Out There

Queerness, (in)visibilité et espace public
Montréal

Valérie

Valérie, Montréal, Août 2016

(English version down below)

1) Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Valérie, je finis mon Bac en études féministes et philosophie (double major) à Concordia. Sinon ça fait plusieurs années que je fais de l’activisme queer. Depuis environ quatre ans j’essaie plus de faire de l’activisme lesbien. Se décrire soi-même c’est très difficile… J’aime beaucoup la musique, je passe beaucoup de temps à aller à des shows surtout d’emo ou de post-hardcore.

2) Peux-tu me parler de ta tenue (que portes-tu/pourquoi as-tu choisi cette tenue), et plus généralement de ta présentation physique ?

Quand j’étais jeune, j’étais vraiment obsédée à l’idée d’essayer d’être punk-rock… et puis I failed miserably (rires)… Fail total, mais en même temps je m’étais dit genre « Quand j’aurais 30ans, qu’est-ce que je vais porter ? ». Finalement, comme toutes mes idoles, des button-down, puis des jeans, des bottes parce que c’est pratique et t’as pas le temps de mettre des chandails et de les couper avant d’aller travailler… Life gets in the way, you know. En quittant l’activisme queer, j’ai aussi pris une expression plus masculine, qui je trouve me convient mieux et c’est aussi le style de la musique que j’écoute. Quand tu vas dans des shows, c’est un peu l’outfit parfait qui fait qu’en musique c’est bien, en perception sociale et personnelle c’est bien, tous les espaces de ma vie sont comblés. (rires)

3) Pourquoi as-tu choisi de poser à cet endroit ? Est-ce que ce lieu a un sens particulier pour toi ?

En fait, j’ai choisi cet endroit parce que c’était le pire moment de mon existence et je me suis dit que revenir 8 ans plus tard ça pourrait être un bon moment. J’ai fait le parcours traditionnel, tu fais l’école secondaire, tu fais deux ans de CEGEP puis tu vas à l’université. J’étais dans un programme genre baccalauréat international la première fois que j’ai fait le CEGEP, c’était vraiment intense. Je suis venue à l’UdeM (Université de Montréal) pour faire un Bac en Bio-informatique, je voulais vraiment vivre « l’expérience universitaire ». Je suis venue, j’ai fait mon truc d’initiation, tous les trucs que tu vois dans les films… mais en fait le programme de bio-informatique, la façon dont c’est fait c’est que t’étais à moitié en informatique, puis à moitié en bio-chimie. Quand on est rentrés, je pense qu’on était douze dans le programme, juste 3 personnes que j’ai connu ont gradué du programme. Donc en fait, même si j’avais fait tout ça, j’étais juste entre les deux et je devais juste courir d’un bout à l’autre. T’avais pas de constance donc c’était dur de rencontrer des gens, de se faire des ami-e-s et j’ai passé 3 mois sans ami-e-s. Là, j’ai pris la décision de lâcher l’université, j’ai lâché les cours, puis je me suis réinscrit au CEGEP en informatique. C’était la meilleure décision que j’ai fait de ma vie. Sinon je serais sûrement pas devenue activiste. Je pense que, d’avoir pris cette décision là c’était un moment important pour moi donc je me suis dit que revenir ce serait bien, mais aussi revenir de la manière que « my sixteen year-old self imagined herself » tu sais ? Genre, quand je serais vieille et que je pourrais m’habiller comme je veux, this is how I’ll look like. D’où mon habit et puis le lien entre mon habit, le genre et la musique.

4) Est-ce que des paramètres extérieurs interviennent quand tu choisis ce que tu vas porter ou sur les décisions que tu prends concernant ton apparence/ta présentation physique ?

