens où ces concepts sont considérés comme nouveau par les groupes en position de dominance politique et vont souvent amener à un « backlash » et à une augmentation de la violence face aux groupes qui profitent de cette nouvelle visibilité. Il y a toujours une sorte de contrepoint qui vient par rapport aux impacts qui viennent avec, mais c’est toujours politique, que ce soit dans le cas d’impacts positifs ou négatifs.

6) Quelles sont tes stratégies pour résister aux oppressions que tu subis ?

En tant que personne noire, ce que je pourrais définir comme stratégie c’est quelque chose qui est utilisé par beaucoup de personnes, en anglais on appelle ça du code switching. L’idée c’est de changer nos manières et nos façons d’interagir avec les gens selon l’environnement que l’on a, donc en gros, selon le contexte (académique, familial, entre ami-e-s…). Je vais performer de façon différente afin de démontrer un niveau d’éducation et/ou de blancheur en fonction des personnes que je veux rejoindre afin d’être écouté et selon ce que je veux apporter. La blancheur est ce qui est encore est toujours valorisée donc, plus j’arrive à faire oublier le fait que je sois noir, plus il sera facile pour moi de me faire écouter par les gens qui sont autour de moi. C’est toujours quelque chose de présent, que ce soit volontaire ou non, ma façon de parler, ma façon de réagir, de gesticuler va avoir tendance à changer. Il y a aussi des enjeux de sécurité qui viennent avec ça, donc par exemple, j’ai jamais été le genre de personne à porter des hoodies, mais je sais aussi que ce serait beaucoup moins sécuritaire pour moi de porter un hoodie que pour une personne blanche, parce que je serais considéré comme plus menaçant, et je pourrais être sujet à plus de profilage racial. Il y a le code vestimentaire qui a tendance à changer, il y a la façon de réagir et d’interagir avec les personnes qui change aussi, donc plus j’arrive à faire oublier que je suis noir, moins j’ai tendance à vivre de discrimination, donc ça j’en suis conscient.

En ce qui concerne les identités queer, ça va être ma façon de m’habiller, de parler, toutes les perceptions que j’ai par rapport à ce qui m’entoure, les enjeux de race et de sexe sont absolument indissociables des enjeux de classe ou de tous enjeux sociaux sur lequel je vais travailler. Parmi les stratégies que je peux vouloir aborder pour exprimer ma sexualité, il peut y avoir des trucs comme le fait que sur mon sac j’ai un énorme patch sur lequel il est écrit « FAGPUNK » et c’est comme une sorte de tatouage non permanent. Je l’ai acheté peu après Orlando, et mon but c’est d’envoyer chier tout le construit social qui fait que nous sommes moins valorisé-e-s de part notre sexualité en faisant : « Fuck off, je te mets mon orientation sexuelle en pleine gueule, parce que tu me fais chier donc je vais te faire chier aussi. » C’est purement réactionnaire mais c’est quelque chose qui me faisait du bien et je le porte encore.

7) Quelle est ton expérience dans l’espace public ? Y a-t-il des endroits que tu évites ou des choses que tu privilégies ?

Les espaces que j’ai vraiment tendance à éviter sont les églises, parce que je suis absolument pas à l’aise avec les églises. Je fais du travail de réconciliation entre les spiritualités des gens, leur orientation sexuelle et leur race mais ce n’est pas pour que je puisse faire un travail spirituel pour moi-même, c’est pour permettre à d’autres personnes de pouvoir le faire et pour moi de tourner la page par rapport aux expériences que j’ai vécues. Je ne souhaite pas réintégrer les institutions religieuses ; les églises me mettent mal à l’aise et j’essaie de les éviter autant que possible. J’ai tendance à éviter les milieux de droite, je les trouve particulièrement chiants, les milieux masculinistes aussi bien que les homophobes, parce que je peux essayer de faire du travail de terrain et du travail militant mais après un bout ça devient épuisant et je considère qu’il est important de pouvoir me donner du temps de repos afin d’éviter de faire un burn-out. C’est l’une des premières choses que j’ai du apprendre à faire après la grève de 2012, c’est pratiquer le self-care, donc c’est ce que je fais. C’est quelque chose que je trouve important dans mes pratiques et dans mon activisme afin de pouvoir rester fonctionnel.