Je pense plus avant que maintenant, d’où le fait qu’il y a plus de constance dans mon style qu’avant. J’ai passé beaucoup de temps à essayer de m’adapter et je me disais que je m’habillerais comme je voudrais plus tard puis, évidemment, t’arrive jamais à saisir l’essence d’un style quand t’essaie juste de t’adapter. C’était une course sans fin pour essayer de m’adapter et c’était pas tellement opprimant ou quoi, c’était plus fait pour plus fitter dans le monde. Après avoir arrêté ça, je pense que c’est plus facile de voir ce que moi j’aime vraiment et ce que je fais pour faire plaisir à ma mère. C’est plus facile de prendre une distance alors qu’avant, quand j’étais plus focus sur essayer de m’adapter. Au secondaire, par exemple, j’aimais pas vraiment la musique pop mais j’écoutais de la musique pop parce que c’est un bon moyen de pouvoir socialiser avec les gens, d’aller aux danses de l’école et de connaître les chansons, de pouvoir danser etc… Mais j’écoute pas de pop ! Quand j’ai arrêté de faire ça, j’ai eu moment d’obsession avec One Direction (rires). C’est parce que j’ai manqué le moment ! Et j’aime aussi beaucoup leur style, they’re like baby lesbians (éclate de rire). Donc ouais, c’est aussi de l’inspiration stylistique, alors qu’avant je me disais qu’il faut que je m’adapte et que je sache de quoi les gens parlent. Maintenant je le fais pas, ou je le fais moins, sauf sur certains trucs, ça donne des trucs bizarres. Je connais beaucoup de chansons de One Direction mais c’est juste parce que j’ai manqué le moment des boysband dans mon enfance (rires), c’est tout.

5) Est-ce que tu penses que la visibilité est une question politique ?

Pas de transition mais attends ! Y ‘a eu ce moment dans le show et je veux vraiment que Harry soit bisexuel… et donc là, pendant le show, il est sorti avec un drapeau gay, j’ai presque pass out (rires). J’ai failli m’évanouir, ma sœur et moi on criait tellement qu’on sait pas vraiment ce qui s’est passé avec le drapeau. J’ai du retrouver ce qui s’est passé sur tumblr en cherchant un gif. Il y a un lien ! Je pense que la question de visibilité, comme celle de Harry en tant que bisexuel (rires) dans un sens les gens pensent que ce serait vraiment bien, qu’il y ait un doute, qu’il sorte un drapeau gay, que ce serait bon pour les fans qui sont jeunes, mais je pense que, il est encore hétéro, croisons les doigts pour qu’il voit la lumière… (rires) Ce serait bien pour les enfants, ce serait bien pour les fans mais reste que je pense pas que ce genre de visibilité là soit politique parce que ça n’a pas nécessairement d’impact sur le fandom lui-même. C’est un peu comme certains bands de post-hardcore ou certains bands emo, ce sont des genres de musique hyper masculins pleins de dudebros qui disent qu’ils ont des émotions et que les fangirls rendent la musique poche… Puis là un de mes bands préférés a sorti un chandail et c’est leur logo, une fleur, avec le drapeau arc-en-ciel dégradé dessus. Ils l’ont fait je sais plus pourquoi, genre pour être des dudebros qui veulent faire quelque chose de bien. Mais quand tu vas à leur concert, c’est quand même juste des dudebros gentils, c’est pas plus inclusif. C’est cool qu’ils prennent le temps de le faire, puis de se politiser et d’essayer à leur manière de changer les choses, mais en même temps, ça n’a pas d’impact sur les relations interpersonnelles que tu pourrais avoir dans ces shows là. Oui, je pense que c’est politique, mais si l’idée c’est de changer la manière dont les gens pensent, il faut plus que juste de la visibilité.

Il y a plein de choses dont on pourrait parler aussi, comme toutes ces personnes qui utilisent du queer-baiting. C’est aussi parce que c’est une partie de ce sur quoi je travaille à l’école. J’ai travaillé sur les Lesbian Avengers dont l’agenda c’est la visibilité et donc j’ai un peu travaillé là dessus. Aussi après avoir organisé la Dyke March et d’autres trucs, avoir un peu pensé à la visibilité et avoir constaté que ça n’a pas eu le résultat qu’on aurait espéré, ou que le but numéro 1 n’a pas été atteint, d’autres choses se sont passées mais je me demande un peu pourquoi ou qu’est-ce qui cloche ?

6) Quelles sont tes stratégies pour résister aux oppressions que tu subis ?