Les regroupements communautaires me font vraiment beaucoup de bien, j’adore le communautarisme (rires). Le communautarisme c’est bien, c’est pas sectaire, c’est une façon pour les groupes de personnes minoritaires de pouvoir se grouper ensemble afin de pouvoir partager des expériences communes et s’offrir un support émotionnel et moral lorsque le besoin est. C’est ce genre de chose qui fait que lorsque l’un de mes amis se fait insulter parce qu’il se fait identifier comme homosexuel dans la rue, il sait qu’il va pouvoir compter sur moi, m’envoyer des messages et que je vais pouvoir lui offrir du support, soit en essayant d’aller le voir ou en proposant des sorties afin que l’on puisse penser à autre chose et faire des trucs sociaux qui nous permettent de nous sentir bien. Le fait de se regrouper en communauté fait aussi que le niveau de stress et de tension a beaucoup tendance à diminuer parce que on a pas à vérifier si les personnes autour de nous vont sortir quelque chose de malaisant. On sait que ces personnes vivent des situations similaires aux nôtres et c’est le genre de chose qui fait que entre gais, par exemple, on peut s’appeler mutuellement « fag », parce qu’on sait que même s’il y avait une mauvaise intention qui venait avec, on pourrait réutiliser ce terme pour les « caller out » sur leur shit parce qu’ils font partie du groupe de personnes qu’ils démonisent.

Un truc que j’aime aussi faire, disons que je risque ou que je sais que je vais être confronté à une situation déplaisante, j’aime faire un check out émotionnel, pour savoir si je suis prêt ou me préparer à faire face à ce truc afin que ça ne vienne pas juste me frapper out of nowhere, comme ça j’ai plus de temps à me préparer à encaisser le coup et répliquer correctement et de façon efficace. Ça me permet aussi de savoir si la meilleure stratégie pour moi n’est pas tout simplement de me retirer et passer à autre chose.

8) Si tu devais décrire ta présentation physique ou lui donner un titre (la ligne éditoriale de ton look si on veut), qu’est-ce que ce serait ?

Si ça avait été une question sur ma philosophie de vie, j’aurais dit quelque chose du genre « The Slut », ça vient avec la libération sexuelle et le fait de réclamer ma sexualité comme la liberté de disposer de mon corps comme je veux. Donc ça vient avec les mouvements anti-slutshaming, et c’est quelque chose auquel je m’identifie beaucoup en tant que personne queer. Puis, il y a aussi quelque chose d’assez complexe dans le fait d’utiliser ce mot comme identification, parce que à la base ça a une origine misogyne et c’est utilisé contre des femmes, donc j’essaie de voir jusqu’à quel point ça peut être une réappropriation d’une oppression d’un groupe de personne dont je ne fais pas partie pour mes propres causes, et si je me pose vraiment en position de solidarité en considérant les liens entre nos oppressions, ou si, même si j’essaie de reconnaître les oppressions spécifiques aux femmes, je finis quand même par me réapproprier leurs luttes. C’est une réflexion qui est en cours, mais pour l’instant, c’est quelque chose qui me fait quand même du bien au niveau de ma façon de pouvoir réclamer mon autonomie physique.

Au niveau du look, je suppose que je pourrais dire « proto-hipster », parce que j’aime pas les hipsters, ils me font chier. Parfois juste pour me moquer de moi-même, j’ai tendance à me présenter en tant que tel, pour rire d’eux mais je sais que j’ai tendance à avoir des comportements qui correspondent à la définition de hipster, donc j’appartiens aussi à ce groupe de personnes. Il y a comme une dissociation mais aussi une appartenance involontaire au groupe qui vient avec mes façons de faire et de présenter. Sinon dépendamment des espaces que j’investis, j’aime bien avoir une présentation qui va être complètement à l’opposé des normes qui ont été apportées au milieu particulier. Disons par exemple que je vais dans un espace anarchiste, anarcho-punk surtout, je vais souvent avoir tendance à m’habiller plus « preppy », juste pour indiquer que je ne suis pas obligé d’avoir une apparence particulière afin de pouvoir indiquer un point de vue politique particulier, et que l’habit n’indique pas nécessairement la philosophie. Ça permet de sortir un peu des pressions qui sont imposées, tout le monde ne peut pas correspondre ou veut correspondre à une image particulière. J’ai aussi parfois tendance à faire ça dans les espaces queer et me présenter comme une sorte de « gym-queen » ou de « jock », dans une forme un peu plus homonormative, alors que mes politiques vont être généralement au niveau de la libération des gais que de l’assimilation des gais. C’est aussi pour montrer qu’il est tout à fait normal et possible d’avoir un clash entre son apparence et nos idéaux et permettre un plus grande diversité à ce niveau-là. J’avoue que c’est moins politique que personnel, c’est juste quelque chose que je trouve fun et ça me permet de me rassurer que je ne rentre pas dans un carcan chiant et dogmatique qui m’empêcherait d’évaluer les situations de façon sereine.