J’écoute beaucoup de musique, as you know, je suis obsédée de My Chemical Romance. Je n’arrive pas à croire que je n’ai pas encore parler de Gerard Way à ce stade. Sinon, je suis en philo et la philo c’est juste des dudebros, encore une fois. Faut croire que j’ai quitté l’informatique pour me retrouver dans un domaine similaire. Je vais juste me créer mes propres trucs en fait, si je veux voir quelque chose arriver, je vais juste le faire moi-même. Pour moi, le DIY c’est hyper important, ça me motive à essayer de trouver des gens qui correspondent plus à mes valeurs ou ont des intérêts similaires aux miens sur certains trucs dans une diversité de milieux. L’oppression, surtout en philo, ce que ça fait c’est que ça t’empêche de développer des relations proches avec les gens. C’est ça le problème. C’est pas des douches (=relous), comme des douches sexistes genre qui disent des trucs vraiment problématiques à longueur de journée tu vois, mais, je garde une saine distance parce que je sais que jamais ils vont comprendre ma vie, mes valeurs, mes ami-e-es et tout, même s’ils pensent que oui. Parfois il y a des surprises et c’est bien, mais en général, pour réussir à garder une saine distance, il faut que tu réussisses à créer ton propre réseau, tes propres trucs et tes propres projets et ça prend beaucoup d’énergie et t’as pas beaucoup de reconnaissance. En même temps, je pense que ça permet de prendre ce genre d’interactions là plus sainement. Ça permet aux gens qui utilisent d’autres stratégies de se rencontrer et ça leur donne un espace même si c’est pas ta manière de réagir ou d’échanger. Genre, « toutes les lesbiennes de philo sont ici, donc t’es la bienvenue quand tu veux ! »

7) Quelle est ton expérience dans l’espace public ? Y a-t-il des endroits que tu évites ou des choses que tu privilégies ?

Vu que j’ai vécu dans la même ville toute ma vie, je pense qu’il y a pas vraiment de règle. J’évite les endroits straight, avant c’était une règle super rigide, maintenant la plupart de mes ami-e-s sont non-hétéro/cis donc c’est plus facile d’aller à n’importe quel endroit que l’inverse. J’ai plus conscience des endroits et du genre de vibe qu’il va y avoir dans certains lieux, versus d’autres, et puis, avec l’école, ma vie est assez routinière. C’est différent quand on change de ville aussi, d’évaluer ton niveau de confort puis les variables, ça c’est plus ce que je me dis en voyage. A Montréal, je sais un peu plus à quoi m’attendre. Quand les activistes qui viennent de France arrivent et disent qu’iels ont pas leur spray poivre et je suis là, mais qu’est-ce que tu dis ? “On marche à trois heures du matin et j’ai pas peur, oh my god.” Il y a beaucoup de harcèlement de rue mais comme le niveau de la France est si haut… je pense que la pire expérience ici à Montréal dépasse pas le niveau moyen en France.

8) Si tu devais décrire ta présentation physique ou lui donner un titre (la ligne éditoriale de ton look si on veut), qu’est-ce que ce serait ?

Forever emo kid. C’était vraiment drôle parce que l’idée de cet outfit m’est venue parce que Warner Brothers a décidé de faire une réédition pour le 10e anniversaire de Welcome to the Black parade de My Chemical Romance qui est sorti en 2006. Pendant un instant -qui a duré quelques heures- tout le fandom était en feu, c’était la fin, parce que les gens pensaient qu’ils allaient revenir, mais c’est impossible, Franck vient de sortir un album, Gerard va à Comic Con, genre, c’était la panique… Oui je suis vraiment investie dans les fandoms. (rires) C’était un peu la panique parce que quand ils ont fait cet album ils sont presque morts. Ils se sont presque suicidés, avec l’alcool et la drogue, alors pourquoi vous voulez relancer l’album ? What is wrong with you people ? C’était drôle parce qu’après la commotion, y’avait beaucoup de gens qui faisaient des memes sur tumblr ou facebook. Tout le monde se rhabillait comme en 2006 avec la mèche et l’eyeliner et, au début, je trouvais ça drôle et dans le fond, pourquoi tu voudrais revenir en 2006 ? Pourquoi est-ce que tu reviendrais à un truc d’il y a dix ans ? Je portais une autre chemise noire et un jean et je me suis dit non, that’s the emo version of myself que j’ai imaginé y’a dix ans et je suis vraiment contente de ma version de maintenant. Je retournerais pas à la mèche, I like my shaved sides (rires), je retournerais pas à cette période. C’était quoi la question ? Ah oui, juste quelque chose qui fait un lien avec le passé mais qui fait aussi un lien avec le futur, qui reste pas dans la répétition, qui reste pas pareil, qui évolue avec moi mais sans être quelque chose de fixe. Il y a une continuité mais c’est pas une continuité linéaire, d’un point A à un point B.