9) As-tu beaucoup changé de présentation ou de stratégies/choix de visibilité jusqu’ici ?

En tant qu’anarchiste, ce que j’avais vraiment tendance à faire en 2012, c’était vraiment de me présenter face à des groupes de droite et essayer de communiquer avec eux de façon « sereine et posée » pour pouvoir débattre de nos positions politiques. Ça venait avec l’idée quelque peu naïve que toutes les opinions se valaient et qu’il était possible d’avoir des débats politiques sur à peu près toutes les questions. Ces temps-ci, j’ai tendance à considérer qu’il y a des cas où c’est beaucoup plus difficile de parler de débat neutre par rapport à certains enjeux, parce que le simple fait que la question soit sujet à débat amène une violence systémique, par exemple, débattre des identités trans, débattre de la légitimité de Black Lives Matter ou non… J’ai déjà eu droit à un « débat » facebook sur le projet de loi ougandais qui devait être passé en 2013, si je ne me trompe pas sur la date, où l’un de mes « amis » facebook disait qu’il soutenait cette loi et qu’il fallait absolument qu’on l’importe au Canada. J’ai fini par le « défriender », puis il y avait des personnes qui disaient qu’il fallait écouter les deux côtés du débat et je trouvais ça particulièrement intense. Je ne comprenais absolument pas la chose [le fait que je sois dans cette situation], ça me frustrait et ça me mettait vraiment en colère à cause que je me sentais menacé et vulnérable à ce moment précis parce que ça voulait dire qu’il y avait des personnes qui voulaient essentiellement ma mort. Peut-être pas directement, mais qui cherchaient la mort de personnes comme moi sur la base d’une identité commune et c’était une vraie source de stress et de détresse pour moi. Du point de vue des stratégies, il y a maintenant des débats que je refuse d’approcher parce que je considère que ça en vaut juste plus la peine et c’est trop trash.

Mes présentations ou mes manières de performer le genre ou la race ont aussi eu tendance à changer avec le temps. J’avais tendance à être plutôt assimilationniste avant, beaucoup moins maintenant. Il y a aussi le fait que je pratique plus le self-care. Je vais souvent faire un check up mental afin de m’assurer que je peux gérer la situation et que je ne me lance pas dans une boucle qui m’empêcherait de pouvoir fonctionner et réfléchir si je ne me sens pas bien et afin de m’assurer de pouvoir me retirer d’une situation pour pouvoir assurer ma santé physique et pouvoir continuer à travailler et aller en cours etc…

10) Penses-tu te ressembler ? Et y’a-t-il autre chose que tu veux ajouter ?

Je pense que oui, pour autant que je sois dans un espace où je suis à l’aise de m’exprimer comme je veux. Je pense que je me ressemble parce que je suis beaucoup plus honnête avec moi-même. Dans les espaces où je dois me contrôler au niveau de mes idéaux politiques et de ma perception de la vie, j’ai beaucoup moins tendance à me ressembler mais je suis aussi quand même capable de comprendre que ça correspond à ma réalité, donc ce ne sera pas une réflexion de ce que je pense, mais ça fera quand même partie de ma réalité et c’est une dimension plus complexe de mes réalités. Elles ne sont pas simples, elles sont complexes et elles viennent avec un contexte et des situations particulières et je pense que ça fait partie de la personne que je suis.

Sur le self-care en terme concret, c’est aussi fournir plus de travail émotionnel parce que le travail émotionnel est genré et c’est généralement les femmes qui le fournissent et les hommes qui en profitent. Dans le travail émotionnel, on ne va pas seulement considérer prendre soin des besoins émotionnels des personnes dans sa base la plus visible et évidente, mais on va aussi considérer prendre en compte les restrictions alimentaires des personnes, apporter un support moral ou immédiat si une personne a un problème ou est arrêtée. On va prendre beaucoup de choses en considération, dont le soutien émotionnel et moral. C’est quelque chose que les femmes fournissent généralement beaucoup plus, et comme c’est un travail genré, c’est aussi un travail qui est invisible, donc l’idée c’est d’un côté d’exposer son importance et la contribution des femmes, mais aussi faire le soin invisible afin de démocratiser la pratique et ne pas seulement la pratiquer pour recevoir des cookies. Je pense que c’est d’une importance capitale dans les milieux militants, surtout de prendre soin des personnes qui sont autour de nous et de faire un travail émotionnel et de s’assurer du bien-être des gens et de ne pas seulement le laisser aux femmes.

– – – – In English – – –

1) Can you introduce yourself ?
I am a queer person. Recently, a term I have been using to describe myself is « Fag ». I consider it to be a form of political re-appropriation which I find very important to bring to escape heteronormativity and to indicate a desire for freedom and liberation regarding the gender norms imposed on us. It’s also a word I like to use for myself. For me, the use of the word fag is restricted only to non-straight or non-cisgender people. Otherwise, it doesn’t work and it becomes an issue.

I have been involved in leftist movements and more specifically anarchist movements since 2012. I started getting involved in queer organizations later that same year and I got involved in anti-racism activism at the end or beginning of 2014/2015. My political beliefs are still anarchist and my analysis and political reflections are based on this. Also, because I evolved mostly around radical materialist feminists, I tend to have materialist views on the social living conditions of people. This way, I always try to see what are the concrete and material impacts on the different groups of people to indicate in a practical way what we can do to help them. For me, it makes things easier to handle because it allows us to find leads on solutions through direct actions to reduce the impact while producing theoretical analysis.

As a Black and queer person, I have been raised in a Roman Catholic family, which had a huge impact on my way to view the world and to identify myself regarding my sexuality because it was a particularly difficult experience [the faith and sexuality conciliation]. For a few years, I have been trying to re-visit this past to find healing sources and analytical ones to make it possible for others to live these kinds of situation in a much more simple and peaceful way than I did.

2) Can you tell me about your outfit (what you are wearing/why you chose this outfit), and more generally about your physical presentation ?
For my outfit, I am wearing short shorts but unfortunately, they aren’t as short as I would want them to be. I’ve been trying to find booty shorts for myself for a while now because I think they are fantastic. Again it’s a form of re-appropriation for me and for my sexuality and, in a way, I consider it to be part of a support movement to the anti-slut-shaming movements in feminist circles. Since I consider that a big part of homophobia is rooted in misogyny, I see solidarity links to create in our fights. A part of the homophobic attitudes and reactions that we face are due to the fact that our sexualities are being judged, so, for me, wearing short shorts is a way to reclaim my sexuality and to do what I want with my body. I do it for me but I also want to consider it as a standing of solidarity with the feminist movement.

I also picked a close-fitting top, which is interesting because I’ve been regularly going to the gym for the past few months, which brings an interesting perspective to my relationship with my body. When I was younger I was fat, not chubby, fat, and when I got to my 15th or 16th birthday I reached a standard size, or a size considered desirable by beauty standards, and I was comfortable with this kind of body for a long time, roughly the five years that followed. Then, I started to go to the gym because I thought it would be fun. Now, I have developed a whole new relationship with my body because of the constant effort I make to maintain a certain body type which matches norms and beauty standards imposed on society, which leads me to notice that I have to pay more attention during my mental check-ups to make sure I am not having body dysmorphia for instance. Basically, if I realize that I am eating less than usual, I need to see if it’s really because of my particularly erratic schedule, or, if I’m unconsciously preventing myself from eating because I’m afraid to gain weight or something like that. Generally, I’m okay, but it’s a checkup I need to do regularly to be sure I’m in the right mindset and it’s definitely something I have to do regularly since I started going to the gym. Before, I used to think that I would just eat whatever I felt like having and not pay attention to my diet. I did it intentionally in the sense of not paying attention to give myself more freedom regarding what I wanted to do, but now, I need to make sure I keep this sense of freedom when I eat or on days when I eat a little less than usual.