9) As-tu beaucoup changé de présentation ou de stratégies/choix de visibilité jusqu’ici ?

J’ai jamais vraiment eu de stratégies de visibilité mais quand j’ai commencé à faire de l’activisme, j’étais juste beaucoup impliquée dans le comité LGBT qui se formait quand j’ai lâché l’UdeM. Peu importe comment tu t’habilles vraiment, mais quand tu passes vingt heures par semaine à t’impliquer dans un comité, quand tu vas voir les gens et que tu dois nécessairement dire que t’es queer et dire que tu fais partie du club LGBT… Le club était en fondation donc y’avait plein de nouveaux projets, on a commencé à faire des ateliers dans les cours de sciences humaines, à faire des panels pour les différentes semaines thématiques… T’étais un peu forcé-e de te présenter d’une certaine façon qui est pas vraiment une stratégie de visibilité mais comme tu vas devoir le dire donc la personne, que ce soit bien ou mal, va assumer que c’est ça. C’était pas vraiment une stratégie en terme de style. Mon style a vraiment changé après la première Dyke March, mais en partie c’est juste parce qu’avant de commencer à faire de l’activisme lesbien, j’ai passé comme un an et demi à ne mettre que des robes et des jupes. C’était parce que comme le milieu queer montréalais est hyper masculin, hyper gay-centré. C’était plus facile d’avoir une présentation de genre « hyper féminine », enfin de pas mettre de pantalon, pour rencontrer des gens et de créer des similarités. Sur des évènements tu voyais que 3 ou 4 personnes qui étaient pas des hommes gay, souvent c’était des personnes non binaires mais iels passaient beaucoup de temps dans le milieu gay parce que c’était leur sexual pool. C’était une solidarité mais pas vraiment parce que à la fin de la journée, quand tout le monde va au bar, il reste plus que toi et l’autre personne qui est pas un mec gay. C’était pour ça mais après la Dyke March, en 2012, comme les queers ont pas aimé ça et ça a été compliqué, ça m’a un peu ostracisée ce milieu. Je suis un peu revenue à « the basics », puis mes basics c’est des skinny jeans et des band shirts. C’est comme ça que j’ai changé mon style qui c’est devenu ce que c’est maintenant.

Même si je navigue un peu dans les différentes communautés, je suis plus dans ce truc d’essayer de m’adapter et de créer des liens de cette manière là. En terme de visibilité, je pense que, hors de la communauté queer, vu que je suis en philo, c’est intéressant parce que là t’as d’un côté les dudebros de philo qui « don’t wanna make assumptions cause that would be unphilosophical », et t’as les autres gens qui ont des styles plus conservateurs, comme souvent dans les universités et puis tu as les visibly queer. C’est déjà vachement alternatif comme style mais visibly queer aussi parce que je m’intéresse beaucoup à la philo et à la sexualité et c’est des points que j’amène en classe dès que j’ai l’occasion. Ça aussi, ça joue sur la question de la visibilité mais ça aide aussi aux gens non cis/hétéro à prendre leur place de façon différente, en étant visible comme ça et pas juste dans l’habit mais aussi dans l’attitude, dans les questions et l’approche. Ça change la donne aussi. Les gens imaginent qu’être out c’est être out à ta famille, parler ouvertement de ton ou ta partenaire mais je pense qu’il y a aussi d’autres manières plus subtiles où être queer c’est avoir un impact positif dans ta vie et la vision du monde que ça procure.