Since I started going to the gym, I also picked up a tendency to look at myself in the mirror more often and have a critical view of my appearance. So feelings of dissatisfaction that can emerge regarding the thickness of my muscles, the shape of my body, etc…these are also thoughts I am going to have to check to make sure I don’t put myself in a mindset that can lead me to possible eating disorders, which I know could appear if I don’t pay attention. That being said, right now, I feel good. I especially wore this t-shirt because I find it really nice, I think it’s beautiful, and what I find interesting is that its neck or shape aren’t typical of men’s t-shirts, I feel like it’s shaped more in a more typically feminine fashion. This is something I try to reclaim considering what I can allow myself to wear in order to step out a little of the imposed gender constraints without having people staring at me and wondering what is wrong.

On my physical presentation, I tend to have a more masculine presentation, which makes occupying public space easier compared to others [gender non conforming people] because I don’t have to face inappropriate comments from many people. They assume, based on my presentation, that I am straight and cis, so I face less harassment and misplaced behavior, because I fit the norms, in a general way. There are a few exceptions, like if I am listening to music and I am in a really good mood, I tend to want to mimic catwalks, a bit like fashion shows, which is something I find really fun and love doing, but it leads to a completely different walk and posture than the ones I have when I want to avoid problematic situations. So they are less safe walks depending on social spaces, but I find them comforting so, it depends on the context. Sometimes I will allow myself a little more fun and give myself more freedom, sometimes I’ll stay within the norms to avoid problems.

3) Why did you choose to shoot here ? Does this place have a special meaning for you ?
I picked the park because we are in the summer and one of my greatest pleasures when I have some free time, is to choose a spot in a park, lie on the lawn, smell the grass and enjoy the sun. Because I knew I could pick the place for the photoshoot, I decided to choose the place where I feel the most comfortable, and it’s usually parks as they are spaces in which I can isolate myself, take time for myself and just enjoy what’s around me. It’s also because the winters are really dreadful, so as soon as the summer arrives, we are really happy to be able to enjoy our parks. You need to have lived through a Montreal winter to understand.

4) Do external factors have an influence on choosing what you’re going to wear or on the decisions you make regarding your appearance/physical presentation ?
If for instance, I decide to go to a queer party, like the ones organized by queer people of color or people from the more activist circles of Montreal, I usually perform my gender in a completely different way than if I am in a random neighborhood and a more heteronormative space of Montreal. If I am in an area close to where my parents are, I clearly act in a more normative way to avoid people recognizing me and reacting in any way, whereas if I feel safe, meaning I’m relatively far from them, then I can afford myself more freedom. I tend to switch from relatively masculine, but not too much because I don’t like performing a masculine gender and I’m uneasy with it, to somewhat femme, depending on the space. I really have a lot of pleasure wearing high heels and dresses, I think it’s really nice. High heels are difficult because I’m a size 12 so it hurts, and most heels are just too small for me. A men’s 12 is a women’s 13/14, which is rather hard to find in general. (about 43/44 European size)

5) Do you think that visibility is a political matter ?
For me, visibility is political. It allows us to deconstruct monolithic perceptions of socials groups we generally have in our minds. An example I can find is queer visibility within POC movements, in order to let go of this idea of a monolithic ethnic group with a unique perception shared by all the people that are part of it. This is something I tried to point out in a workshop I did before, in which I wanted to show that homophobia and misogyny aren’t fundamentally inherent to Back communities, that they are social constructs as well and that there are people gathering within our communities with different ideas, different fights who will represent women’s wills, queer people’s desires, disabled people… In that moment, I consider that visibility is political. There can be issues with visibility because those concepts are considered to be new by politically dominant groups and often lead to a backlash and an increased violence against the groups who enjoy this new visibility. There’s always a counterpoint that comes with it in relation to the impacts it has, but it’s always political, whether it has a positive or negative impact.