10) Penses-tu te ressembler ? Et y’a-t-il autre chose que tu veux ajouter ?

Oui et non dans le sens que je me regarde pas full dans le miroir mais je passe beaucoup de temps à planifier mes outfits, donc ça devient plus cérébral et je prends pas vraiment de photos de moi-même. Je suis incapable de prendre un selfie for my life. Je devais le faire pour un cours, oh my god, c’était atroce. J’essaie d’en prendre plus maintenant mais j’en prends pas beaucoup. Beaucoup de gens aiment documenter leurs changements ou ont juste beaucoup de photos mais pas moi. Aussi j’ai de la difficulté à savoir ce que les gens lisent de moi dans différentes situations parce que je suis trop dans ma tête, du coup je sais pas. D’un côté oui, je pense que je me ressemble et d’un autre côté, quand je vois des photos de moi, j’y vois des choses différentes que ce que les gens voient.

– – – – In English – – –

1) Can you introduce yourself?
My name is Valérie, I’m finishing my Bachelor in feminist studies and philosophy (double major) at Concordia. Otherwise, I’ve been into queer activism for a few years. I’ve been trying to do lesbian activism for around 4 years. To describe oneself is really hard…I really like music, I spend a lot of time going to shows (especially emo and post-hardcore).

2) Can you tell me about your outfit (what you are wearing/why you chose this outfit), and more generally about your physical presentation ?
When I was young, I was really obsessed with the idea of being punk-rock… but I failed miserably (laughter)… Total fail. I was still wondering though:“What will I wear when I turn 30?”. In the end, like all my idols, button-downs, jeans and boots because it’s practical and you don’t have time to cut up t-shirts to wear them before you get to work… Life gets in the way, you know. When I left queer activism I also took up a more masculine expression, which I find suits me better and matches the style of the music I listen to. When you’re going to shows, it’s like the perfect outfit which means musically it’s good, both social and personal perceptions are good, all the aspects of my life are satisfied. (laughter)

3) Why did you choose to shoot here ? Does this place have a special meaning for you ?
Actually, I chose this place because it was the worst time of my existence and I thought that coming back 8 years later could be a good thing. I followed the traditional path, after high school, you do two years of CEGEP then you go to university. I was in an international baccalaureate-style program the first time I did CEGEP, it was really intense. I came to UdeM (Université de Montréal) to do a Bachelor in Bioinformatics and really wanted to live the “college experience”. I came, I did my initiation thing, everything you see in movies… but actually the bioinformatics program, the way it’s made is that you’re half of the time in computer science and the other half in biochemistry. I think we were twelve to enter the program, only three people I know have graduated. So, in fact, even if I had done it all, I was just in between and I had to run from one side to another. You didn’t have consistency so it was hard to meet people, to make friends and I spent 3 months without friends. Then, I decided to drop university and went back to CEGEP in Computer Science. It was the best decision of my life. I probably wouldn’t have become an activist otherwise. I think that having taken this decision was an important moment for me so I thought that coming back would be good, but also coming back the way “my sixteen-year-old self imagined herself”, you know? Like, when I’ll be older and I can wear whatever I want, this is how I’ll look like. Hence the outfit and the link between my outfit, gender, and music.

4) Do external factors have an influence on choosing what you’re going to wear or on the decisions you make regarding your appearance/physical presentation ?
More before than now I think, that’s why there’s more consistency in my style than before. I spent a lot of time trying to adapt and thinking I’ll dress the way I want later, then obviously you never really capture the essence of a style when you’re only trying to adapt. It was an endless race to try to adapt but it wasn’t oppressing that much or anything, it was more about trying really hard to fit into the world. After stopping that, I think it’s easier for me now to see what I really like and what I do to please my mother. In high school, for instance, I didn’t really enjoy pop music but I’d listen to pop music because it was a good way to socialize with people and then would go to school dances and know the songs being played and dance etc… But I really don’t listen to pop music! I say that, but I recently had a One Direction phase (laughter). It’s because I had missed my chance when I was younger! I also really like their style, they’re like baby lesbians (laughs even more). So yeah, One Direction is also style inspiration so it is different from before, when I felt like I had to know what people were talking about. Now I don’t do it anymore, or not as much, except for a few things which make it weird. I know a lot of One Direction songs but it’s because I missed the boysband moment in my childhood, (laughter) that’s it.

5) Do you think that visibility is a political matter ?
There was this moment in the One D show… and I really want Harry to be bisexual… so during the show, he came on stage with an LGBT flag and I almost passed out (laughter). I almost passed out, my sister and I were screaming so much we didn’t really see what happened with the flag. I had to go on tumblr to find out what happened in a series of gifs. There’s a reason I mention this. I think that visibility, like Harry’s as bisexual (laughters), people think it’s good, there’s a doubt, with the rainbow flag and everything… that it would be good for the young fans, but I think he’s still straight, let’s keep our fingers crossed tough that he sees the light… (laughters) It would be great for the kids, it would be great for the fans but still, I don’t think that this kind of visibility is political because it doesn’t have an actual impact on the fandom itself. It’s like some post-hardcore and emo bands, they are hyper-masculine music genres full of dudebros who say they have emotions and the fangirls are making the music bad.. Then one of my favorite band released a t-shirt with their logo and a flower with a rainbow gradient on it. I don’t remember why they did it, like to be dudebros who want to do things right. But when you go to their show, it’s still dudebros and it isn’t more inclusive. It’s nice that they take the time to be political and try to change things, but meanwhile, it doesn’t have an impact on the interpersonal relationships you can have within these shows. Yes, I think it’s political but if you’re trying to change the way people think, you need more than visibility. There’s a lot we could talk about as well, like all these people using queer-baiting. It’s also a part of what I’m working on in school. I worked on the Lesbian Avengers and their political agenda focuses on lesbian visibility so I worked on that a little. After organizing the Dyke March and other things, and thinking about visibility and having observed that it didn’t go as expected, or that our number one goal wasn’t reached and other things happened I wonder why or what’s wrong?

6) What are your strategies to resist the oppression you face?
I listen to a lot of music, as you know, I am obsessed with My Chemical Romance. I can’t believe I haven’t mentioned Gerard Way at this point. Other than at, I am a Philosophy major and philosophy is only dudebros, once again. Apparently, I left computer science to end up in a similar environment. I just create my own stuff actually, if I want something to happen, I’ll just do it myself. For me, DIY is super important, it motivates me to try to find people that have the same values or have similar interests than me in a variety of environments. Oppression, especially in philosophy, is what prevents you from developing close relationships with people. That’s the problem. They’re not douches, like sexist douches who say very problematic things all day long you know, but I keep a safe distance because I know they’ll never understand my life, my values, my friends and everything else, even if they think they will. Sometimes there are surprises and it’s cool, but in general, to be able to keep a safe distance, you need to build your own network, your owns things and your own projects and it takes a lot of energy and you don’t get a lot of acknowledgment. Meanwhile, I think it helps to deal with those kinds of interaction more healthily. It allows people who use other strategies to meet and to give them space even if it isn’t your way of exchanging or reacting. Like, “all the lesbians in philosophy are here, so you’re welcome anytime!”

7) What is your experience of public space ? Are there places you avoid going to or things you favor ?
Since I’ve lived in the same city all my life, I don’t think there are actual rules. I avoid straight places, it used to be a very strict rule, now most of my friends aren’t straight/cis so it’s easier to go anywhere than it was before. I’m more conscious of the places and the kind of vibe that you’ll find in some spaces versus others, and with school, my life is pretty routine. It’s different when you change city too, evaluating your comfort level and the variables, that’s more what I think of when I’m traveling. In Montreal, I know what to expect. When activists from France come over and say they haven’t been able to cross the border with their pepper spray, I’m like, what are you talking about? And then they are like “we’re walking at three in the morning and I’m not scared, oh my god”. There’s a lot of street harassment but the level in France is so high… I think their experience here in Montreal doesn’t top the average French level.