6) What are your strategies to resist the oppression you face ?
As a Black person, what I would define as a strategy is something a lot of people use. It’s called code-switching. The idea is to change the way we act and interact with people according to the environment we are in. So in short, according to the context (academic, familial, between friends…) I will perform differently to demonstrate the level of education and/or whiteness relative to the people I’m trying to reach depending on what I want to bring in so that they will listen to me. Whiteness is still what is most valued so, the more I can make people forget that I am Black, the easier it becomes for me to get people around to listen to me. It’s always something present, whether it’s on purpose or not, my way of speaking, of reacting, of moving, will have a tendency to switch. There are also security issues to take in consideration. For instance, I was never the kind of person to wear hoodies, but I also know that it would be a lot less safe for me to wear a hoodie than for a white person, because I’d be considered more threatening, and I could be subjected to racial profiling. The dress code has a tendency to change, there is the way to react and interact with people that also switches, so the more I can make people forget I am Black, the less I get to be discriminated and I am aware of that.

Regarding queer identities, it’s going to affect the way I dress, talk, all the perceptions I have about my surroundings. Race and sex issues are absolutely inseparable from class issues or any other social fight I’m working on. Among the strategies I might choose to express my sexuality, there can be stuff like the fact that I have a massive patch on my bag that says « FAGPUNK » and it’s a sort of non-permanent tattoo. I bought it shortly after Orlando, and my goal is to fuck with all social constructs that make us feel less valued because of our sexuality and say: “Fuck off, I am putting my sexual orientation in your face because you are pissing me off so I will piss you off too.” It’s purely reactionary but it’s something that made me feel better and I still wear it.

7) What is your experience of public space? Are there places you avoid going to or things you favour?
The places I really tend to avoid are churches because I am absolutely not comfortable with churches. I am doing reconciliation work between people’s spirituality, their sexual orientation, and their race but it’s not so I can have a spiritual work for myself. It’s to allow other people to do it and for me to find closure regarding the experiences I had. I don’t wish to be part of religious institutions again, churches make me uncomfortable and I tend to avoid them as much as possible. I tend to avoid right-wing environments, I find them particularly upsetting, as well as masculinists and homophobes, because while can try and do field work and activism, after a while it becomes exhausting and I consider that it’s important to give myself time off to avoid burn-outs. It’s one of the first things I had to learn to do after the student strike of 2012. It’s to practice self-care, so this is what I do. It’s something I find important within my practices and my activism in order to stay functional.

Community gatherings are really good for me, I love communitarianism (laughter). Communitarianism is good, it’s not segregating; it’s a way for minority groups to gather, share common experiences, and offer emotional and moral support when the need is there. It’s the kind of thing that makes it possible for my friends, if they get insulted because they are identified as homosexual in the street, to know that they can count on me, send me messages and that I will be able to offer support, either by going to them or by suggesting activities so we can think about something else and do social stuff that makes us feel good. Gathering together in communities also allows the level of stress and tension to diminish a lot because we don’t have to check if the people around us will say something inappropriate. We know that these people live similar situations to ours and this is what makes it possible for gay people, for instance, to mutually call ourselves « fag », because we know that if there was a bad intention with it, we could re-use this term to call them out on their shit because they are part of the group they are demonizing.

A thing I also like to do, if I might be confronted with an unpleasant situation or know that I will be confronted it, is to do an emotional check out, to know if I am ready to face this thing or to prepare myself to face it so it doesn’t hit me out of nowhere, this way I have time to prepare to take the hit and react the right way and in an effective way. It also allows me to know if the best strategy isn’t simply to remove myself and move on.

8) If you had to describe your physical presentation or give it a title (like the editorial line of your look sort of), what would it be ?
If it had been a question on my personal philosophy, I would have said something like « The Slut », it comes with the sexual liberation and reclaiming my sexuality as the freedom to dispose of my body as I wish. So it hails from anti-slut-shaming movements and it is something I identify with a lot as a queer person. There’s something rather complex in using this word as an identification because it is originally misogynistic and it is used against women. So I try to see to what extent can it be the re-appropriation of the oppression of a group of people I am not part of for my own means, if I really am in a posture of solidarity by considering the connections between oppression, or if, even as I try to acknowledge the specific oppression of women, I still end up appropriating their fights. It is an ongoing reflection but for now, it’s something that is good for me in terms of reclaiming my physical autonomy.