8) If you had to describe your physical presentation or give it a title (like the editorial line of your look sort of), what would it be ?
Forever emo kid. It’s really funny because the inspiration for this outfit came to me because Warner Brothers decided to make a re-edition for the tenth anniversary of “Welcome to the Black Parade” who was released in 2006 by My Chemical Romance. For a moment -that lasted a few hours- the whole fandom was on fire, it was the end because people thought they would make a comeback but it’s impossible, Franck just released an album, Gerard is going to Comic Con, like it was panic… Yeah, I’m really invested in the fandoms (laughter). It was crazy because they almost died making this album. They almost killed themselves, with alcohol and drugs, so why would you re-launch the album? What is wrong with you people? So after the commotion, a lot of people were doing memes on tumblr or facebook. Everybody started dressing like in 2006, with the hair and the eyeliner and at first, I thought it was funny, but in the end, why would you want to go back to 2006? Why would you go back to something from 10 years ago? I was wearing another black shirt and jeans and I decided that, no, that’s the emo version of myself I imagined 10 years ago and I am really happy with today’s version. I won’t go back to the hair, I like my shaved sides (laughter), I won’t go back to this moment. What was the question? Oh yeah, just something that connects me with the past but also with the future, that doesn’t repeat itself, nor stay the same, that evolves with me but without being permanent. There’s a continuity but not a linear one, from A to B.

9) Have you changed your presentation or strategies/choices of visibility a lot until now ?
I never really had strategies of visibility but when I started to do activist work, I was just very involved with the LGBT committee at my new CEGEP that was forming when I left UdeM. It really doesn’t matter how you dress really, but when you spend twenty hours per week working on the committee when you go to people and have to tell them that you’re queer and you’re part of the LGBT club… The club was being founded so there were a lot of new projects, we started making workshops in social science classes and creating panels for different school events. So because we were so out there it was kind of given that we were LGBT+. So during that period, for me, there wasn’t really a strategy in terms of style. My style really started changing after the first Dyke March, partly because just before starting lesbian activism, I had spent a year and a half wearing only dresses and skirts. It was because the queer community of Montreal is super masculine and gay-centered. It was easier to have a “hyper-feminine” gender presentation, I mean not wearing pants, to meet people and create connections. In some events, you would see 3 or 4 people that weren’t gay men, often non-binary people that spent a lot of time in the gay community because it’s their sexual pool. There was solidarity, but not really, because at the end of the day, when everyone goes to the bar, there’s only you and the other person who’s not a gay man. That’s why, but after the Dyke March in 2012, queers didn’t like that very much and it got complicated, it ostracized me from the community a little bit. I kind of went “back to basics”, my basics are skinny jeans and band t-shirts. That’s how I changed my style which became what it is now.

Even if I navigate between the different communities, I am no longer trying to adapt and bond with people that way. In terms of visibility, outside of the queer community, since I am a philosophy major, it’s interesting because you have on one side the philosophy dudebros who “don’t want to make assumptions ’cause that would be unphilosophical”, and the other people who have more conservative style, as often in universities and then you have the visibly queer. It’s already quite alternative as a style, but also visibly queer because I’m interested a lot in philosophy and sexuality and these are topics I bring up in class when I can. That also plays a part in the issue of visibility and it also helps non-cis/non-straight people to take up their space in a different way, by also being visible like that, not only through clothing but also in the attitude, the questions, and the approach. It changes things. People think that being out means being out to your family and talking freely about your partner but I think there are also other subtle ways to be queer and have a positive impact in your life and on the view of the world that it offers.

10) Do you feel like you resemble yourself? And is there anything you want to add?
Yes and no, in the sense that I don’t really look at myself in the mirror but I spend a lot of time planning my outfits, so it becomes more cerebral and I don’t really take pictures of myself. I am incapable of taking a selfie for my life. I had to do it for a class, oh my god, it was awful. I try to take some more now but I don’t take a lot. A lot of people like to document their changes or just have a lot of pictures but not me. Also, I have trouble knowing how people read me in different situations because I’m in my head too much, so I don’t know. On one hand, I think I resemble myself and then, on the other hand, when I see pictures of me, I see different things than what people see.