In terms of looks, I suppose I could say « proto-hipster » because I don’t like hipsters, they piss me off. Sometimes, to make fun of myself, I tend to introduce myself as proto-hipster, to laugh about them but I also know I tend to have behaviors that match the definition, so I am part of this group of people. There is like a dissociation but also an involuntary affiliation to hipsters that comes from my manners and my presentation. Otherwise, according to the spaces I invest, I like to have a completely different presentation, opposed to the norms of this particular environment. Let say I go to an anarchist place, mostly anarcho-punk spaces, I often dress preppier, just to show that I don’t have to have a specific appearance to indicate a specific political point of view and that dressing doesn’t necessarily indicate a philosophy. It allows me to escape a little bit from the pressure imposed. Not everyone can match or want to match a specific image. I also tend to do that in queer spaces and show up like a sort of “gym queen” or “jock”, in a more homo-normative way even if my politics are more inclined towards the gay liberation than gay assimilation. It’s also to show that it can be completely normal and possible to have a clash between our appearance and our ideals and allow a greater diversity on this level. It’s less political than it is personal, it’s just something I find fun and which allows me to reassure myself that I am not fitting in a boring and dogmatic constraint that would prevent me from assessing situations peacefully.

9) Have you changed your presentation or strategies/choices of visibility a lot until now ?
As an anarchist, what I used to do in 2012 was to really try and communicate with right-wing groups in a “peaceful and calm way” to debate about our political stands. It came from the pretty naive idea that all opinions mattered and that it was possible to have political debates about almost anything. These days, I tend to consider that there are cases where it’s much harder to talk in a “neutral” debate regarding certain issues, because the simple fact that the question is a matter of discussion calls for a systemic violence, for example, to debate about trans identities, about the legitimacy of Black Lives Matter… I already had a Facebook « debate » on the Ugandan law proposition that was going to pass in 2013, if I am not mistaking the dates, where one of my Facebook « friends » said he supported this law and that we should absolutely do the same in Canada. I ended up unfriending him. Then people were saying that we should listen to both sides and I thought it was horrifying. I absolutely didn’t understand it [the fact that I was in this situation, to begin with] and I was getting very frustrated and angry because I felt threatened and vulnerable at that very moment because it meant that there were people who wanted me dead. Maybe not directly but they seek the death of people like me, based on a common identity and it was a real source of stress and distress for me. In terms of strategies, there are now debates I refuse to have because I don’t consider that it’s not worth it or because it’s too trash.

My presentations or my ways to perform gender or race have also evolved with time. I was rather assimilationist before, a lot less now. There’s also the fact that I practice more self-care, I often do a mental check up to be sure I can deal with the situation and I don’t throw myself in a loop that would prevent me from functioning and think if I don’t feel good and to make sure that I can retract myself from a situation to ensure my physical well being and be able to keep working and going to class etc…

10) Do you feel like you resemble yourself ? And is there anything you want to add ?
I think I do yes, at least when I am in a space in which I am comfortable expressing myself the way I want. I think I resemble myself because I am much more honest with myself. In spaces in which I have to exert self-control on my political ideal or my way of seeing life, I tend to look a lot less like myself but I am also able to understand that it matches a reality. It is not a reflection of what I believe but it is still part of my reality and it’s a more complex dimension of my realities. They aren’t simple, they are complex and come with a context and specific situations and I think it’s part of the person I am.

About self-care, pragmatically it means doing emotional labor because emotional labor is gendered and it’s generally women who provide it and men who enjoy it. It isn’t only about the emotional needs of the people in their most visible and obvious form, but also taking into account the food restrictions of others, offering moral or immediate support to people who have problems or are ill. We take a lot of things into consideration, including emotional and moral support. It is something women generally provide a lot more, and since it’s a gendered form of work, it’s also an invisible one, so the idea is to show its importance and the contribution of women, but also to provide the invisible care to democratize the practice and not only in order to get cookies. I believe it is immensely important in activist spaces to take care of the people around us and to provide emotional labor and ensure the well-being of people and not let that be women’s work.